Daniel Buren

Du 8 Mai au 9 Septembre 2011, une installation inédite de Daniel Buren : « Echos, travaux in situ » est visible au sein de la Galerie 3 du Centre Pompidou-Metz. Pour l’occasion, l’équipe de Pocket Welt vous propose de revenir sur le début de carrière de l’artiste. Nous avons effectivement eu l’immense honneur d’interroger Daniel Buren sur la genèse de son parcours artistique : formation initiale, sortie du système scolaire, premiers boulots, début de carrière internationale, polémique et reconnaissance actuelle.

Pocket Welt : Quelle formation avez-vous suivie ?

Daniel Buren : J’ai fait des études Artistiques proprement dites à l’école des Métiers d’Art en section Peinture, pendant trois ans, puis aux Beaux-Arts où je ne suis pas resté, si ce n’est 8 jours, les 8 premiers.

PW : Que vous a-t-elle apporté pour la suite de votre parcours ?

D.B. : Ces études m’ont appris que d’une manière ou d’une autre c’est dans le domaine des arts visuels (de la peinture au cinéma en passant par la sculpture) que je ferai mon chemin et qu’il fallait persévérer, s’y dévouer et s’y enfoncer.

PW : Comment s’est passée votre sortie de l’école? Qu’avez-vous entrepris après ? Quels chemins avez-vous choisis ?

D.B. : Deux années avant d’entrer à l’école des métiers d’art j’ai fait une étude sur l’influence des paysages et du lieu (en l’occurrence la Provence) sur la peinture de Cézanne à Picasso, j’avais tout juste 17 ans. Puis, juste avant d’entrer à cette même école j’ai entrepris un long voyage et une étude sur les muralistes Mexicains et les rapprochements entre l’Ecole de Paris et ces fameux muralistes. Ensuite (alors que j’étais déjà aux Métiers d’Art), je suis retourné au Mexique pour tourner un film. Le cinéma était pour moi l’une des disciplines qui m’intéressait énormément à cette époque et j’hésitais sérieusement entre celle-ci et celle de la peinture. J’ai donc entrepris d’explorer des chemins différents mais tous dans le domaine des arts visuels puis petit à petit j’ai refermé des portes, jusqu’à réduire de façon drastique le domaine pictural lui-même, dans un premier temps, et de m’acheminer très, très proche du degré zéro de la peinture.

PW : Avant de pouvoir vivre de votre art, comment vous débrouilliez-vous pour gagner votre vie ? Comment conciliez-vous vos  différentes activités ?

D.B. : Comme la plupart des artistes de ma génération, nous nous engagions dans cette “carrière” si on peut appeler cela de cette manière, sans avoir aucune idée sur la façon de vendre ce que nous faisions mais en sachant que le fait de vendre était une possibilité qui n’était pas offerte à tout le monde et que cette opportunité n’arriverait peut-être même jamais. Cet avenir totalement incertain du point de vue pécuniaire en faisait complètement partie et était assumé par tous ceux qui s’engageaient dans cette voie. Bien sûr, secrètement, on espérait tous pouvoir un jour vivre de notre travail, mais c’était tellement peu probable que cela ne faisait absolument pas partie des enjeux de l’aventure à son démarrage.

Il fallait donc, à moins d’être rentier, s’organiser pour pouvoir faire l’essentiel du travail qui nous passionnait et d’autre part trouver les débouchés permettant d’exercer cette passion. Tout ceci en étant convaincu que, si nous y arrivions, il n’était pas possible de vivre de son travail avant de longues années en admettant que ce soit possible. Mes parents auraient aimé que je fasse une ou deux années d’études supplémentaires afin de pouvoir briguer un poste de professeur dans un établissement quelconque. Intuitivement, je refusais obstinément un tel parcours. Rien ne me semblait plus négatif et insupportable que de gagner ma vie “à côté” de l’art sans en être un acteur c’est-à-dire sans vivre du produit de mon travail dans ce même domaine. Je me méfiais en plus de cette espèce de sécurité permettant d’obtenir (à peu de frais et peu d’efforts) des mensualités jusqu’à la fin de mes jours. J’optais donc pour la précarité et acceptais de faire tous types de travaux qui ne m’impliquaient en rien dans mon domaine réservé et personnel, le domaine des arts visuels.

