Turner et ses peintres @ Grand Palais [Paris]

Après Londres et avant Madrid, l’exposition Turner et ses peintres fait une étape de trois mois (24.02.10 – 24.05.10) aux galeries nationales du Grand Palais de Paris. Cette exposition rassemble près de 100 tableaux et œuvres graphiques (études, gravures) provenant de grandes collections britanniques et américaines et de musées comme le Louvre ou le Prado. Joshep Mallord William Turner, né à Londres en 1775 et décédé à Chelsea en 1851, est un artiste incontournable dans l’histoire de la peinture. Il est considéré comme le plus grand peintre paysagiste britannique du XIXeme siècle.

Le parcours emprunté par le spectateur suit un ordre chronologique. On y découvre tout d’abord certains dessins d’architecture réalisés par Turner au début de sa carrière. La suite l’exposition est essentiellement constituée de tableaux.

La scénographie, réalisée par Didier Blin, est assez astucieuse et originale. Le principe est plutôt simple et méthodique : chacune des toiles de Turner est accompagnée d’un ou plusieurs tableaux de ses peintres mentors ou rivaux comme Le Lorrain, Rembrandt, Titien, Poussin et Watteau. Ces derniers n’ont cessé d’inspirer Turner de la sortie de la Royale Academy of Arts de Londres jusqu’à sa mort, en 1851. «Plutôt que de montrer le Turner très visionnaire, très libéré dans sa technique de la fin de sa carrière, nous avons voulu raconter comment l’artiste s’était construit en s’enracinant dans une tradition.» explique Guillaume Faroult, commissaire de l’exposition.

Cette présentation permet au spectateur de découvrir, de comprendre et surtout de voir par lui-même le dialogue incessant entre leçon du passé et modernité (progrès technique et mécanique). A noter que Turner est le premier artiste de l’histoire de l’Art à peindre un train à vapeur en mouvement, ce qui fait de lui le grand initiateur de la tentation abstractionniste (1) des impressionnistes avec Pluie, Vapeur, Vitesse (1844).

On eût dit le décor de la fin du monde (…) brouillant le ciel et la terre d’un coup de brosse! Une véritable extravagance, mais faite par un fou de génie. Théophile Gautier.

A travers sa peinture, Turner communique au spectateur une véritable émotion. La lumière et la nature (en privilégiant les paysages maritimes) tiennent une place primordiale dans son travail. A la fin de sa vie, sa peinture est de plus en plus proche de l’abstraction sans toute fois y parvenir. Il reste systématiquement un petit élément narratif comme un bateau ou une silhouette. Dans la dernière salle, nous pouvons admirer la célèbre Tempête de neige, bateau à vapeur au large dun port réalisée en 1842 ainsi que la série de toiles inachevées dont est extraite Paysage avec une rivière au loin et baie (1845).

L’aspect didactique de cette exposition est un parti pris très intéressant, néanmoins, elle aurai été fabuleuse si des chefs d’œuvres comme Tempête de neige: Hannibal et son armée traversant les Alpes (1812), Funérailles en mer – Paix (1842), Pluie, vapeur, vitesse (1844), Ombre et obscurité : le soir du déluge (1843), Lumière et couleur : le matin après le déluge (1843) ou encore Yacht approchant de la côte (vers 1845-50) avaient été présents. Il est assez regrettable que les aquarelles de paysages maritimes ne fassent pas non plus parties de l’exposition.

Quoi qu’il en soit, cette exposition reste un événement à ne pas manquer !

N.B.

Pour apprécier les œuvres et la scénographie, nous vous conseillons bien sur d’éviter les journées de grandes affluences.

Ouvrez l’œil ! Le sublime tableau La Vierge au lapin (1530) de Titien est présent dans l’exposition.

(1) Expression de l’abbé de Lescluze dans Traité du coloris (1904)

Exposition visible du 24.02.10 au 24.05.10

Un Trackback

  1. [...] Dans la salle des Reprises, toutes les toiles sont loin d’être sensationnelles. Lorsque Lucian Freud s’inspire de Chardin, ses dessins et tableaux sont plus classiques et proche de la commande. Seul la toile After Cézanne (2000) est remarquable. Avec ce tableau monumental, Freud prend de grandes libertés tout en gardant la composition initiale (trois personnages et une chaise) et dépasse le « maître ancien  » tout comme Turner  a pu le faire en son temps. [...]

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