Cinéma du Réel @ Pompidou Paris – Quatrième Lettre

Chère anonyme,

L’oeil commence à s’esquinter, et la tête à s’emplir de visions superflues. C’est trop, il y a comme une ivresse qui prend, ça déborde et ça fuit, les impressions s’échappent, tant pis. Je suis si longtemps chaque jour tenu au fait de voir que cela devient comme une épreuve. Cette énergie que ça demande, de ne pas cesser de voir, est inouïe. A croire que pendant les journées où je ne vais pas au cinéma, à certains moments, par paresse, ou pour me soulager d’un épuisement que je pressens, je m’aveugle. Je suis rarement fatigué de voir ma vie – c’est que je ne la regarde pas assez, sans doute ; c’est que sur elle je ne soutiens pas le regard. C’est comme quand on part dans une ville étrangère, toutes ces photographies qu’on prend, toutes ces choses qu’on remarque. Mais dans sa propre ville, on ne s’arrête jamais autant. Aller au cinéma, alors, serait une façon de renouer avec l’attention que je porte aux choses, à ma vie, et à ceux qui la peuplent. Réaffirmer le regard, comme nos grands-mères attendaient le passage du rémouleur pour faire aiguiser leurs couteaux.

Je suis allé au festival et j’ai vu une rivière au Surinam. Des enfants se baignaient, la lumière était douce, c’était River Rites de Ben Russell. J’ai compris peu à peu que la temporalité venait de s’inverser. Les enfants nageaient à reculons, et sautaient hors de l’eau par la plante des pieds après s’être totalement immergés. Ils avaient l’air de naître de l’imagination de la rivière. Remontant le temps trouverais-je l’origine ? Sans doute, puisque la dernière image que je verrais serait la première, le film organisant cette confusion de l’origine et de la fin. Mais la dernière image d’un film, est-ce celle dont je me souviens ? Est-ce que je me souviens des fins ou de tout autre chose ? La rivière crachait ses enfants dans l’eau qui remontait les pierres, me laissant à mes interrogations, ravalant ses tours en les faisant passer pour des hallucinations.

Puis l’image a changé, c’était un autre film, c’était anglais, Two years at sea, bien qu’on ne voie jamais la mer, de Ben Rivers, bien qu’il n’y ait qu’un lac. L’image est devenue noir et blanc, je suivais un homme qui marchait dans la neige, et la neige faisait une matière sur l’image. C’était un film tourné en pellicule. J’ai eu la nostalgie de ces images du passé, dont le cinéma ne s’empare plus. J’ai été ému de retrouver ces éblouissements sur la bande, comme des éclaboussures de blanc, comme des irradiations chimiques ; retrouver les défauts de l’image aussi, toutes ces imprécisions qui faisaient naître la vision. Les images de cinéma en pellicule vacillent toujours un peu, instables, si bien qu’on dirait un feu.

Et Ben Rivers filmait, avec ces moyens très anciens, presque arriérés, un homme vivant en ermite. Une année a passé en quelques minutes. Le passé apparaissait par des photographies, comme s’il s’était arrêté, comme si seul le présent continuait, comme si le passé était un autre temps, concomitant au présent, sans qu’on puisse faire de liens entre eux, ni de causes ni d’effets. Le passé était là, pris dans le flux lent du présent, sous formes d’images fixes et muettes.

Et dans ce quotidien sans parole d’un homme seul et reclus, j’ai vu une caravane se percher dans un arbre – car les rêves ont une force inouïe dans ce film, et dormir c’est rêver le monde. Dormir, c’est quelque chose qu’on fait au monde, quelque chose qui lie au temps, qui rend plus présent à ce qui entoure : car le lit, ce rectangle, ouvre sur bien plus vaste qu’il n’y paraît. Se faire un lit dans le monde, même éphémère, c’est l’habiter. Et si l’homme s’inscrit dans le paysage, le paysage aussi s’inscrit en l’homme.

Chaque jour de cette année que j’ai passé avec lui, l’homme en noir et blanc renouvelait son rapport au monde. Chaque jour il le réinventait : une balade, une soupe, un songe, un livre, un radeau. Il s’agissait chaque jour de faire quelque chose du jour. Et le radeau a été l’épiphanie de cette année d’ermite : je l’ai vu quitter la rive d’un lac, s’arrêter de ramer, et se laisser, par les courants invisibles du lac, porter. Le monde, sur le radeau, a agi. Et sur l’image aussi. Et sur moi qui la regardais. Un plan pris de dessus a révélé toute la beauté du geste : l’homme, dormant sur le radeau, dormait sur le reflet du ciel. Une vie à la lisière du cosmos et du monde, ni tout à fait plantée, ni tout à fait planante, à chercher une terre et un abri, et à se tenir entre. L’homme sifflait et nos vies m’ont paru semblables à ce sifflement.

