Musicbox // Février 2012

La Musicbox revient ce mois-ci avec une sélection d’albums, EPs et singles sortis ou ressortis récemment et dont certains méritent vraiment le coup d’oreille. Hiver oblige, une majeur partie des chroniques à trait à la musique électronique dans toutes ses formes mais si vous désirez voyager par procuration vers des contrées plus clémentes, vous pouvez toujours vous attarder sur la réédition d’un des premiers albums d’Ali Farka Touré ou lancer le clip du mois. Simple suggestion.

A noter que plusieurs des albums sont disponibles soit en téléchargement gratuit – comme l’album de RXRY ou l’EP d’Hodgy Beats – ou en streaming sur bandcamp – comme la collaboration entre Bardo Pond et Tom Carter ou la B.O. composée par Willamette. Et qu’il est possible d’écouter un extrait de quasiment chaque sortie chroniquée en cliquant sur la flêche bleue près du titre. Sur ce, bonne écoute et bonne lecture!

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ALBUMS

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Oren Ambarchi .

Audience Of One [Touch]

Des voix sur le dernier album du maestro de drone électronique Oren Ambarchi? Les premières minutes de Audience Of One laissent un peu perplexe, comme si l’on s’était incrusté à la mauvaise soirée. Très vite, la monstrueuse pièce de 30 minutes au coeur du disque (Knots) nous ramène en terrain familier même si l’on reste à distance raisonnable de l’abstraction minimaliste à laquelle nous a habitué l’australien. Ni un chef-d’oeuvre, ni un échec, Audience Of One est un disque qui s’apprivoise et s’apprécie à la mesure de la patience que l’on veuille bien lui accorder, et ce à condition de ne surtout pas s’attendre à un Grapes From The Estate bis. Reste qu’en dépit des changements opérés (à cause d’eux?), le nouvel Oren Ambarchi peine à trouver sa voix malgré une réalisation admirable. C’est beau, mais terriblement frustrant.

Expensive Looks .

Dark Matters [Group Tightener]

Pas la peine de faire l’autruche, la mode est une boucle continue et le moment du revival des années 90 est bel est bien arrivé. Alec Feld, le new yorkais derrière Expensive Looks l’a bien compris et nous gratifie avec Dark Matters d’une pop de salon qui exhale l’époque de l’insouciance et de Windows 95, version Gala plutôt que Kurt Cobain. Sans continuer dans les références à n’en plus finir (cet album me rappelle non sans une certaine nostalgie les heures sombres de mes premiers émois musicaux, au secours!), Dark Matters est un album plein de charme et doté de quelques tubes (Be My Own notamment) mais qui manque cruellement d’une distance avec son sujet, distance qui lui confèrerait un statut autre que celui de disque simplement dans l’air du temps. Cela dit, je pense que le Patrick Bateman d’aujourd’hui approuverait. C’est bon signe non?

EMV .

Resolutions [Leaving Records]

Après nous avoir surpris en publiant Tragedy, l’excellent album de Julia Holter qui a agité la blogosphère l’année dernière, le label californien créé par Matthew David Leaving Records revient vers ses premiers amours glitch-hop avec Resolutions, une nouvelle sortie cassette signée Eric Michael Vallely. A l’instar de Dem Hunger (alias WANDA GROUP, GG ALIEN et j’en passe), EMV s’adonne aux collages sonores confluant aux frontières entre le hip-hop biscornu et la musique concrète, le tout plongé dans le torrent percussif quasi-ininterrompu de ce Resolutions. Un son « straight from the muthaf#%kn cassette » comme dirait feu J Dilla, mais si vous êtes plutôt DD et bibliothèque iTunes (no offense) Vallely a gracieusement offert en téléchargement gratuit une série de remixes de morceaux de l’album confectionnés par Devonwho, Walter Gross ou encore le fameux Dem Hunger. Par ici les amis.

Nina Kraviz

Nina Kraviz [Rekids]

C’est l’heure de vérité pour la plus belle russe de la scène électronique actuelle. Artiste de minimal-techno, Nina Kraviz s’est frottée aux plus grands noms depuis ses débuts (Efdemin, Sascha Funke) et a même tenté l’an passé une surprenante incursion dans la ghetto-house avec son EP Ghetto Kraviz. On retrouve d’ailleurs ce titre éponyme en troisième plage de son premier album. Un choix surprenant s’il n’est qu’il ne se marie pas très bien avec le reste du disque, alternant entre plages envoutantes et tracks de pures techno froides et cérébrales. C’est d’ailleurs avant tout le manque de cohérence qui choque à l’écoute du disque, qui semble plus pensé comme une accumulation de pistes qu’une véritable entité. Et malgré le plaisir que l’on a à découvrir la facette plus douce et moins connue de l’artiste, on regrette le manque d’une direction globale qui empêche le disque de vraiment convaincre.

