Exceptionnellement, la Musicbox a sauté un mois et nous vous proposons donc aujourd’hui une double ration de chroniques musicales. Entre le nouvel Actress, le premier album « officiel » de Death Grips, le très attendu retour du Klub des Loosers, la compil Odd Future ou encore l’essai à moitié transformé de Julia Holter, les mois d’avril et mars ont été riches en sorties: dans les casques ou hors des enceintes, le son du printemps s’invite sur Pocket Welt.
/ / / / / / / / / / / / / / / /
ALBUMS
/ / / / / / / / / / / / / / / /
Actress .
R.I.P [Honest Jon's]
Indéniablement l’un des acteurs les plus euphorisant de la scène électronique actuelle, le londonien Darren Cunningham rempile chez Honest Jon’s avec un album encore moins définissable que le précédent, d’une richesse et d’une intelligence admirable. Entre les morceaux aux accents house, glitch, techno, ambient et néo-classiques, des fossés se creusent sur le papier que Cunningham s’empresse de redessiner en paysages lunaires tout en semblant s’amuser de la facilité avec laquelle il fait s’opérer la magie. Ricochant avec une cohérence étonnante entre de délicates parenthèses (Jardin ou le très Eno-esque N.E.W.) et d’autres pistes plus orientées dancefloor (The Lord’s Graffiti, Shadow from Tartarus), R.I.P est un album entièrement maîtrisé qui égale, voire surpasse, toutes les attentes placées en Cunningham après l’excellent Splazsh – un grand cru qui s’écoute et de réécoute jusqu’à l’overdose.
Klub Des Loosers .
La Fin de l’Espèce [Les Disques du Manoir]
8 ans plus tard. L’histoire continue, pile ou nous l’avions laissé. La corde a résisté mais la branche s’est brisée. Le suicide a raté, Fuzati se retrouve le cul par terre, toujours plus en proie à la gravité, collé à la réalité. L’insouciante adolescence est périmée, bienvenue dans l’âge adulte, Anne-Charlotte et toutes les autres ne sont plus qu’un lointain souvenir. L’humour dépressif laisse la place à un cynisme pur et dur. Au milieu du marasme seule la plume de Fuzati reste brillante. Son flow, qui a toujours été sujet à débat, est ici encore plus amorphe que d’habitude. Assurément perturbant mais au combien lié à l’ambiance générale du disque. Un No-Futur résigné, porté par les précieux beats de son compère Detect, très monolithiques mais magnifiquement assemblés de A à Z. On regrettera d’ailleurs qu’un peu plus de temps ne lui ait pas été accordé pour laisser trainer ses instrus ou placer quelques un des scratchs dont il a le secret. Mais c’est un reproche bien faible par rapport à notre enthousiasme général. Et même si le moral du duo semble être six pieds sous terre, ils volent encore une fois bien au dessus du reste de la scène hip-hop française.
Death Grips .
The Money Store [Epic]
« Gaga can’t handle this shit! » beugle MC Ride sur Hacker, tube rap-dance jubilatoire digne d’un LCD Soundsystem en plein accès psychotique, et qui clos The Money Store de bien belle manière. Soyons rassurés, Lady Gaga n’a pas de soucis à se faire quant à l’éventualité que les excités de Death Grips empiètent sur son terrain de pop formatée: on retrouve ici toute l’énergie crasse qui avait fait le charme de l’officieux Exmilitary, quelques guitares en moins. En effet, la production de The Money Store sonne nettement plus électronique que sur son prédécesseur, sans que l’on ait l’impression que le trio ait fait quelque concession que ce soit pour atténuer son ardence; l’album sortant chez une major on était en droit de s’en inquiéter, mais les doutes se sont évaporés à la découverte de la pochette. Il demeure qu’en dépit de ce nouveau son, certains morceaux suggèrent d’avantage « Death Grips sur auto-pilote » que l’agitation musicale que le groupe est censé incarner, et ce d’autant plus qu’ils sont en compétition directe avec le génialissime Hacker. On reste néanmoins très curieux de l’évolution de ce projet singulier, qui devrait nous garnir d’un nouvel album dans les mois à venir que l’on espère un peu plus fou.
Nicholas Szczepanik .