Alors j’ai pris le temps de voir un feu s’éteindre sur le visage de l’homme. C’était la fin. La dernière image n’était presque pas une image : un écran noir appelant l’oubli de ce que je venais de voir. J’ai fait ce voeu d’oublier le vu, pour que le vu agisse et rejoigne le monde, et pour qu’il y ait dans le monde des choses que j’ai vues.

Cette question de la fin, Nicolas Rey la posait en projetant une version aléatoire de son film, Autrement, la Molussie, monté en neuf bobines de neuf minutes chacune, changeant d’ordre à chaque projection. La fin ne pouvait pas être prévue. « Comment commencer mon histoire puisque tout se tient ? », disait le narrateur. Tout se tient, c’est vrai. Et le cinéma met en évidence les mains jointes entre les moments, les mondes, et les images projetées.

Il y avait une histoire qui m’a plu, et qui peut-être te plaira. Un marin mourant écrivit suffisamment de cartes postales pour que sa mère le croie vivant pendant encore huit ans. Il chargea son capitaine d’en poster une par mois, et le capitaine, fidèle à la mémoire de son marin, s’exécuta. Mais la mère du marin, elle-même, mourut après cinq ans. Si bien que, pendant trois ans, le capitaine postait le courrier d’un mort à une morte.

Toutes ces histoires que j’entendais n’allaient pas vraiment avec les images. On me parlait d’une dictature, et je voyais des paysages banals. Comme si la bande-son et l’image n’avaient pas lieu en même temps. Comme si le texte était le souvenir d’une catastrophe que le tournage n’a pas saisie à temps. Ce que nous voyons vient trop tard, ce que nous entendons date.

J’étais plus dissipé après cela. Je n’ai pas vraiment suivi le court-métrage Henry Hudson and his son, réalisé par Federico Vladimir Strate Pezdirc. Il y a eu un incident pendant la projection. Le film n’était pas projeté au bon format, et puis l’image s’est mise à clignoter, décadrée, laissant paraître les bandes colorimétriques propres aux appareils numériques. J’avais déjà assisté à des séances de cinéma où la pellicule prenait feu – ça ne prendra plus feu, maintenant. J’ai décidé que la dernière image de ce film serait pour moi celle, déréglée, de cette projection ratée.

Le voyage suivant était circonscrit à une pharmacie canadienne où les clients viennent chaque jour boire leur dose de méthadone face à une pharmacienne rousse. Entre elle et les clients, il y a une vitre avec un hygiaphone et un trou pour passer le gobelet. « No pain is good », entend-on. Ils viennent tous chercher leur dose de « no pain ». Certains dansent, d’autres grimacent, d’autres encore pleurent pour faire céder la rousse. On ne cesse de lui parler de l’autre pharmacienne, d’une gentillesse légendaire – et elle, très ferme, ne cède jamais, ou presque. Son visage est traversé des reflets de la rue sur la vitre. C’est toute la rue qui passe sur son visage, mais ne s’y imprime pas. Ca s’appelle East Hastings Pharmacy et c’est réalisé par Antoine Bourges.

Enfin, j’ai vu les montagnes guatémaltèques, dans Lecciones para una guerra, de Juan Manuel Sepulveda. J’avais vu, de lui, un court-métrage l’année dernière, où une femme racontant sa vie en bêchant son jardin faisait sortir de terre des serpents. Ici, c’est des morts qu’on veut exhumer. On retourne la montagne pour retrouver les siens. J’ai vu des hommes, il y avait la pluie d’un côté et la terre de l’autre, et certains étaient sous la terre mais on ne les trouvait pas, et le ciel était blanc. J’ai vu l’orage dans la montagne, et les éclairs ranimaient l’écran noir de la nuit, se dessinant lentement, passant parfois sous les nuages et les gonflant d’une lumière blanche intense. Dans toutes les nuits du film il y avait de l’orage. Et le jour la montagne semblait si verte.

Ces hommes se préparent à une guerre qu’on ne voit pas. Ils se préparent à l’invisible. Et pour ce faire, ils vivent. Ils sont dans la montagne, entourés de nuages, organisés en collectivités, et guettant la vallée pour avertir en cas de retour de l’armée. J’ai vu dans cette résistance organisée, qui ressemble à la vie, où on se baigne et où on joue de la musique, mais où on n’oublie jamais que la guerre est possible, une déclaration d’amour, la plus belle qui soit, d’un homme allongé dans son lit, tandis qu’en arrière-plan son épouse, assise dans une autre pièce, l’écoute, avec entre eux une porte ouverte. Il lui rappelle comment il est tombé amoureux d’elle, et elle lui répond. Sa réponse est cinglante. Tu as eu beau m’aimer, dit-elle, j’ai eu faim et froid, je n’ai pas eu de vêtements, j’ai mangé de l’herbe, et la guerre est venue.

On se trouvera une terre et un ciel entre lesquels se faire un lit,

et sache que je pense à toi,

a.

