Chefs-d’œuvre ? @ Centre Pompidou [Metz]

Chefs-d’œuvre ? est l’exposition du moment dont tout le monde parle et qu’il faut avoir vu. Nous nous sommes donc rendu, nous aussi et déjà à trois reprises, au nouveau Centre Pompidou-Metz. Mais pourquoi y être allés plusieurs fois ? Tout simplement parce qu’il y a énormément d’œuvres – pas loin de 800 pièces – et beaucoup trop de visiteurs par rapport à l’espace disponible.

Tout d’abord, il faut savoir être patient. Lors de notre première visite, nous entrâmes très rapidement dans l’enceinte du musée. Malheureusement, nous n’avons pas été aussi chanceux la deuxième fois. Trente minutes après l’heure d’ouverture les hommes de la sécurité nous prédisent déjà, l’air las, trois heures d’attentes. Les dents grincent. Bon nombre de personnes se plaignent et s’étonnent d’une ouverture aussi tardive : seulement 11h en semaine. Pourquoi la plage horaire n’est elle pas plus étendue ? Ce problème – qui se résoudra probablement prochainement – et sans aucun doute lié au succès mirobolant et inattendu du Centre Pompidou Metz : déjà plus de 300 000 visiteurs depuis l’ouverture du musée en mai dernier alors qu’une telle foule était attendue sur une période de plus d’un an.

Une fois à l’intérieur, l’exposition se divise en quatre chapitres : Chefs-d’œuvre dans l’histoire, Histoires de chefs-d’œuvre, Rêves de chefs-d’œuvre et Chefs-d’œuvre à l’infini, répartit sur quatre niveaux qui fermeront progressivement entre octobre 2010 et août 2011.

Au rez-de-chaussé, vous suivrez – dans 17 salles assez étroites – un parcours chronologique allant du Moyen-Age, avec des manuscrits enluminés, jusqu’à nos jours ou plus exactement aux années 60 avec les trois superbes Bleu de Joan Miró. Ce survol express de l’histoire de l’Art, dont le fil conducteur est la notion de chefs-d’œuvre à travers les âges, vous projette, à chaque pas,  dans un nouveau mouvement aussi vite expédié qu’il n’était arrivé. Une sorte d’Histoire de l’Art pour les nuls, les vrais œuvres en plus, les textes en moins. Notons néanmoins l’appréciable touche de fantaisie : un miroir installé au plafond permet de voir l’espace de l’exposition inversé et vient nous confirmer que nous ne sommes que simples particules traversant la galaxie muséale.

Un petit escalator étroit  plus tard, nous accédons à la Galerie 1. Comme pour les étages suivant, la thématique semble s’obscurcir pour ne pas dire se diffuser au point de disparaitre au détour d’une pièce. Pis encore, le sens de marche parait particulièrement confus : le premier étage pensé d’après le site internet comme un ensemble de ricochet visuels rend la circulation du public particulièrement hasardeuse tandis que le deuxième étage plonge la foule dans un corridor sombre sous prétexte de thématique onirique. A ce niveau, le mélange entre une collection de chaise design,  « une histoire des lieux d’exposition d’art moderne et contemporain construits en France depuis 1937  » (1) et des œuvres aussi diverses qu’une anthropométrie de Yves Klein ou une superposition de Bertrand Lavier finissent de décontenancer. Tout en haut, dans la Galerie 3, les œuvres de renommés continuent d’abonder mais l’attraction première devient rapidement la vue sur la cathédrale de Metz. Beaucoup en oublierai presque le reste. Ce syndrome n’est pas sans rappeler celui que connait le centre Pompidou Paris dés que pointe la nuit.

Globalement, il faut bien l’avouer, l’exposition d’ouverture du Centre Pompidou-Metz est une déception. Nous sommes surpris par la configuration de l’espace linéaire et étriqué, alors que nous nous attendions à découvrir de grandes salles spacieuses et lumineuses à l’image de Beaubourg Paris. Ce sentiment d’étouffement nous suivra malheureusement tout au long de la visite. Le bâtiment superbe de l’extérieur apparait, d’après les dire de divers architectes, comme une monstrueuse perte de place. L’agencement intérieur ne nous poussera malheureusement pas à les démentir. Trop de petites pièces, de cloisons et d’espaces tarabiscotés qui empêchent le spectateur de voir et de contempler les chefs-d’œuvre à leur juste valeur.

Ce manque de volume se fait d’autant plus sentir qu’il y a trop d’œuvres, beaucoup trop. A gauche, à droite, en haut et en bas. Aucun repos n’est permis. Généralement, aucun recul non plus n’est autorisé et chacun se retrouve le nez collé sur les toiles. Une consommation forcée à grande vitesse. Nous aurions préféré voir moins d’œuvres mais les voir mieux. Il y a tellement de pièces exposées que l’on ne sait plus ou donner de la tête et l’exposition finit par ressembler à un Louvre de l’Art Moderne et Contemporain. On ne respire pas et les œuvres non plus. Je découvre un  magnifique Picasso que j’oublie quelques secondes plus tard en rencontrant un Kupka puis un Miro et un Bruce Nauman – et encore, je n’ai jeté qu’un coup œil distrait aux œuvres de Brassaï ou de Brancusi.  Le mélange indigeste finit par ressembler à un pot pourri artistique. Les intentions sont au moins clair : en mettre plein la vue. Et surtout que l’on ne vienne pas dire qu’il y a que les œuvres bis dans cette antenne régionale d’un genre nouveau…

Ces quelques paragraphes sévères ne doivent néanmoins pas vous empêcher de vous rendre au centre Pompidou Metz, bien au contraire. Car il faut l’avouer voir certaines pièces de ses propres yeux est un réel plaisir ; des œuvres longtemps admirées sur papier glacé, s’avérant plus bouleversantes en vrai. Qui aurait pu rêver admirer une toile de Malevitch ou marcher sur un Carl André il y a encore quelques années à Metz ?

Ce démarrage en trombe du Centre Pompidou-Metz s’avère fort plaisant. Ce ramdam artistique ne peut qu’être favorable à la ville de Metz et à ses habitants. D’autant plus que les prix très attractifs – gratuit pour les moins de 26 ans et sept euros pour les adultes – permet au plus grands nombres de profiter de cette espace culturel. Nous attendons avec impatience la prochaine exposition, en espérant que les espaces et les thématiques soient mieux gérés.

L’exposition Chefs-d’œuvre ? est présentée jusqu’au 25.10.10 dans sa totalité. La Grande Nef et les Galeries 1, 2 et 3 fermeront ensuite progressivement : la Grande Nef, le 25 octobre 2010 ; la Galerie 3, le 17 janvier 2011 ;  la Galerie 1, le 9 mai 2011 et la Galerie 2, le 29 août 2011.
(1) Extrait de l’article : Rêves de chefs-d’œuvre visible sur www.centrepompidou-metz.fr

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