Je fus donc au gré des possibilités des offres et des rencontres, gratte-papier pour des architectes, figurant dans divers films, chaque année je faisais des dizaines de vitrines (magasins, cafés …) pour la Noël, j’ai donné régulièrement des cours de Français à des étrangers, tenté de vendre des paillassons en matière plastique spécialement décorés (pas par moi!) pour des hôtels et des magasins… J’ai également travaillé dans une petite usine à Paris où se fabriquaient, en laques synthétiques, des tables colorées pour le Paquebot “France” qui allait bientôt être lancé, j’avais la responsabilité de la confection de ces tables, le tout dans un bruit assourdissant car dans le même moment l’usine découpait des tôles. Le bruit, plus que le travail lui-même pourtant astreignant rendait la journée, au bout de 8 heures, assez dure.

L’avantage de ces “petits boulots” c’est que d’une part ils me laissaient la tête particulièrement libre et ne me prenait du temps que par à-coups, laissant entre ceux-ci, assez de temps pour travailler seulement pour moi. Parmi tous ces “petit boulots”, j’ai été embauché et j’ai pu gagner un peu plus d’argent en m’astreignant à un travail quotidien dans un bureau du matin au soir. Ce travail quotidien me mangeant toute ma journée dura deux années. Il ne me restait plus que la nuit ou les week-ends pour me consacrer à mon travail.

Ces deux années furent de loin les plus pénibles à assumer. Ces divers travaux durèrent de 1965 à mi-73, année à partir de laquelle, de façon extrêmement modeste, j’ai commencé à ne vivre directement que de mon travail artistique et ce jusqu’à aujourd’hui. Situation difficile à atteindre mais qui est évidemment la meilleure possible pour tout artiste à savoir : vivre de son œuvre et non pas être obligé de faire autre chose pour subvenir à son travail d’artiste.

PW : Comment votre carrière a-t-elle démarré ?

D.B. : Ma carrière a démarré sérieusement lorsque Michel Parmentier et moi-même avons décidé de créer un groupe dès la fin de 1965. Ce groupe que l’on dénomma « Buren, Mosset, Parmenier, Toroni «  d’après nos propres noms mis par ordre alphabétique, vu le jour officiellement en décembre 66 et physiquement en janvier 1967 au Salon de la Jeune Peinture.

PW : Estimez-vous avoir eu un parcours artistique classique ou plutôt atypique ?

D.B. : Je pense que mon parcours dans le contexte parisien et dans les années 60 a été plutôt classique pour un jeune artiste, jusqu’à la création de notre groupe/association où, avec l’ambition et la réalisation finalement d’un travail complètement différent de tout ce qui se faisait et se pensait dans le domaine des arts à ce moment-là, permit la création d’une œuvre totalement atypique à la suite d’un parcours également atypique.

PW : Avez-vous été obligé de faire d’importantes concessions pour que votre travail soit apprécié et reconnu ?

D.B. : Jamais.

PW : Quand et grâce à quelle œuvre avez-vous été propulsé sur le devant de la scène artistique internationale ?

D.B. : Premièrement et paradoxalement, grâce à mes travaux sur les murs de Paris (1967/68) en dehors de tout circuit artistique existant, puis, grâce à mon invitation à Prospect 68 à Düsseldorf puis, grâce à ma première exposition personnelle qui se trouva être à Milan galerie Apollinaire, puis simultanément, grâce à ma participation (puis mon exclusion: censure de l’œuvre présentée) à New York, au “VIème Guggenheim International” en janvier 71. Enfin ma première exposition personnelle dans un Musée, à Mönchengladbach (Allemagne) en janvier 71 également.

PW : Les polémiques auxquelles vous avez été confronté vous ont-elles gêné dans votre carrière ou au contraire en avez-vous tiré profit ?

D.B. : Très difficile à dire. Certaines m’ont certainement bannies à tout jamais de certains lieux ou possibilités de travailler lorsque les invitations à exposer dépendent de ceux qui me vouent une haine farouche à cause de mes critiques comme Jean-Hubert Martin en France à cause de mes réticences vis-à-vis des “Magiciens de la Terre” par exemple. D’autres se sont tournées à mon avantage et sinon auraient pu être dramatiques pour moi. Le Palais Royal et mon travail Les Deux Plateaux sont le meilleur exemple. Si cette œuvre avait dû être détruite je pense que cela aurait été un désastre pour moi. Ceci n’ayant pas eu lieu, c’est le contraire qui s’est passé. La censure de ma pièce au Guggenheim et tout ce qu’il y a eu autour a été pour moi un mini désastre. Cela m’a banni des galeries et autres expositions aux Etats-Unis pendant deux années complètes et l’œuvre ,je vous le signale, n’a toujours pas été vue à ce jour, par le public !