Texte rédigé par Antoine Mouton

Cinéma du Réel @ Pompidou Paris – Troisième Lettre

Chère anonyme,

Tu t’éloignes de moi, je le sens. Tu ne sais plus où je suis, peut-être. Je ne te le dis pas assez précisément, je te sème et ce n’est pas faute de te renseigner, pourtant, sur tout ce que je vois et pense. Mais le renseignement ne remplace pas la présence – la présence, c’est autre chose que ce qu’on voit, autre chose que ce qu’on pense. Le cinéma le montre bien, d’ailleurs : être là, étant un écran, être étant apparaître, c’est tout l’enjeu des images.

Hier soir, sur l’écran, une femme a dit : « on ne disparaît pas comme un animal », et c’est la première fois depuis le début du voyage qu’une phrase venant d’un film a cette clarté. Je l’ai aussitôt notée sur mon carnet. Sans vraiment savoir pourquoi, je me suis dit que cette phrase était une vraie phrase de cinéma – cette phrase faisait à elle seule le film. Les images s’organisaient autour du souvenir que j’ai eu d’elle. Les animaux ne disparaissent pas vraiment, d’ailleurs : ils s’échappent, ils vont faire quelque chose d’autre, parfois ils ne reviennent pas et on ne sait pas si c’était volontaire, s’ils sont morts ou s’ils se sont perdus, car ils n’ont pas pu prévenir, laisser un mot.

Je t’envoie tous ces mots, toutes ces cartes postales, pour que tu ne croies pas que j’ai disparu.

Le film où j’ai entendu cela s’appelle Espoir-voyage et a été réalisé par Michel K. Zongo. Le cinéaste burkinabé part avec sa caméra rencontrer Augustin, son cousin qui est allé travailler en Côte d’Ivoire, avec un message vidéo pour lui de la part de sa mère. Mais il part aussi pour retrouver les traces de son grand frère, Joanny, parti faire le même travail dans le même pays, et jamais revenu.

J’ai vu des gens parler d’un homme qui n’est plus là, et chacun le décrire à sa façon : celui qui l’a coiffé, celle qui a grandi avec lui, ceux qui ne se souviennent plus de lui. J’ai vu un bus chargé à bloc de marchandises illégales, chèvres et oignons, destinées à passer la frontière, dans les soutes ou sur le toit. J’ai vu les visages éprouvés dans le bus, pas un n’ouvrait la bouche, c’était la route qui parlait, comme un torrent le bruit assourdissant de la route, et les visages brinquebalés comme des troncs dans le torrent. Dans la nuit qui tombait, les visages du bus se sont tous inclinés, et l’aube qui a fini par poindre a fait des ombres de chacun – on venait de passer la frontière entre le Burkina et la Côte d’Ivoire, et j’ai repensé à cette phrase : « on ne disparaît pas comme un animal ». Il y a des hommes que le monde avale, que les frontières changent en ombres, qui ne connaissent pas de retour.

Le cinéma peut-être, nous plongeant dans le noir, laisse une chance à ces hommes engloutis de réapparaître. Le spectateur accepte, pour eux, le temps d’un film, de s’éclipser, pour que dans cet espace resurgissent les souvenirs, les traces de ce qui a vécu et qui n’est plus. Le cinéma vient presque trop tard. Et le film, comme une invocation, portant le message d’une mère à son fils, porte aussi celui, informulé, d’un homme à son frère disparu, qui avançait le dos courbé, dans les forêts denses, pour les tondre à la machette et faire sécher le cacao. C’est aux ombres que ça s’adresse. C’est pour eux.

J’ai vu Augustin, aussi, recevoir le message de sa mère, et lui répondre. C’était le contrechamp tardif des premières minutes du film. Entretemps il y a eu un voyage, une frontière traversée. Et Augustin a répondu, face à la caméra, pour un message que le cinéaste rapportera. Il était vêtu d’un t-shirt jaune, et sa mère avait un foulard rouge autour de la tête où étaient imprimés des oiseaux blancs. « On ne disparaît pas comme un animal », dit-elle, et Augustin d’apparaître enfin. Et le cinéma d’abolir ce qui nous sépare.

Dans le film suivant, il y a aussi eu des retrouvailles. C’est Pavel Nazarov, l’enfant-acteur de Bouge pas, meurs et ressuscite, quatre ans plus tard, emprisonné, à qui vient rendre visite Dinara Droukarova, l’actrice-enfant du même film, pour chanter une chanson avec lui, et se souvenir de leur amour de cinéma. C’est le même cinéaste qui les filme, Vitali Kanevski, dans Nous, enfants du XXème siècle, un film terrible. Je crois que tu l’aurais aimé. Mais je te montrerai, d’abord, Bouge pas, meurs, et ressuscite, ce chef d’oeuvre, sur le souvenir duquel Nous, enfants fonctionne.