We Make Life Sad [Weme]
Contrairement à ce que peuvent laisser entendre son titre et sa pochette crève-cœur, We Make Life Sad est loin d’être triste; exception faite des sombres Over Your Dead Body et Consciousness, le disque rayonne bien plus qu’il ne plombe. Usant de boucles et samples vocaux noyés sous des nappes de crépitements analogues, Nicholas Szczepanik a pris le contre-pied de son précédant opus (Please Stop Loving Me, long morceau de 50 minutes) en parsemant We Make Life Sad de petits morceaux insulaires, certains coupés abruptement, qui ne sont pas sans rappeler le travail de Leyland Kirby sous le nom de The Caretaker – un soupçon moins sinistre. Paru en vinyle chez les belges de Weme Records, We Make Life Sad est un album sensible et poétique que l’on aimerait voir se prolonger au delà de ses 38 courtes minutes, mais telle est la loi des microsillons.
Julia Holter .
Ekstasis [RVNG]
Nouveau baromètre de crédibilité hipster, Julia Holter semble avoir gagné autant de détracteur que d’admirateurs depuis la sortie du très attendu Ekstatis, et ce malgré un premier album (Tragedy, paru chez Leaving Records) encensé de part est d’autre de la toile. L’effet Pitchfork? Toujours est-il que Ekstasis manque cruellement de l’aura énigmatique qui faisait en grande partie le charme de Tragedy, puisqu’il voit Julia Holter se concentrer d’avantage sur ses compositions vocales que les abstractions sonores dont elle a déjà fait preuve, allant jusqu’à reprendre deux fois le morceau Goddess Eyes précédemment introduit sur Tragedy. La prise de risque est minime, mais Holter accompagne ses comptines pour adultes d’une juste dose d’excentricité qui rend l’écoute de cet album irrésistiblement plaisante. Il y a cependant un fossé entre « plaisant » et « remarquable » que la musicienne n’a pas réussi à franchir cette fois-ci, même si son empreinte sonore si personnelle nous laisse imaginer un avenir musical prometteur.
Dean Blunt & Inga Copeland .
Black is Beautiful [Hyperdub]
Si la collaboration de Dean Blunt & Inga Copeland – plus connus sous leur nom de scène Hype Williams - suscite autant d’intérêt et de curiosité, c’est en partie en relation avec la mythologie qu’ils ont su créer, aussi absurde qu’elle soit. Mais que devient Hype Williams sans les faux-semblants? Abandonnant leur pseudonyme d’empreint chez Hyperdub, le duo signe ici un album de bass music tout aussi brouillon que les précédents mais un peu moins opaque; il paraît même que l’on y trouve de vraies chansons au milieu des divagations lo-fi enfumées. Ce sont d’ailleurs ces morceaux chantés par Inga Copeland qui constituent les moments forts de Black is Beautiful, car si les anglais savent concocter des expérimentations hybrides captivantes, beaucoup d’entre elles paraissent errer sans but à la recherche d’un morceau sur lequel se greffer. Une écoute infiniment frustrante, donc, mais qui vaut la peine si ce n’est pour les quelques accès de brillance que Dean Blunt et Inga Copland veulent bien laisser poindre.
NHK’Koyxeи .
Dance Classics Vol. 1 [PAN]
Kouhei Matsunaga est un artiste de musique électronique japonais actif depuis le début des années 90. Ces 20 années ont vu s’accumuler sur son CV des collaborations avec des artistes de renom tel que Merzbow, Autechre, Anti Pop Consortium, Asmus Tietchens… Mais la seule que nous connaissons vraiment est celle qui nous l’a fait découvrir: ses nombreuses collaborations avec le rappeur Sensational comme sur l’album Sensational Meets Koyxen, bourré de sons bien lo-fi. Une tendance au glitch et au noise qu’il laisse de côté pour sa nouvelle sortie chez un des labels les plus explosif du moment, le bien nommé PAN. Globuleuses et énergiques, les 11 pistes qui parsèment l’album donnent à chaque instant l’envie de se lever pour se déhancher comme un robot nostalgique des 90′s. D’une cohérence enivrante, ce revival sait nous apporter une touche de fraicheur ironique au milieu d’une scène électronique souvent trop adepte de l’autocentrisme.