PW : Votre grande renommée vous permet-elle d’avoir une plus grande liberté d’action et de choix ?

D.B. : Je suis tenté de répondre : pas plus que dès mes débuts sauf que, depuis une bonne trentaine d’années j’ai beaucoup plus de propositions que pendant les dix années précédentes. Je choisis ,comme au tout début, parmi les lieux où je suis invités, ceux à qui je donne suite et ceux auxquels je dis non.

PW : Dans quelle mesure vous réalisez-vous en tant qu’être humain à travers vos œuvres ?

D.B. : Je ne sais pas dans quelle mesure exactement mais, ne faisant que mon travail du matin au soir, je pense que cela rejaillit quelque peu sur qui je suis ou plutôt sur qui je deviens. Ma façon de travailler est ma façon d’être et vice versa!

PW : Qu’est ce qui vous a poussé à écrire sur la sociologie de l’Art ? A quel public ces textes sont-ils destinés ? Que pensez-vous aujourd’hui de cette partie de votre travail qui reste assez méconnue ?

D.B. : Au risque de vous décevoir, je n’ai jamais écrit de ma vie sur la sociologie de l’art ! Mes textes qui sont de l’un à l’autre aussi bien des essais que des entretiens ou bien encore de courtes études sur d’autres artistes ou bien sur des expositions s’adressent je l’espère, à tous les publics, même si les lecteurs ne sont sans doute pas très nombreux. En tout cas ce ne sont pas des romans ni noirs, ni autobiographiques ni sociologiques. Cette partie de mon travail comme vous le dites est à la fois très différente de mes travaux exclusivement visuels (la grande majorité de mon activité) mais ni opposée ni contradictoire par rapport à tous ces travaux plastiques. Ils ne sont pas non plus indispensables à la compréhension de mes œuvres visuelles. En revanche, je pense que lire mes textes sans rien connaître ni n’avoir vu jamais de mes travaux plastiques, est tout bonnement aberrant. D’autant plus que la plupart de mes textes sont écrits à l’origine en partant d’une analyse des situations certes, mais également des travaux que je fais. Cette partie de mon travail que vous indiquez comme étant restée assez méconnue, n’a pas toujours été dans cette situation. Longtemps et internationalement, une grande partie des gens ne me connaissaient qu’à travers mes écrits. Petit à petit, heureusement, l’écart s’est comblé, puis s’est inversé.

PW : Considérez-vous que votre œuvre a contribué et contribue encore à faire évoluer l’Art Contemporain ?

D.B. : Je fais partie de la génération des artistes qui ont émergé au milieu des années 60. Comme vous le savez, cette génération très active encore aujourd’hui, est certainement l’une des deux, internationalement parlant, à avoir le plus transformé la situation de l’art dans le XXème siècle, l’autre datant du début du siècle de 1907 à 1920, pour donner une sorte de cadre temporel.
Nous avons donc tous fait bouger la situation artistique générale et certains continuent en approfondissant leurs questionnements. On peut dire qu’il y a un certain type d’art occidental avant 1965 et une approche complètement différente avec un changement dans les institutions jamais constaté avant, à partir de 1965 et ce jusqu’au tout début du XXIème siècle. De même l’art à partir des demoiselle d’Avignon de Picasso, de l’arrivée de l’art abstrait, de Duchamp n’est plus comparable avec toute l’histoire qui le précédait.

Si oui, en quoi ?

D.B. : Nous avons fait bouger les lignes et surtout l’institution muséale de façon très sensible et d’autre part sommes responsables – a contrario – de certains mouvements réactionnaires dont il n’y a aucune raison d’être spécialement fiers!

PW : Pensez-vous faire partie du monde de l’Art Contemporain qui est en vogue actuellement ? Pouvez-vous expliquer.