Là aussi il y a des phrases de cinéma. Kanevski s’avance vers un groupe de gamins des rues, et déclare : « je cherche un héros ». Et chacun répond, à sa façon, que le héros que Kanevski cherche, « c’est moi! », « non, c’est moi! » Ils se font plus héros les uns que les autres, ou du moins ils essaient, ils jouent à le devenir – c’est leur devenir qui est en jeu. Ils ont une vie indépendante, ils ont huit ans, ils fument, ils lavent des voitures, ils racontent comment ils ont cassé la gueule d’untel et tué tel autre. Ils ont dans leur corps, dans l’image qu’ils donnent d’eux, cette aspiration à devenir des voyous de cinéma, bien qu’ils n’aient pas un poil et des voix toutes fluettes, et ne soient que des voyous de la vie. Le pullover de l’un prend feu tandis qu’il parle, à cause d’une cendre égarée. On joue de la guitare sur un toit pourri au-dessus d’un canal pétersbourgeois. On s’invente des bandes, on manipule de grands couteaux, on dit qu’on a bien bu, on pense à ce qu’on pourrait faire de pire. On ne regrette rien, en tout cas. C’est à cause du siècle. A cause de toutes ces choses qui finissent. C’est 1994 en Russie. Chaque enfant le sait. La première phrase du film venait du cinéaste. C’était une question posée à trois gamins : « vous voulez gagner de l’argent ? » Et les trois gamins de répondre en coeur : « oui ! » 1994 en Russie. Voilà où on en était.

On est allé dans les prisons les voir grandir. Passer de fils de détenues à « jeunes cas sociaux » reclus dans des centres d’accueil et de tri, tête tondue, rhabillés en chemise à carreaux. Et chacun racontait, du haut de ses dix ans, comment il avait tué. On les a vus devenir adolescents, intégrer les prisons pour mineurs presque adultes, s’incarcérer. Et l’horreur des vies de chacun se superposait à la grâce des portraits, de cette enfance qui ne se défaisait pas d’eux, jamais. Il y avait la lumière d’un monde qui passait dans les plans. Et dans le moindre recoin de l’image, on voyait toute une ville, tout un temps. Le cinéaste demandait toujours aux enfants de chanter. Cela a à voir avec le destin : on chante, il faut bien. Chaque enfant était interpellé sur la vie qu’il menait, sur ce qu’il comptait faire de sa présence sur Terre, et aucun d’eux ne savait, aucun d’eux ne pouvait savoir, ce serait le monde qui les guiderait. On voyait des enfants conduits par la fureur d’un monde.

Quand Dinara a retrouvé Pavel, le visage croûté et l’oeil fuyant, elle lui a dit : « L’homme n’a qu’un seul coeur. » Et Pavel a répondu : « Oui, mais deux ventricules. » C’est peut-être avec le deuxième ventricule qu’on chante, et avec le premier qu’on commet les crimes. C’était un dialogue de cinéma retrouvé. Les acteurs ne disparaissent pas. Les grands films persistent. Quand je vois ça, je sais que j’ai bien fait d’aller au cinéma. Je sais que je t’ai retrouvée, déjà.

Ce matin, j’étais perdu dans le souvenir des voyages de la veille, et j’ai dû préparer par avance la carte postale que je t’écris ce soir. Je devais me débarrasser du récit de ce que j’avais vu, pour pouvoir voir d’autres choses, comprendre d’autres choses. En vérité, c’est tout à la joie de comprendre que je vais au cinéma. Et je veux tout te dire de ce que j’ai compris, être exhaustif, ne rien esquiver ; que tu ne manques aucune des épiphanies que je n’ai pas manquées. De ces épiphanies, propres à la vision d’un film, et qui surviennent brusquement, alors que le film ne cesse d’en diffuser. Quand l’une d’elles vient, quand on en attrape une, alors, c’est comme une virgule dans une phrase, ça surgit, ponctuant le flux, le déviant, permettant l’écart, et que ça se décroche. Et que ça saute. On passe alors d’un monde à l’autre, sans quitter le premier. Les mondes se multiplient.

Après avoir écrit cela, j’ai pu aller voir Bestiaire, de Denis Côté. Ici, on ne voyait plus que des visages, séparés d’abord des outils que le son nous laissait deviner – pinceaux, crayons – et puis les rejoignant, tandis que les cadres s’élargissaient, incluant les corps. On ne voyait toujours pas ce que ces visages et ces pinceaux peignaient. On voyait bien qu’il y avait quelque chose à voir, car tous ces visages scrutaient un point invisible pour nous. On voyait leurs regards circuler, de la chose observée à la chose saisie, comme le mien de l’écran au carnet, dans cet espace incertain où nous sommes si souvent tenus. Et finalement on a vu : c’était une biche empaillée.

La révélation faite, le cinéaste nous a montré, un à un, les animaux d’un zoo enneigé. Il les montrait, mais que montrait-il d’eux ? Leur résistance peut-être, leur façon d’occuper les lieux, de ne pas laisser la neige gagner. Et puis, non, le cinéaste ne montrait rien des animaux, il montrait le regard qu’on portait sur eux. L’écran, par la présence des animaux, s’était retourné contre nous. Comment chaque animal nous scrutait, nous cernait, depuis l’écran, et la façon dont chacun procédait : certains fixaient, d’autres détournaient la tête, d’autres encore jouaient d’allers-retours. Denis Côté, lui, filmait de face et ne bougeait pas. Il posait son cadre, et une corne, une aile, une patte s’y insérait à son rythme et à sa façon. Il laissait les animaux libres d’apparaître à leur guise dans le cadre prévu à cet effet. C’est ainsi que j’ai vu des pattes rayées de zèbres s’affoler sur des morceaux de paille et se multiplier étonnamment. Immobiles, il m’a semblé qu’il n’y avait que huit pattes. En mouvement, elles étaient un million.

