Musicbox, nouvelle formule? Alors que le débat fait rage autour de la décision du directeur en chef de Spin, Christopher Weingarten, de chroniquer bon nombre de disques via le réseau social aux 140 caractères, à Pocket Welt nous avons décidé d’experimenter avec un format un peu différent pour présenter nos chroniques musicales: des textes plus courts, mais plus d’albums à découvrir et surtout une vraie régularité dans la fréquence de publication.
Le pari de Weingarten a beau être contestable, l’argument qui en est à l’origine n’en est pas moins digne d’intérêt. Selon lui, « La valeur de l’opinion du critique rock moyen a coulé depuis que l’on peut obtenir une version haute qualité de pratiquement n’importe quel album grâce au pouvoir de Google, et ainsi écouter et décider pour soi-même si un disque vaut le coup… » - et en bons pirates que nous sommes, on est tentés d’acquiescer. Du moins jusqu’à la fin (inévitable?) de Mediafire, Soundcloud, Spotify & cie, autant d’outils qui nous permettent d’élargir notre palette de découvertes sans avoir à se fier aveuglément à la critique, dont l’existence est toute légitime mais qui est devenue à l’heure actuelle un outil comme les autres au service de l’auditeur – et par conséquent, du créateur.
Profitant du début d’année pour découvrir et re-découvrir des sorties passées, la sélection d’albums que nous vous proposons est loin d’être exhaustive mais l’on vous promet encore plus de chroniques dans les prochains mois, en espérant que la version 2.0 de la Musicbox vous séduise. Et n’hésitez pas à réagir sur la nouvelle formule dans les commentaires, on vous y attend!
Après nous avoir gratifiés en fin d’année d’un confidentiel EP en duo avec Liz Harris alias Grouper (Visitor, paru chez Social Music Club), Ilyas Ahmed revient avec un nouvel album intitulé With Endless Fire, collection de morceaux folk-rock psyché dans la lignée de ses précédents opus. On peut regretter que le multi-instrumentaliste s’éloigne de plus en plus de l’expérimentation des débuts pour s’orienter vers du songwriting pur, mais l’on y retrouve avec délectation la beauté noire qui rend la musique d’Ilyas Ahmed si mystérieusement singulière.
Je l’évoquais dans le Top Album 2011, voici donc Patience (After Sebald), bande originale du film homonyme signé Grant Gee. Sous le nom d’emprun de The Caretaker, Leyland Kirby revisite ici à sa manière une composition de Schubert (Winterreise, 1927) pour évoquer la mémoire de l’écrivain allemand WG Sebald que le film a pris pour sujet. Bien que parfois inégal, on retrouve sur Patience la capacité de Kirby à nous transporter dans un univers aussi effrayant que confortant. Un disque beau et froid.
Les fans de 28, la collaboration entre Tujiko Noriko et Aoki Takamasa parue en 2005, se réjouiront sans doute de la sortie chez Editions Mego de GYU qui voit la musicienne japonaise s’associer au bidouilleur électronique Tatsuya Yamada (alias Tyme.) pour un disque qui oscille malicieusement entre J-Pop et synth-music. La dimension pop de GYU ne plairait sans doute pas à tout le monde, mais il serait dommage de passer à côté de sa poésie lancinante et résolument féminine.
Dernière sortie du label Winebox Press, spécialisé dans les cassettes qui se démarquent par leur packaging en bois de récup’, Untitled (High Peak Vibrations Vol. II) du mancunien Jon Collin est plus qu’un bel objet. Armé d’une simple guitare acoustique, Collin dresse des paysages épurés dans un style qui n’est pas sans rappeler – toute mesure gardée – l’avant-gardisme de Loren Mazzacane Connors, John Fahey ou encore Ilyas Ahmed évoqué ci-dessus. A 57 exemplaires, difficile de mettre la main dessus mais le premier volume de la trilogie est disponible chezGiant Hell.
Après un retour vers les aspirations électroniques de ses débuts en tant que The Third Eye Foundation, Matt Elliott revient sous son nom de baptême avec The Broken Man chez les français d’Ici d’Ailleurs. Force est de constater que le songwriter britannique maîtrise toujours aussi bien les complaintes folk à faire pleurer un catcheur, mais alors que la trilogie Songs est close, TheBroken Man donne l’impression que Matt Elliott tourne en rond. Mention spéciale tout de même pour If Anyone Tells Me « It’s Better To Have Loved And Lost Than To Never Have Loved At All », I Will Stab Them In The Face.
Enregistré à Tombouctou par Christopher Kirkley – à l’origine l’excellent blog / label Sahel Sounds -, Takamba est une plongée hypnotique dans les paysages arides du Sahel, 40 minutes électrisantes pendant lesquelles le griot touareg Agali Ag Amoumine ne lâche pas son tehardent d’un pouce. Et contrairement aux compilations Music For Saharan Cellphones et Ishilan N-Tenere au son lo-fi affirmé, un soin particulier semble avoir à été apporté à l’enregistrement de Takamba tout en préservant la qualité rugueuse qui sied si bien à la musique sahélienne.
