Glen or Glenda ? – Ed Wood

Ed Wood, réalisateur américain des années 50 est essentiellement célèbre pour sa réputation de plus mauvais réalisateur du monde. Son œuvre la plus réputé, j’ai nommé « Plan Nine From Outer Space », s’avère être en effet sidérant de médiocrité : décors en carton tremblant au passage des acteurs, alternance de plans jour/nuit sans aucune cohérence temporelle, soucoupes volantes aux fils visibles… Encore pire et comble de la malchance,  l’acteur principal décède au tout début du tournage : son remplaçant devra jouer de dos ou derrière une cape durant tout le reste du film afin de ne pas révéler la supercherie… Fail, évidemment.

Et pourtant… Glen or Glenda ?, tourné en 1953 et premier film de Wood est loin d’être aussi pénible. Étrange et remplit de maladresses, évidemment. Mauvais et affligeant, non.

Le simple sujet du film vaut le détour. Comme son nom l’indique (Louis ou Louise ? en version française) Ed Wood s’intéresse à la transsexualité et au travestissement. Un thème osé pour les 50s quand on sait combien le sujet reste tabou encore de nos jours. Le sujet tiens particulièrement a cœur au réalisateur puisqu’il est lui même sujet au travestissement, probable résurgence de son enfance durant la quelle sa mère aimait à l’habiller en fillette.

La singularité du propos se voit renforcer par le traitement tout à fait particulier de Ed Wood, déjà invraisemblable mais sachant rester relativement lisible. Le film démarre comme un documentaire au narrateur omniscient des plus surprenant.  Viennent se mélanger les histoires distinctes de deux hommes adepte du travestissement et leur problèmes quotidiens pour assouvir leur passion, mélangé à l’histoire d’un médecin curieux et à une simili-enquête policière. Les digressions sont également légions, comme cette mémorable scène au milieu du film et sortie de nulle part ou des ouvriers  – qui nous sont inconnus – discutent en voix off de la transsexualité sur fond d’images d’autoroutes et d’usines.

Si le manque de moyens flagrant explique les décors grossiers et les raccords plus qu’approximatifs (Ed Wood abuse de nombreux stock-shot souvent trop longs ou sans liens avec l’intrigue), il en résulte également une poésie évidente. Toute la beauté du film réside dans le désir, la passion dévorante d’Ed Wood pour le cinéma. Pour pallier son budget taille XS, Ed Wood essaye, tente, s’aventure vers des images inconnus dans un style à la limite du surréalisme. Nous retiendrons les superpositions d’images de troupeaux de bisons et du narrateur, ou l’interminable scène de rêve (?) torride ou une jeune femme se fait longuement fouetter par un inconnu.

Mélangeant lourdeurs et fulgurances visuelles d’une inventivité rare, Ed Wood propose avec son premier long métrage un film à la lisière du cinéma Hollywoodien que l’on pourrait qualifier sans peine d’expérimental si telles avaient été les prétentions du réalisateur.

Un Trackback

  1. [...] l’on peut trouver un certain charme aux créations de Hanks. Comme les réalisation d’Ed Wood pouvant transcender leur statut de série Z, il arrive que le dessins de Hanks soient frappés [...]

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