Dans la salle, au quatrième rang, tandis que le film s’ouvrait au printemps et se fermait aux surprises, j’ai vu un homme qui regardait l’écran d’une façon singulière. Il avait le corps penché en direction de l’image, et les mains jointes appuyées sur le dossier du siège devant lui. Sa tête était tout entière éclairée par l’écran. Il semblait prier. Prier l’image pour qu’elle ne l’emporte pas ? Prier l’illumination pour qu’elle vienne ? Notre rapport au cinéma est un rapport d’attente et de posture. Chacun choisit la sienne. Comment se prépare-t-on à ce qui vient ? A ce qui disparaît ? Il faudrait peut-être, la prochaine fois qu’on se sépare, se préparer à se revoir.

Je pense à toi, et te demande d’attendre mon retour comme je l’attends, avec la même joie, avec les mêmes frétillements. Je t’envoie ce que je peux, et je sais que j’oublie des pans entiers des jours passant loin de toi. On ne pourra pas les rattraper. Ces cartes postales, si longues soient-elles, ne suffisent pas. Il y aura toujours, dans l’absence, quelque chose d’insaisissable, mais ce que je peux saisir va vers toi,

a.

Texte rédigé par Antoine Mouton

Cinéma du Réel @ Pompidou Paris – Deuxième Lettre

Chère anonyme,

Tu sais, pendant les films, maintenant, j’écris, je ne m’en empêche plus. J’ai mon carnet sur mes genoux, à la main le stylo que tu m’as donné, et je note tout ce qui vient. Ca vient parfois du film, parfois de la salle, parfois sans origine ni raison apparente. Ca traverse. Voir un film est comme une méditation : tout ce qui me dit, j’écoute. Un mot vient, qui parfois fait une phrase, qui parfois fait une pensée de laquelle découlent d’autres mots, d’autres phrases, d’autres pensées. L’oeil est rivé à l’écran, la main écrit : c’est l’écran vertical contre l’écrit couché, autrement dit un plan, abscisses et ordonnées, où naviguer.

J’écris pendant les films, comme certains lisent des livres en soulignant les passages qui les interpellent. Longtemps j’ai cru que c’était un défaut, alors je me cachais. J’attendais que le film soit déjà commencé depuis longtemps pour sortir mon carnet. Je ne voulais pas qu’on me remarque ou qu’on me prenne pour un espion, pour un observateur, pour un preneur de notes, ni pour un voleur d’idées.

Je n’écris pas seulement sur le film. Ou plutôt si, sur le film, mais au sens où le film est le support sur lequel j’écris. Ecrire sur un livre, écrire sur un film – écrire sur une séance de cinéma, voilà ce que je fais. Quand on se retrouvera et qu’on ira ensemble au cinéma, tu ne t’offusqueras pas, j’espère, maintenant que tu sais.

Dans le film de Guillaume Brac, Un monde sans femmes, que tu as vu, il y a cette scène où le héros dit qu’il souligne des phrases dans les livres parce qu’il a peur d’oublier. Ce n’est pas exactement de l’oubli que j’ai peur, et ce n’est pas l’écriture qui conjurera l’oubli. C’est même peut-être pour oublier que j’écris. Pour oublier ce que je vois. Pour m’en débarrasser d’un coup. Pour me retrouver ailleurs, déjà. Pour ne pas laisser un morceau de moi dans cette salle de cinéma. Les films prennent tant. Je ne sais toujours pas pourquoi je vais au cinéma. Je ne t’ai toujours pas dit. Mais à force tu sauras, ça transparaîtra.

Ce matin, après m’être réveillé seul, l’estomac perforé par un café aussi cher que mon ticket de cinéma, j’ai vu Dochters, de Marta Jurkiewicz, un film des Pays-Bas. J’y ai vu des gens faire semblant de fumer. Ils étaient là, à la fenêtre, ils tenaient une cigarette imaginaire entre les doigts, ils la portaient à leur bouche, et ils soufflaient en renversant la tête. C’était des gens qui devenaient des images – ça allait, pour une fois, dans ce sens-là – plutôt que des images voulant bien faire semblant d’être semblables aux gens. Il en faut peu, finalement, pour faire image, pour faire du cinéma : une fenêtre et des gens. Même pas besoin d’acheter un paquet de cigarettes.