Clark
Iradelphic [Warp]
Signé depuis plus de 10 ans chez Warp, (Chris) Clark est un artiste non négligeable de la scène électronique. Nous, à Pocket Welt, même si nos avis peuvent diverger, on l’aime bien. Tout d’abord parce qu’il a l’audace de changer de genre ou presque à chaque sortie. Sa galette la plus connue Body Riddle fait dans l’IDM-propre-sur-lui tandis que Turning Dragon fait dans la techno tapageuse. Enfin parce que sa dernière production, Totems Flare (paru en 2009) est sans conteste son chef-d’oeuvre. Bourré d’idées et de sons en tout genre, surexcité et déviant, Totem Flares ravi par son aspect protéiforme mais cohérent. Et voila que 4 ans plus tard débarque Iradelphic… Et là, on se demande si Clark s’est enfilé un paquet de downer lui engluant le cerveau et les compo ? On sent les synthés vintage, on sent les début de Bibio, on sent le folktronica… C’est bien produit mais il manque malheureusement l’étincelle qui ferait passer le disque de « écoute agréable » à « album à conserver ». Un tournant une fois de plus courageux dans la carrière de Clark mais qui peine malheureusement à totalement convaincre…
/ / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / /
REEDITIONS / COMPILATIONS
/ / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / /
Ustad Abdul Karim Khan .
1934 – 1935 [Important]
La première fois que La Monte Young a entendu la musique d’Abdul Karim Khan, il s’est presque juré d’abandonner le chant et de ne plus écouter que lui. Utilisant la voix comme instrument principal, la musique du chanteur classique indien (qui s’inscrit dans le genre Khyal, originaire d’Inde du Nord), empreinte de mysticisme et tellement extraterrestre à nos oreilles occidentales, est effectivement fascinante – que l’on adhère ou pas à ce style vocal si particulier. Cette compilation reprend en réalité les mêmes morceaux enregistrés en 1934 et 1935 que l’album réédité l’année dernière par Mississippi, mais ce dernier étant quasi sold-out l’initiative d’Important Records tombe à point nommé pour tous ceux qui désirent découvrir un pan de la musique classique du pays de Gandhi par le biais de l’un de ses maîtres – « Ustad » en arabe persiannisé.
OFWGKTA .
The OF Tape Vol. 2 [Odd Future]
Beaucoup avaient lâché les troublions d’Odd Future après la sortie du pourtant plus que correct Goblin, mais nous à Pocket Welt avions continué de suivre le crew, galvanisés notamment par la soirée de folie que nous avions vécue à l’occasion de leur passage à Bruxelles. Sur le papier, beaucoup a changé depuis la sortie de Radical, leur précedent effort de groupe: une hype sans précédent, la reconnaissance de Kanye West et consort, des trophées, des tournées, des polémique, une émission de télé, un livre, une maison de disque… Mais le disque lui-même propose toujours la même rengaine qui commence à être lassante. Même Hodgy Beats, qui pourtant avait dévoilé un flow plus mature sur son recent EP, semble être retourné vers ses anciens travers. Il y a bien quelques morceaux comme l’impressionnant posse cut Oldie (et son couplet en or signé Earl) pour nous mettre du baume au coeur, mais c’est cette brillance fugace qui rend l’écoute de cette seconde OF Tape d’autant plus frustrante.
John Jacob Niles
The Boone-Tolliver Recordings [L.M. Dupli-cation]
Quand on évoque la musique de John Jacob Niles, impossible de ne pas mentionner son timbre soprane extraterrestre, entre voix éraillée et falsetto théâtral. Mais peu de choses furent conventionnelles dans la vie de ce chanteur folk des Appalaches, qui passa une grande partie de son temps à parcourir les Etats-Unis à la recherche de chansons traditionnelles à retranscrire; après avoir été blessé lors de la première guerre mondiale, il a notamment étudié la musique en France puis a été assistant de la photographe Doris Ulmann. Au début des années 50, alors qu’il jouissait d’une reconnaissance internationale, Niles s’est lancé dans une aventure un peu folle à l’heure ou le concept de home studio était encore inconnu: la création de son propre label, Boone-Tolliver, par le biais duquel sont sortis deux EPs enregistrés par Niles dans l’intimité de sa maison et distribués en quelques centaines d’exemplaires, et que l’on retrouve compilés dans cette superbe réédition publiée par L.M. Dupli-cation, le label du groupe A Hawk and a Hacksaw. Bruts et intenses, ces enregistrements qui mêlent reprises et compositions originales sont bien plus qu’une simple curiosité: tout amateur de folk qui soit devrait y jeter une oreille.