Willamette .

Always In Postscript [Own]

Composé à l’origine comme la bande originale du court métrage de Charles Lim Yi Yong All The Lines Flow Out, le nouvel album du trio Willamette est loin d’être un simple exercice de commande. En effet, les droneux de Stars of the Lid ne renieraient pas les nappes d’ambient vaporeuses qui tapissent chaque recoin du superbe Always In Postscript, de la profondeur de ses accords à la poésie de ses titres. Masterisé par Taylor Deupree est publié chez Own (sur lequel est sorti l’excellent album de Thomas Mery Les Couleurs, Les Ombres l’an passé), Always In Postscript est un disque qui une fois l’écoute terminée laisse rêveur et hébété, la tête comme dans du coton mais un chouilla plus radieux. Dommage cependant que le nom de ce groupe me rappelle immanquablement ce chef-d’oeuvre d’émission – et j’espère que certains d’entre vous comprendrons de quoi je parle histoire que je me sente moins seule avec ma référence pourrie.

RXRY .

DLTRA [Autoproduit]

RxRy a débarqué sans crier gare début 2009 en livrant sur la blogosphère un album de musique électronique très remarqué creusent le sillon d’une techno-soft et atmosphérique. La plus grande raison de l’affolement? L’identité secrète de l’artiste au sujet de la quelle les noms les plus fous ont été lâché, allant de Aphex Twin à Noah Lennox (oui, le leader d’Animal Collective). Depuis lors, RxRy donne régulièrement des nouvelles en nous abreuvant d’EP ou d’LP d’une qualité globalement constante. En ce début 2012, RxRy revient en force en nous offrant le très bon DLTRA qui ressemble au disque de la maturité. Les sonorités sont plus denses et plus riches, conservant généralement leurs touches enveloppantes mais sachant également se faire parfois plus tranchantes, lorgnant même presque sur le glitch lors des derniers morceaux de l’album. Et ce n’est pas pour nous déplaire… Bonne nouvelle, le disque est en téléchargement libre sur le site de l’artiste.

Nuojuva .

Valot Kaukaa [Preservation]

Est-ce pour parer à la rudesse climatique de son pays que le finlandais Nuojuva (qui se faisait appeler Ous Mal il n’y a encore pas si longtemps) a voulu rendre cet album si chaleureux et enveloppant? C’est en tout cas réussi et ce dès les premières minutes de Hämärään et son craquellement ambiant qui n’est pas sans rappeler le crépitement d’un feu de bois. Parfois trop précieux, Valot Kaukaa (« Des lumières lointaines » en finnois) reste un disque regorgeant de subtils détails sonores qui rendent l’écoute prenante et surprenante, d’autant plus que quelques invités de marque viennent apporter leur contribution, telle la talentueuse Rachel Evans alias Motion Sickness of Time Travel dont la voix s’invite sur plusieurs pistes. Un joli petit album pour accompagner vos dernières soirées d’hiver, prostré au coin du feu ou scotché au radiateur.

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REEDITIONS / COMPILATIONS

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Ali Farka Touré .

Ni Foli [Social Music Records Club]

La face brute de bois du plus illustre bluesman africain est mise à l’honneur sur Ni Foli, réédition vinyle d’une cassette oubliée sortie au Mali au milieu des années 80 qui aurait eu toute sa place parmi les dernières sorties du label Sublime Frequencies. Mais contre toute attente, c’est Social Music Records Club et son système d’abonnement faisant la part belle aux revendeurs discogs qui a eu la bonne idée d’offrir à Ni Foli une sortie digne de ce nom – ou pas; à 350 exemplaires dont une bonne partie réservée aux abonnés, on se demande si le label a réellement l’intention de faire connaître ce chouette enregistrement ou avait juste envie de se faire plaisir. Fort heureusement, le disque reste disponible chez certains distributeurs – ce qui n’est pas le cas de la collaboration entre Grouper et Ilyas Ahmed Visitor, paru dans la même série et épuisé depuis belle-lurette – alors ne tardez pas pour mettre la main dessus, il n’y en aura pas pour tout le monde.

Bardo Pond + Tom Carter .

4/23/03 + 4/25/03 [Three Lobed Recordings]

Sorti relativement discrètement en 2004, 4/23/03 est le fruit d’une collaboration expresse mais efficace entre deux confins de la musique psychédélo-experimentale: d’un côté le groupe américain Bardo Pond et son space rock impeccable et de l’autre le guitariste Tom Carter, une des moitiés de Charalambides. Enregistré en une session d’improvisation un jour de mars 2003, 4/23/03 est à la hauteur des attentes qu’inspirent ces deux noms: plus d’une heure d’envolées drone mystiques, tantôt délicates, tantôt cinglantes pour un résultat planant. Le label Three Lobed sort aujourd’hui cet album dans une édition vinyle très soignée et l’agrémente d’une piste inédite ainsi que de 4/25/03, une performance live du duo en guise de CD bonus enregistrée comme vous l’aurez compris deux jours après l’album.