Après cela, il y a eu L’oiseau sans pattes de Valérianne Poidevin. J’y ai vu les routes françaises à travers le pare-brise d’un camion, conduit par l’oncle de la réalisatrice – un oncle d’Amérique ? Un oncle fantasmé, en tout cas. Comme le métier de routier. Comme les road-movies américains. Mais les routes françaises n’ont rien à voir avec les routes américaines. Il y a dans le paysage d’ici quelque chose de gris, de confiné, que les autoroutes sillonnent uniformément. Il n’y a rien à relier. Il n’y a que de l’épaisseur, pas de grandes traversées.

On s’est arrêté plus longtemps qu’on n’en avait l’habitude sur les parkings vides, on s’est aventuré dans les zones industrielles, on y a passé la nuit, on a pique-niqué près d’une usine, on s’est endormi après s’être garé dans une pente – voilà notre voyage. Il y avait beaucoup de paroles, mais peu de choses qui se disaient. La réalisatrice déclarait être fascinée par son oncle, en vérité c’était cette fascination-même qui la fascinait. C’était ça qu’elle tentait de filmer.

Et comme c’était un peu long, j’ai imaginé une touriste qui visiterait Paris avec le guide de New York. Elle chercherait les gratte-ciels, ne serait pas impressionnée, irait en quête de la Statue de la Liberté, trouverait la photographie de son guide mensongère, s’insurgerait mais se perdrait, entrerait dans un diner pour se rassurer, et commanderait un hamburger. Dehors, pourtant, les vieilles pierres du Marais l’affligeraient d’un vertige épouvantable. « Qu’est-ce que ça fait là ? » se demanderait-elle.

Puis en voyant Le camp, de Jean-Frédéric de Hasque, un film belge se passant au Bénin dans un camp de réfugiés togolais, je n’ai plus pu m’arrêter d’écrire. Tout ce que je voyais comptait. L’écran est longtemps resté noir avant que le film commence, c’est peut-être pour ça, il y avait une tension : quand est-ce que je verrai quelque chose et qu’est-ce que ce sera ? Qu’est-ce que ça fera là ? D’abord, avant de voir, j’ai entendu des pas. Et, dans le faisceau d’une lampe de poche parcourant un espace sablonneux, j’ai vu des pieds. Parfois, je devinais un corps, mais globalement c’était l’obscurité. Alors il y a eu un feu, des outils, des morceaux de corps employant ces outils, et le jour est venu, mais le temps de voir un visage a été retardé. Un visage, dans un film, c’est important. On veut le voir. On aurait du mal à se contenter des pieds. Plus tard, une femme a traversé le plan, et avant d’en sortir, se retournant vers nous, a dit « bonjour ». On est resté un moment là, dans le paysage qu’elle venait de traverser, à prendre la mesure de ce « bonjour ». La mesure du passage de cette femme, aussi. Car dans ce film, chaque présence compte, chaque geste est mesuré.

Ils sont Togolais, ils ont fui leur pays, ils ne peuvent pas y retourner. Au Bénin, on les parque dans des camps, on ne veut pas d’eux ici. Ils n’ont plus de pays. Ils ont ce camp. Et ils entendent bien l’habiter. Ils tapent le sol, ils le balaient. Ils clouent, s’abritent, consolident les cloisons. Ils plantent, bâtissent, arrosent, érigent : des gestes affirmant la présence, et l’inscrivant dans la durée. Chaque geste dit : « nous resterons ». Chaque geste dit : « bonjour », et puis le geste disparaît, mais la caméra l’a saisi. Chaque plan est une esquisse. Sauf certains, plus composés, à la manière de celui où l’on voit un gamin se faire couper les cheveux devant un poster de Didier Drogba, tandis qu’à côté de lui son père porte un t-shirt à l’effigie de Barack Obama et attend. Les images du monde déferlent ici aussi, dans ce camp, comme plus tard des images des événements togolais apparaîtront sur l’écran du téléphone d’un des réfugiés.

En sortant du musée pour manger, j’ai vu seize écrans plats Samsung diffuser des zooms sur des oeuvres de Matisse, et chaque écran avait son nom, Samsung, écrit en blanc au bas du cadre noir. Dehors, sur le parvis, j’ai vu trois sacs en papier Mac Donalds pleins à craquer abandonnés au milieu de touristes et de badauds les ignorant. J’ai vu un homme âgé prendre en photographie, sur son téléphone Blackberry, une voiture rétro Campbell’s Soup placardée sur un tuyau blanc. Les pigeons sur le toit de l’atelier Brancusi nous regardaient sans bouger. C’était l’heure de leur digestion. Certains passants s’écartaient brusquement de sous les branches, et on entendait un bruit proche de « chplop ». Je ne pouvais plus m’arrêter d’écrire. Film ou réalité, je notais ce qui venait.

J’ai vu deux autres films encore, mais je t’en parlerai demain, car ce soir je suis fatigué, et il est déjà tard.

Je t’embrasse fort, je pense tout le temps à toi, même si je me demande, parfois, ce que je fais là. Attendant de savoir, j’écris et signe,

a.