Divers .
Personal Space: 1974 – 1984 [Chocolate Industries]
Ce n’est pas que les compilations de musiques psychédéliques africaines ou de luk thung thailandais commencent à lasser, mais quand sort une compil aussi alléchante que Personal Space: Electronic Soul 1974-1984, on est en droit de s’enthousiasmer. Regroupant comme son nom l’indique une collection de morceaux enregistrés par des groovemen armés de synthétiseurs et autres boîtes à rythmes, Personal Space célèbre le lo-fisme d’un pan assez peu connu, si ce n’est pour les quelques expérimentations de Sly Stone ou Shuggie Otis, de la soul et du funk. Oscillant de pépites électro-soul à de floues élucubrations, la qualité des morceaux sélectionnés est malheureusement fluctuante, mais la compilation dans son ensemble se laisse écouter comme un bon bain chaud se laisse pénétrer, sous-entendu compris.
/ / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / /
SINGLES & EPs
/ / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / /
Mr Oizo
Stade 3 [Ed Banger]
On le sait, la nouvelle passion de Quentin Dupieux, c’est le cinéma. D’ailleurs tandis qu’il peaufinait son nouveau film Wrong à sortir fin juin dans les salles françaises, Mr Oizo jouait la carte du buzz en balançant simultanément un nouveau site web, un teaser vidéo ressuscitant Flat Eric et un nouvel EP à télécharger librement… Comme son nom l’indique, Stade 3 est la « suite » de son LP sorti fin 2011. Ces sept nouveaux morceaux en prolongent les sonorités électroniques arides, quasi lo-fi et minimales qui composaient Stade 2. Si l’ensemble est un poil plus calme, on ne perd rien du style iconoclaste de l’artiste. Un EP sans grosse surprise mais qui plaira sans aucun doute aux amateurs du genre.
Moomin .
Sleep Tight [Smallville]
Moomin revient… Mais non pas Les Moomins, ces adorables personnages finlandais de dessins animés, mais bien Moomin, le producteur de deep house a qui l’on doit le splendide album The Story About You paru l’an passé chez l’audacieux label Smallville Records. Et si cette fois Moomin veut nous mettre au lit, ce n’est pas pour nous endormir mais bien pour nous faire rêver. Des rêves feutrés, doux, et réconfortant dans une chaude nuit étoilée. Ces trois longues plages envoutantes et merveilleusement construites sont finalement sans surprises par rapport à son précédent LP, mais c’est un tel plaisir de découvrir ces nouvelles pistes que cela suffit amplement à faire notre plus grand bonheur.
Mount Eerie .
To The Ground [Atelier Ciseaux]
On verrait mal ces pistes bricolées sur clavier MIDI figurer sur l’un des deux albums de Mount Eerie prévus cet années, et qui s’annoncent d’ors et déjà très prometteurs; on y retrouve en effet un style de production bien éloigné du son chaud et organique dont Phil Elverum a le secret. Pour autant, ces expérimentations folktronica donnent à voir une facette nouvelle du travail d’Elverum et quand le label français Atelier Ciseaux lui a proposé une sortie 45T, il semble qu’il ait sauté sur l’occasion pour faire exister ces deux morceaux un peu à part, enregistrés avec Nick Krgovich du groupe No Kids. Avec sa production raffinée et ses choeurs, To The Ground est un grain plus excitante que la b-side Mouth of Sky (MIDI Strings), reinterpretation au clavier et à la talkbox du morceau du même nom (que l’on retrouve sur Wind’s Poem) qui ne manque néanmoins pas de charme malgré son aspect « démo ». Après deux ans de quasi hibernation musicale de la part de Phil Elverum, on savoure ce 45T en attendant la sortie imminente de Clear Moon; c’est promis, on vous en parle le mois prochain!
/ / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / /
CLIP DU MOIS
/ / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / /
Artiste plasticienne ainsi que musicienne, Felicia Atkinson vient de sortir sous son nom de scène Je Suis le Petit Chevalier l’album The Age of Wonder (Shelter Press / La Station Radar), donc la face B The First Forest est une petite merveille drone; superposé à des images du film Ori de Shuji Terayama, le morceau en devient encore plus inquiétant. Ca tombe bien, on aime ça.