D.B. : Oui évidemment, même si ça ne me plaît pas forcément. Le terme “art contemporain” est aujourd’hui l’une des classifications de l’histoire de l’art, même si les termes en sont complètement ambigus voire ridicules puisque tant que l’on vit, du peintre de la place du Tertre à Jeff Koons, nous sommes tous des artistes contemporains ! Mais ce terme fait suite à ceux d’”art classique”, d’”art moderne” et autre “art baroque” ! Par ailleurs, la vogue extraordinaire pour ce qu’on appelle aujourd’hui “art contemporain” est très mauvais signe pour le dit art ! Je pense que cette acceptation telle une formule magique, en annonce de fait, la fin proche.

Propos recueillis par email le 23 janvier 2010

Pocket Welt a fait le déplacement jusqu’à Metz et vous propose un avant goût en image de l’installation « Echos, travaux in situ » de Daniel Buren. Mais ne manquez pas d’aller la parcourir par vous même, celle ci vaut le détour :

Exposition visible du 08.05.11 au 09.09.11, Daniel Buren, « Echos, travaux in situ » Galerie 3 Centre Pompidou-Metz

Exposition Pocket Welt @ ESCP europe [PARIS]

Dans le cadre des G8 & G20 Youth Summits organisés par Youth Diplomacy, le jeune collectif photographique Pocket Welt vous propose d’assister à sa première exposition parisienne.

Les photographies sont présentées sous forme de diptyques et de triptyques extraits des séries se concentrant sur les pays du G20. Avant leur mise en ligne prochaine vous pourrez également découvrir de nouvelles images inédites réalisées à l’occasion de séjours en Turquie et en Inde en 2010.

Le vernissage se déroule le lundi 30 mai de 18h30 à 21h.

L’exposition sera ouverte tous les jours jusqu’au 3 juin, de 8h à 19h à l’adresse suivante :

Forum ESCP Europe – 79 Avenue de la République – 75011 Paris

Métro : Rue Saint Maur (ligne 3)

En avant première, quelques images des préparatifs :

L’héliotrope : revue photographique

Alors que sort le 16 avril le cinquième numéro de L’héliotrope nous avons voulu en savoir plus sur cette jeune revue consacrée à la photographie contemporaine qui évite tout baratin pour se consacrer à l’essentiel : l’image et les photographes.
Rencontre avec Frédéric Iovino et Pierre Rogeaux, les deux créateurs de la revue.

Pocket Welt : Pouvez-vous nous parler de la genèse de la revue photographique L’héliotrope ?

L’héliotrope : A la création de l’association en 1999, nous organisions des expositions de nos travaux et de photographes de notre entourage. Puis nous avons pris conscience que nous n’étions ni des galeristes, ni marchands, ni gardiens d’expositions… et donc cette façon de montrer les images n’était pas forcément adaptée et productive. Pour diffuser les travaux d’une façon la plus large et plus efficacement possible, nous devions passer à un support différent.
Une première expérience d’édition a également été déclencheur: le livre “Identité et Mémoire” en 2006, suite à un atelier de sensibilisation au sténopé mené dans le Pas-de-Calais. Il nous semblait clair à ce moment, que le support papier était ce que nous cherchions pour diffuser des images. De là est venue l’idée “d’exposition portative”, en gros, amener les photographies au public , plutôt que de tenter de l’amener dans une exposition. D’où également la gratuité de la revue, qui est essentielle pour nous.

PW : Chaque numéro de l’héliotrope correspond à une thématique bien précise. Certains sujets comme Territoire et En Famille ont été fortement abordés ses dernières années. Comment choisissez-vous les thèmes ? Quelles sont vos sources d’inspirations ?

L’héliotrope : Nous essayons de les diversifier autant que possible: ne pas proposer des thématiques trop restreintes et réductrices. Ni trop larges et trop vagues. Ceci dit, il nous arrive de recevoir des dossiers hors-sujet qui nous donnent des idées de thématiques.

PW : Avez-vous beaucoup de propositions de dossiers ? Comment le choix s’opère-t-il ?

L’héliotrope : Pour le #02 en 2009, nous avons reçu une soixantaine de dossiers. Pour le #05 en avril 2011, nous avons reçu environ 200 dossiers. La sélection tient compte de la cohérence de la série proposée, de l’intérêt photographique que nous y portons, et enfin, rentre en ligne de compte le ton que nous voulons donner au numéro. Il est parfois intéressant de confronter des démarches hétéroclites dans la façon d’aborder le thème, pour justement toucher aux limites de celui-ci et créer le contraste.