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SINGLES & EPs

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Actress .

Actress Meets Shangaan Electro [Honest Jon's]

Shangaan Electro, c’est une bande (ou plutôt, plusieurs) de joyeux luron sud-africains qui dansent et aiment lancer des « OH LO LO »; ce sont aussi des musiciens, chanteurs et DJs qui se spécialisent dans une sorte de new-wave africaine ultra-rapide et plutôt fun. Après le bon accueil critique de la compilation qui les a fait connaître dans nos contrées et parue chez Honest Jon’s en 2010, le label de Damon Albarn a rempilé avec une série de remixes élaborés par la fine fleur de l’electro contemporaine donc ces deux morceaux de l’estimé Actress. Ca commence mal avec un premier remix qui n’a pas grand chose à voir avec l’original si ce n’est le bref sample vocal, et qui devient vite insupportable compte-tenu des bidouillages incessants qui gâchent complètement le morceau; le second, beaucoup plus en adéquation avec ce qui rend Shangaan Electro si attrayant (et délicieusement bizarre), rehausse le tout. Un 10/20 pour Actress dont on attend tout de même le R.I.P. avec une impatience non dissimulée.

Ssaliva .

RZA [Vlek]

Je vous parlais plus haut de EMV et du label Leaving Records, et bien le bidouilleur belge Ssaliva (alias Cupp Cave) fait comme qui dirait partit de la même famille de beatmakers en marge. Il émane une sensation doucement nostalgique de cet EP paru chez ses compatriotes de Vlek, jusque dans le titre en hommage au fameux producteur en passant par les notes de synthé un peu fausse qui rappellent un walkman aux piles presque à plat (ah, la belle époque). Même si RZA ne vous ferra pas décoller de vos sièges – ce n’est pas le but, après tout – Ssaliva possède une empreinte sonore suffisamment singulière pour que l’on s’y attarde; et pour ma part, difficile de résister au clip de Night Landing qui remémorera de chauds souvenirs à tous les fans de The Ballad Of Gay Tony.

Hodgy Beats .

Untitled EP [Odd Future]

La voix du duo Mellowhype a, pour le temps de cet EP sans titre distribué gratuitement sur la toile, troqué les prods de ses amis Tyler et Left Brain pour celles de quelques beaux noms tels que The Alchemist (Dilated People), Jonti (récemment signé sur Stones Throw) et le label rouge du glitch-hop, j’ai nommé Flying Lotus. Même si certains instrus pèchent par manque d’originalité comme l’autoproduit Higashi Loves You, d’autres – Samurai, Lately, In A Dream pour ne citer qu’eux – sont de pures bijoux et complimentent le flow d’Hodgy Beats à merveille. S’il ne sera jamais un lyricist comme Earl, Hodgy Beats a le mérite d’être divertissant et cet Untitled EP témoigne du grand chemin parcouru par le rappeur depuis son premier opus solo, The Dena Tapes en 2009. Prochaine étape, un album chez Stones Throw entièrement produit par Madlib & Cie? Etant donné que les troublions d’Odd Future viennent de lancer leur propre label l’éventualité d’une telle sortie paraît peu probable, mais on peut toujours rêver.

Klub Des Loosers .

Volutes [Les Disques Du Manoir]

Quelques semaines après la livraison du premier morceau, L’indien, dont nous vous parlions ici le mois dernier, et quelques semaines avant la sortie du disque, La Fin de L’Espèce, dont nous vous parlerons probablement le mois prochain, le Klub des Loosers dévoile un deuxième titre: Volutes. Bien qu’assez monolithique, le beat déboite et confirme le virage plus instrumental et jazzy choisit par le groupe. Seul le nouveau flow de Fuzati dénote et peine une fois encore à se faire comprendre. C’est d’autant plus dommage que le texte est toujours un travail d’orfèvre, des kilomètres au dessus de n’importe quel autre rappeur français.

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CLIP DU MOIS

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OK, ça fait un moment que M.I.A. m’avait lâchée sur le bord de la route vers le succès mais je serai bien la dernière à renier le génie du clip de Bad Girls – et du morceau en lui même d’ailleurs. Pour mettre en image son tube au swag digne d’un Omar Souleyman (sans la moustache), M.I.A a de nouveau fait appel au réalisateur on ne peut plus hype Romain Gavras, qui cette fois a abandonné les ambiances anxiogènes des clips de Born Free et Stress pour livrer les 4 minutes d’images en mouvement les plus jouissives du mois de février 2012. Et moi qui croyait que cette vidéo virale était un fake…

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