Oren Ambarchi
Expensive Looks
EMV
Nina Kraviz
Willamette
RXRY
Nuojuva
Ali Farka Touré
Bardo Pond + Tom Carter 
Ssaliva
Hodgy Beats
Klub Des Loosers 
Ilyas Ahmed
The Caretaker
Tyme. x Tujiko
J. Collin
Matt Elliott
Agali Ag Amoumine
Porter Ricks
Le Mystère Jazz de Tombouctou
Mount Eerie / Selector Dub Narcotic
Klub des Loosers
Pierrot Lunaire
Pour commencer attardons-nous quelques instants sur
Entre un nouvel album sous le pseudonyme de The Caretaker, la série d’EPs Intrigue & Stuff et cet Eager to Tear Apart the Stars, 2011 fut une année relativement prolifique pour
On reste dans un climat similaire avec Owl Splinters, qui marqua en début d’année le retour du duo norvégien Erik K. Skodvin et Otto Totland – alias Deaf Center – après le sublime Pale Ravine en 2005. Depuis la sortie de ce dernier, les deux comparses ont tracé leur propre chemin avec pour le premier le projet dark ambient Svarte Greiner et pour l’autre, la musique aux accents néo-classiques de Nest; l’influence du style de chacun est par conséquent nettement plus manifeste sur cet album qu’elle ne l’était sur son prédécesseur. Bien que le piano funeste d’Otto Totland semble parfois un peu envahissant, les nappes de Skodvin donnent au tout une atmosphère infiniment menaçante qui nous attire irrésistiblement vers le fond du gouffre jusqu’aux dernières notes de Hunted Twice. Sombre voyage que ce Owl Splinters.
En règle générale, le hip-hop à tendance à ne pas très bien vieillir passé la quarantaine. Il existe bien entendu une pleiade de contre-exemples, mais peu sont aussi spectaculaires que la réinvention entreprise par Ishmael Butler des Digable Planets avec le projet
Enregistré par Graham Lambkin depuis le siège passager d’une Honda Civic (sa femme au volant et les enfants à l’arrière) en route vers une destination mystérieuse, l’aventureux Amateur Doubles est une superbe mise en abîme sonore qui nous donne à réfléchir sur l’acte même d’écouter. En effet, chacune des faces du disque donne la part belle à un album d’électro-prog française glissé dans le lecteur CD de la voiture – respectivement, Pôle de Besombes-Rizet (1975) et 3000 Miles Away de Philippe Grancher (1977) – alors que Lambkin s’adonne à d’obscurs bidouillages. Le résultat, entrecoupé par les bavardages des enfants, le bruit du moteur tantôt imperceptible, tantôt omniprésent, est aussi menaçant qu’il est volatile. Sorti discrètement chez KYE en décembre, Amateur Doubles est certainement le field recording le plus passionnant de l’année aux côtés de El Tren Fantasma de Chris Watson.
Côté bass music, on n’a pas fait mieux en 2011 que les deux EPs (ou sont-ce des albums? On n’en sait trop rien.) Passed Me By et We Stay Together, réunis en fin d’année dans une unique édition chez
Officiellement, il s’agit de deux albums bien distincts; officieusement, il est bien difficile de considérer ces deux disques séparément tant ils se complètent l’un l’autre: d’un côté, l’univers macrocosmique d’Alien Observer et de l’autre, le monde des ombres de Dream Loss. Deux satellites d’une même planète selon Liz Harris qui, pour ces albums, est quelque peu revenue à ses premières amours dronesques après un Dragging a Deer up a Hill empreint de folk lo-fi. Synthèse parfaite des mélodies de Dragging… et du bruitisme de ses débuts, A | A est une pierre brute sur laquelle la voix évanescente de Liz Harris vient se désagréger au milieu des échos de guitare et de piano dans un brouillard nebuleux dont elle seule a le secret; et bien que l’écoute s’avère parfois exigeante, il suffit d’un peu de patience pour finir immergé dans les volutes de Dream Loss et Alien Observer.
« My cattle. Ts, ts. »