PW : Vous avez choisi d’utiliser le papier journal comme support d’impression. Est-ce d’avantage une contrainte économique – au vu de la gratuité du magazine – ou un parti pris qui serait de l’ordre de l’esthétique ?

L’héliotrope : A vrai dire, il s’agit un peu des deux. L’idée de diffuser largement une publication gratuite pose très vite la question du coût. Donc le papier journal était parfaitement adapté, cela nous permettait d’imprimer dans des grands formats. (Le format tabloïd ouvert est au delà du 40x50cm). Puis le projet a mûri et ce support est devenu l’identité de l’héliotrope.

PW : Y-a-t-il des artistes, des revues ou des livres qui vous ont inspirés dans le choix du format et du mode de présentation ? Pensez-vous qu’à l’avenir cette présentation pourrez évoluer ?

L’héliotrope : Nous ne sommes pas précurseurs de ce type de présentation: Jean-Luc Moulène avait réalisé un travail en partenariat avec “Le Monde” autour du format journal au Louvre en 2006. Mais à l’origine, nous avons plus pensé aux journaux d’annonce gratuit, que l’on trouve dans nos boîtes aux lettres.
Nous pensons par la suite travailler sur d’autres supports, de la carte postale à l’édition de monographies en édition limitée. Rien n’est encore déterminé, le #06 sera peut être le dernier. Une chose est sure : nous souhaitons travailler d’autres supports, d’autres modes de diffusion.



PW : A quelle échelle est distribuée la version papier du magazine ? Comment s’organise la distribution ? Quels lieux ciblez-vous en particulier ?

L’héliotrope : La revue est distribuée à Paris, Bruxelles, Lille (+quelques lieux spécifiques à Charleroi, Tournai, Lyon … ). Les lieux ciblés sont principalement des lieux culturels (galeries, salles de spectacle, centres d’arts, écoles) et quelques bars. Nous effectuons la distribution nous-mêmes, en visitant directement les lieux; une distribution par voie postale étant hors budget.

PW : L’héliotrope est consultable sur votre site internet sous forme d’un diaporama. Songez-vous à approfondir ce moyen de diffusion, en vous rapprochant des web-magazine uniquement lisible en ligne, ou souhaitez-vous continuez à privilégier le magazine papier ?

L’héliotrope : Nous ne souhaitons pas que L’héliotrope devienne uniquement un web-magazine. Cette revue trouve toute sa spécificité dans la “qualité” de papier choisie et le mode de diffusion. Par contre , il se peut que nous développions des projets particuliers, adaptés au format web, comme le “readymade project” mis en place il y a peu de temps.

PW : A sa création L’héliotrope était gratuit et sans publicité. Comment un tel financement était-il possible ?

L’héliotrope : L’héliotrope a toujours fonctionné sans subvention ni aide publique ou privée. Chaque numéro a été auto-financé grâce aux ateliers menés en milieu scolaire et péri-scolaire. Nous arrivons d’ailleurs aux limites aujourd’hui de ce type de financement car nous n’avons plus de temps disponible pour les ateliers. A noter : pour les #01 à #04 , chaque photographe sélectionné participait aux frais d’impression à hauteur de 60 euros.

PW : A l’heure actuelle, la ligne directrice du magasine à évoluée (campagne d’adhésion, appel à dossier payant, publicité) tout en maintenant le système de diffusion gratuit. Pouvez-vous évoquer les raisons d’une telle modification ?

L’héliotrope : Suite à sondage réalisé l’année dernière auprès nos lecteurs, il était temps d’amener des éléments nouveaux.
Suite à de nombreuse critiques concernant les 60 euros de participation à l’impression demandés au photographes publiés, nous avons mis en place ce principe d’appel à dossiers payant. Concernant les adhésions : cela répondait également à une demande de certaines personnes qui ne pouvaient se procurer la revue, et qui voulaient la recevoir. C’était pour nous également le moyen de fédérer le public autour de la revue. A ce niveau , nous avons mis en place le projet participatif “readymade-project”, travail collaboratif de collection photographique.

PW : Quelles ont été les réactions des lecteurs ?

L’héliotrope : Les réactions à ces changements ont été plutôt positives, car cela répondait à certaines attentes. En ce qui concerne les chiffres, nous avons aujourd’hui une centaine d’adhésions de soutien, ce qui couvre 20% des charges annuelles. C’est n’est pas suffisant, mais nous étions conscients dès le départ que les adhésions ne seraient jamais réellement un mode financement. C’est pourquoi nous travaillons parallèlement sur d’autres solutions.