Texte rédigé par Antoine Mouton

LINT – WALTER HUS & CHRIS WARE

Il y a à peine un mois, une publication émanant de la page Facebook de Chris Ware retenait toute mon attention…

Le Théâtre Royal Flamand de Bruxelles présenterait une version « opéra » de Lint, le dernier ouvrage en date de l’immense auteur américain de bande dessinée Chris Ware, et XXéme volume de sa série Acme Novelty Library… L’artiste nous ayant déjà proposé un essai dans le dessin animé et ayant publié une oeuvre uniquement pour iPad, je savais Chris Ware enclin aux expérimentations autour de son travail. Rendez-vous est donc pris pour le 2 mars, date de la première représentation du spectacle.

Le peu d’information ayant filtré m’intrigue et je me demande longtemps à quoi exactement m’attendre. Une version théâtrale de l’ouvrage? Une lecture en musique? Le projet est dirigé par Walter Hus, compositeur belge avant-gardiste dont la célébrité remonte aux années 80. Pour l’accompagner, celui-ci a choisit l’ensemble musical flammand SPECTRA et la chanteuse et danseuse d’origine jamaïquaine Angélique Willkie. La page Fb de Chris Ware finit par me répondre en m’informant que le spectacle sera en anglais et que les pages de l’ouvrages seront projetées sur un écran à l’arrière de la scène.

Reprenant une fois encore les intérêts « humanistes » de l’auteur, Lint dresse la biographie d’un homme, de sa naissance à sa mort, le long de 72 pages, autant que d’années de sa vie. Portrait de la médiocrité ordinaire d’un homme plongé dans la mentalité capitaliste bas du front de l’american way of life, Ware s’arrête sur divers éléments aussi essentiels (multiples mariages, naissances de sa descendance, faillite de l’entreprise familliale) que banals (excursion familiale, match de football) comme autant de souvenirs épars rassemblés par un homme sur son lit de mort.

Si l’intelligence de Chris Ware repose sur ses techniques de narration et dans son dessin millimétré, il est encore plus brillant par son sens aigu de la mise en page. Chris Ware a depuis longtemps compris toute les spécificités de l’art séquentiel et explore en permanence la notion de page, jouant des vides et des pleins, des rythmes et des répétitions, des surimpressions et des surcadrages. Et ce soir… cette évidence nous explose au visage. Habituellement limité aux petits formats, son graphisme demande en général une attention soutenue et parfois presque le recours à une loupe grossissante. Voir ses illustrations projetées aux dimensions gigantesques d’un écran de cinéma est une occasion unique pour saisir le génie de l’espace et du rythme.

Une à une, en fondu enchainé, les planches défilent sur l’écran. Sur la scène, pour soutenir les étapes de la vie de Jason Lint, l’ensemble SPECTRA composé d’une dizaine de musiciens délivre une musique évoluant entre musique savante moderne et sonorités post-rockiennes. A leur gauche, Angélique Willkie entonne des parties du texte rédigé sur la page, le répétant, le modifiant ou même parfois improvisant. Au fur et à mesure de la soirée son rythme se fait plus saccadé se rapprochant peu à peu du spoken-word et se mariant à la perfection avec les brillantes compositions de Walter Hus.

L’étrange impression d’assister à une version bande dessinée d’un ciné-concert s’estompe rapidement devant la qualité du travail effectué. On pense rapidement à d’autres expériences du genre. Le CD audio distribué en accompagnement du livre La Horde du Contrevent de Alain Damasio et à écouter durant la lecture par exemple. Ou même le réjouissant Hamlet (malheureusement toujours pas vu sur scène !) porté par Robert le Magnifique & TEPR & My Dog is Gay pour lequel la composition musicale fut faite en amont de tout travail de mise en scène. Mais ici tout semble nous échapper sans cesse. Les pages défilent un peu trop vite, nous empêchant de bien lire et de parcourir le récit à notre aise. Il nous faut donc lâcher prise et accepter de se laisser porter par le flux de la vie de Lint, des images et de la musique, plongé dans l’ambiance de cette vie morose s’effilochant sous nos yeux.

Plus la fin se rapproche et plus l’émotion se fait sensible, juste avant l’explosion des salves d’applaudissement d’un public conquis. Si seulement deux dates ont été prévues au KVS, espérons que le succès soit suffisamment au rendez-vous pour prolonger l’expérience, prévoir une tournée et même pourquoi pas quelques représentations sur les terres américaines de l’auteur originel…

SUPERMARKET 2012 – Stockholm Independent Art Fair

Si vous étiez à Stockholm du 17 au 19 février et que vous n’aviez pas envie d’aller voir l’omniprésent Ai Weiwei au Magasin 3, que les « Shimmering silver » du Nationalmuseum ne vous tentaient guère plus que Anton Corbijn au Fotografiska, il fallait se rendre au Supermarket, la foire alternative d’art contemporain de la ville.

Fort de sa 7ème édition, le Supermarket 2012 est situé sur deux niveaux du Kulturhuset (plus important centre culturel de Suède) au coeur de la ville nouvelle. Se posant en réaction au Market, la foire « officielle », le Supermarket préfère mettre en avant les structures non-commerciales, les initiatives indépendantes et les projects-spaces de tous horizons.