PW : Avez-vous eu des retours positifs depuis la création du magazine ? Avez vous déjà eu des propositions d’expositions, de publications ou d’achats de photographies ? Quelles sont les retombées pour les photographes que vous avez publié ?

L’héliotrope : Les photographes ont l’air plutôt satisfaits de leurs pages au sein de la revue et de la visibilité que cela procurait à leur travail. Nous avons déjà servi d’intermédiaire à des structures qui voulaient prendre contact avec certains artistes de notre réseau, même si ce n’est pas notre rôle, ni notre objectif. Les contacts se font aussi et surtout directement de structure à photographe. Si l’héliotrope peut servir de vitrine aux artistes et leur amener des opportunités, tant mieux.

Propos recueillis par email le 13 avril 2011

Chefs-d’œuvre ? @ Centre Pompidou [Metz]

Chefs-d’œuvre ? est l’exposition du moment dont tout le monde parle et qu’il faut avoir vu. Nous nous sommes donc rendu, nous aussi et déjà à trois reprises, au nouveau Centre Pompidou-Metz. Mais pourquoi y être allés plusieurs fois ? Tout simplement parce qu’il y a énormément d’œuvres – pas loin de 800 pièces – et beaucoup trop de visiteurs par rapport à l’espace disponible.

Tout d’abord, il faut savoir être patient. Lors de notre première visite, nous entrâmes très rapidement dans l’enceinte du musée. Malheureusement, nous n’avons pas été aussi chanceux la deuxième fois. Trente minutes après l’heure d’ouverture les hommes de la sécurité nous prédisent déjà, l’air las, trois heures d’attentes. Les dents grincent. Bon nombre de personnes se plaignent et s’étonnent d’une ouverture aussi tardive : seulement 11h en semaine. Pourquoi la plage horaire n’est elle pas plus étendue ? Ce problème – qui se résoudra probablement prochainement – et sans aucun doute lié au succès mirobolant et inattendu du Centre Pompidou Metz : déjà plus de 300 000 visiteurs depuis l’ouverture du musée en mai dernier alors qu’une telle foule était attendue sur une période de plus d’un an.

Une fois à l’intérieur, l’exposition se divise en quatre chapitres : Chefs-d’œuvre dans l’histoire, Histoires de chefs-d’œuvre, Rêves de chefs-d’œuvre et Chefs-d’œuvre à l’infini, répartit sur quatre niveaux qui fermeront progressivement entre octobre 2010 et août 2011.

Au rez-de-chaussé, vous suivrez – dans 17 salles assez étroites – un parcours chronologique allant du Moyen-Age, avec des manuscrits enluminés, jusqu’à nos jours ou plus exactement aux années 60 avec les trois superbes Bleu de Joan Miró. Ce survol express de l’histoire de l’Art, dont le fil conducteur est la notion de chefs-d’œuvre à travers les âges, vous projette, à chaque pas,  dans un nouveau mouvement aussi vite expédié qu’il n’était arrivé. Une sorte d’Histoire de l’Art pour les nuls, les vrais œuvres en plus, les textes en moins. Notons néanmoins l’appréciable touche de fantaisie : un miroir installé au plafond permet de voir l’espace de l’exposition inversé et vient nous confirmer que nous ne sommes que simples particules traversant la galaxie muséale.

Un petit escalator étroit  plus tard, nous accédons à la Galerie 1. Comme pour les étages suivant, la thématique semble s’obscurcir pour ne pas dire se diffuser au point de disparaitre au détour d’une pièce. Pis encore, le sens de marche parait particulièrement confus : le premier étage pensé d’après le site internet comme un ensemble de ricochet visuels rend la circulation du public particulièrement hasardeuse tandis que le deuxième étage plonge la foule dans un corridor sombre sous prétexte de thématique onirique. A ce niveau, le mélange entre une collection de chaise design,  « une histoire des lieux d’exposition d’art moderne et contemporain construits en France depuis 1937  » (1) et des œuvres aussi diverses qu’une anthropométrie de Yves Klein ou une superposition de Bertrand Lavier finissent de décontenancer. Tout en haut, dans la Galerie 3, les œuvres de renommés continuent d’abonder mais l’attraction première devient rapidement la vue sur la cathédrale de Metz. Beaucoup en oublierai presque le reste. Ce syndrome n’est pas sans rappeler celui que connait le centre Pompidou Paris dés que pointe la nuit.

Globalement, il faut bien l’avouer, l’exposition d’ouverture du Centre Pompidou-Metz est une déception. Nous sommes surpris par la configuration de l’espace linéaire et étriqué, alors que nous nous attendions à découvrir de grandes salles spacieuses et lumineuses à l’image de Beaubourg Paris. Ce sentiment d’étouffement nous suivra malheureusement tout au long de la visite. Le bâtiment superbe de l’extérieur apparait, d’après les dire de divers architectes, comme une monstrueuse perte de place. L’agencement intérieur ne nous poussera malheureusement pas à les démentir. Trop de petites pièces, de cloisons et d’espaces tarabiscotés qui empêchent le spectateur de voir et de contempler les chefs-d’œuvre à leur juste valeur.

Ce manque de volume se fait d’autant plus sentir qu’il y a trop d’œuvres, beaucoup trop. A gauche, à droite, en haut et en bas. Aucun repos n’est permis. Généralement, aucun recul non plus n’est autorisé et chacun se retrouve le nez collé sur les toiles. Une consommation forcée à grande vitesse. Nous aurions préféré voir moins d’œuvres mais les voir mieux. Il y a tellement de pièces exposées que l’on ne sait plus ou donner de la tête et l’exposition finit par ressembler à un Louvre de l’Art Moderne et Contemporain. On ne respire pas et les œuvres non plus. Je découvre un  magnifique Picasso que j’oublie quelques secondes plus tard en rencontrant un Kupka puis un Miro et un Bruce Nauman – et encore, je n’ai jeté qu’un coup œil distrait aux œuvres de Brassaï ou de Brancusi.  Le mélange indigeste finit par ressembler à un pot pourri artistique. Les intentions sont au moins clair : en mettre plein la vue. Et surtout que l’on ne vienne pas dire qu’il y a que les œuvres bis dans cette antenne régionale d’un genre nouveau…

Ces quelques paragraphes sévères ne doivent néanmoins pas vous empêcher de vous rendre au centre Pompidou Metz, bien au contraire. Car il faut l’avouer voir certaines pièces de ses propres yeux est un réel plaisir ; des œuvres longtemps admirées sur papier glacé, s’avérant plus bouleversantes en vrai. Qui aurait pu rêver admirer une toile de Malevitch ou marcher sur un Carl André il y a encore quelques années à Metz ?

Ce démarrage en trombe du Centre Pompidou-Metz s’avère fort plaisant. Ce ramdam artistique ne peut qu’être favorable à la ville de Metz et à ses habitants. D’autant plus que les prix très attractifs – gratuit pour les moins de 26 ans et sept euros pour les adultes – permet au plus grands nombres de profiter de cette espace culturel. Nous attendons avec impatience la prochaine exposition, en espérant que les espaces et les thématiques soient mieux gérés.

L’exposition Chefs-d’œuvre ? est présentée jusqu’au 25.10.10 dans sa totalité. La Grande Nef et les Galeries 1, 2 et 3 fermeront ensuite progressivement : la Grande Nef, le 25 octobre 2010 ; la Galerie 3, le 17 janvier 2011 ;  la Galerie 1, le 9 mai 2011 et la Galerie 2, le 29 août 2011.
(1) Extrait de l’article : Rêves de chefs-d’œuvre visible sur www.centrepompidou-metz.fr

Première Exposition de Pocket Welt @ Lille

Le jeune collectif photographique Pocket Welt sort enfin du tout virtuel !

C’est avec un immense plaisir que nous vous invitons à notre première exposition USA / GRECE / CANADA. Celle-ci se tiendra au sein du salon de cacao, Rica Cacao du Monde au 45 Rue de la Clef à Lille.

Malheureusement, pas de vernissage en bonne et due forme mais nous vous attendons vendredi 16 juillet de 17h à 19h chez Rica Cacao du Monde pour découvrir l’accrochage et discuter avec les photographes présents. Pour la suite de la soirée nous vous proposons d’aller boire un verre dans un café du Vieux-Lille.

L’exposition sera en place du vendredi 16 juillet au lundi 6 septembre et visible du lundi au samedi de 7h à 19h. (NB : fermeture annuelle de la boutique du 24 juillet au 9 aout).

A très bientôt !