La manifestation ne présente aucune limite quant aux formes d’art présentées, allant de la peinture à l’installation en passant par la performance pouvant se dérouler autant sur une scène dédiée que dans les allées de la foire. La plus grande réussite de cette initiative tient dans son aspect complétement international. Si la quasi-absence de francophonie tend à souligner le repli de la scène artistique française ce n’est que pour mieux laisser la place à des créations plus rarement vu sous nos contrées avec des exposants venant de tous les coins du monde : FELTspace d’Australie, Blank Projects d’Afrique du Sud, rainbowartsproject de Singapour… Les pays européens les plus représentés sont évidement les pays nordiques (9 finlandais, 4 danois, 5 norvégiens, 21 suédois) mais d’autres états étaient également venus en force cette année tels que les Pays-Bas avec pas moins de 8 project spaces installés pour ces trois jours de rencontres et d’échanges.

Voici une courte présentation de quelques-uns des projets les plus intéressants et enthousiasmants que nous avons pu croiser :

MUU Galleria – Finlande

Depuis plus de 20 ans, l’association d’artiste Muss se dédie à promouvoir les formes artistiques nouvelles et novatrices. Cherchant à développer au maximum les collaborations et les interactions entre les artistes travaillant avec des mediums différents, Muss se distingue par la multiplicité de ses approches. Organisant régulièrement séminaires, concerts, projections et prenant part à de nombreux festivals, Muu possède également une galerie à Helsinki. Durant le Supermarket 2012, Muu présentait une sélection de peintures et de dessins ainsi qu’un grand choix de livres d’artistes. Mais la partie la plus enthousiasmante du stand concernait la partie sonore de leur activité, dénommée Audio Autographs. Centré sur la promotion du sound art, Audio Autographs cherche à permettre la création d’installations sonores et d’oeuvres audios nordiques mais également internationales. Ces travaux peuvent être retrouvés sur les compilations Muu For Ears éditées depuis quelques années. Achetables sur place, celles-ci sont fort heureusement également disponibles en ligne. Incontournable pour découvrir des pointures givrées, n’hésitez pas c’est juste ici.

Greylight Project – Hollande

Jeune project space hollandais ouvert depuis 2 ans dans la petite ville de Hoensbroek à proximité de Maastricht, Greylight Project organise régulièrement des expositions d’artistes de tous horizons et compte prochainement développer un concept de résidence.

L’originalité du stand de Greylight Project tient en sa prise en compte de l’espace d’exposition particulier qu’est celui d’une foire d’art contemporain. Souhaitant éviter au pire l’effet vitrine de magasin si classique de ce type de lieux, les artistes avaient décidé de quasiment clore leur stand pour mieux inciter les gens à s’arrêter et les sortir du classique comportement de flâneurs adopté en ce type d’endroit. Cette présentation entre en parfaite cohérence avec l’intérêt pour les notions d’espaces, de lieux et d’interventions généralement abordées par les 7 artistes représentés dont les pratiques et les styles étaient aussi hétéroclites que complémentaires.

Ed Video – Canada

Parmi les quelques exposants venant d’autres continents, notre attention s’est portée sur la fort sympathique équipe nord américaine de Ed Video. Situé dans la toute petite ville de Guelph dans l’Ontario, Ed Video existe depuis 1976. Se concentrant sur les arts des médias, la particularité de cette structure est de proposer également la location de matériel photo ou vidéo ainsi que des formations techniques. Ce qui nous intéresse plus particulièrement ici est évidemment sa partie artistique qui s’est développée depuis 2009 et se compose d’une quarantaine d’évènements par an, allant de la projection de films à la présentation d’expositions d’artistes uniquement canadiens.

En parallèle et en résonance avec le Supermarket 2012 se tenait au Moderna Museet une oeuvre sonore aussi démesurée qu’enthousiasmante. Ayant premièrement vu le jour en 2003 au Royal Danish Theatre and Charlottenborg de Copenhague, freq_out est un projet protéiforme se composant d’interventions sonores faites in-situ par 12 artistes et se basant sur des gammes de fréquences différentes, allant de 0 à 11000 Hz.

Nappe sonore enivrante, évoluant entre l’ambient, le drone électronique et le glitch, freq_out est avant tout une oeuvre à vivre. Si le vernissage n’était évidemment pas le meilleur moment pour profiter pleinement du travail réalisé, il ne fallait pas hésiter à revenir durant les 48h suivantes durant lesquelles se poursuivait l’œuvre. Il était ainsi particulièrement plaisant de prendre le temps de parcourir à différentes heures les diverses pièces éclairées chacune d’une couleur différente pour constater les changements progressifs de l’installation. Le mieux étant évidemment de débarquer à 5h du matin pour piquer un somme sur un des tapis ou des canapés spécialement installés pour l’occasion…

Et pour conclure, quelques images d’autres oeuvres…