Pour célébrer leur centième sortie, le label britannique Type a frappé fort avec la réédition d’un classique de la techno minimale paru en 1996 chez Chain Reaction et dont l’édition originale s’arrache à prix d’or. Premier né de la collaboration entre Thomas Köner et Andy Mellwig, ce Biokinetics dont on ne peut que se réjouir de la résurgence est une véritable plongée sensorielle dans les abysses de la bass music, avec des titres aussi évocateurs que Nautical Dub ou encore Port of Call. Une réédition essentielle pour un album qui 15 ans après exulte toujours autant la modernité.
Cette réédition du split record que se partagent deux figures de la musique expérimentale marque la première sortie vinyle de Shelter Press, maison d’édition bruxelloise qui nous promet de belles sorties futures. Initialement paru en 2010, Waiting For The Ladies est un disque hétéroclite qui ravira les amateurs du genre, avec en face A un assaut sonore de la part de Pete Swanson (feu Yellow Swans) dont la voix se retrouve noyée dans une marée de bruit et en face B, l’électronique cosmique et éthérée de Rene Hell. Un split aux contours imprévisibles, comme on les aime.
En dehors des cuivres clairement afrobeat, on ne trouve pas beaucoup trace de jazz sur cet album publié en 1977 financé via un projet lancé par le gouvernement malien puis tombé dans l’oubli, qui donne surtout la part belle au chant et à la guitare. Dépoussiéré par le label néerlandais Kindred Spirits, Le Mystère Jazz de Tombouctou est un vibrant mélange de diverses sonorités ouest-africaines, en équilibre permanent entre tradition et modernité.
Issu d’une série de 7″ enregistrés dans les studios Dub Narcotic par une poignée d’artistes de chez K Records, Distorted Cymbals ne figurera probablement pas sur l’un des deux albums de Mount Eerie prévus pour 2012 mais s’il augure de la direction empruntée par ceux-ci, on risque de découvrir une enième facette de Phil Elverum. Rythmé et groovy (!), le morceau est accompagné en face B d’un remix signé Selector Dub Narcotic (Calvin Johnson) pour le moins… particulier. A noter que Phil Elverum entamera en mars une tournée européenne avec Earth et Ô Paon, et ça c’est cool.
Plus de 6 ans après Vive La Vie, les apparitions quasi-concomitantes d’une page Facebook, d’un nouveau site web officiel et d’une grosse interview sur l’Abcdr du son laissaient présager un retour en force du Klub des Loosers. C’est chose faite avec une date pour le prochain LP La Fin de l’Espèce (le 5 mars 2012) et l’apparition sur la toile du premier titre L’Indien. Le beat jazzy de DJ Detect déstabilise mais charme l’oreille et le flow définitivement anomal de Fuzati peine parfois à se faire comprendre mais reste truffé de punchlines délicieusement tordues. Vite la suite.
Pierrot Lunaire
Theme for Ascension and Eternal Love [Hooker Vision]
Ce 7″ de Pierrot Lunaire (à ne pas confondre avec le groupe de rock progressif italien du même nom) est un drôle de trip d’une dizaine de minutes, mêlant cuivres saturés et voix pitchées dans une série de collages sonores labyrinthiques; un peu comme si Leyland Kirby, sous l’influence d’une bonne dose d’acide, avait choisi de remixer Pharoah Sanders et Berlinà la place de Schubert. Theme for Ascension and Eternal Love vient de sortir en 200 exemplaires chez Hooker Vision, le label du couple le plus adorable de la scène ambient depuis Celer et le destin tragique qu’on lui connaît.
Tourné en une prise sans aucune manipulation digitale par Rick Bahto, cette superposition de projections qui accompagne Marienbad, le dernier single de la californienne Julia Holter, nous fera patienter jusqu’à la sortie de son album Ekstasis chez RVNG.
Bien que peu d’albums sortent passé novembre, décembre est peut-être ma période de consommation musicale favorite: on épluche les classements et autre listes à la recherche des perles qui nous auraient échappées, on recoupe tout, on redécouvre… Mais c’est un peu comme avec Noël, quand tout le monde achète son sapin et installe ses décorations bien avant l’heure parce qu’on est tous très excités et qu’ainsi, tout peut-être remballé dès le 26 décembre pour vite passer à autre chose. Chez Pocket Welt, on a pris un tout petit peu plus de temps pour vous concocter la liste de nos coups de coeurs de l’année – avec en bonus quelques albums à venir qui devraient vous faire saliver.
Avec sa dégaine d’ours bien léché, on donnerait à monsieur Bill Orcutt le bon Dieu sans confession si ce n’était pour la violence quasi-démoniaque dont il fait preuve à l’encontre de sa pauvre guitare qui, elle, n’a rien demandé. Nous, on en redemande et il faut croire que Editions Mego aussi puisqu’après avoir réédité sur compact disc A New Pay to Pay Old Debtsen début d’année, le label autrichien de Peter Rehberg (KTL, Fenn O’Berg, MIMEO…) a remis le couvert avec le presque aussi excellent How the Thing Sings. Les bizarreries commencent avec la pochette – entre hommage à Stevie Ray Vaughan et real-life trolling (j’aimerais voir la tête des fans de Vaughan pensant acquérir une rareté de leur idole) – et se poursuivent au gré des assauts de guitare improvisés d’une jouissance viscérale. En déconstruisant le blues, Bill Orcutt semble vouloir en retrouver les racines; juste une guitare, et un type qui a vendu son âme au diable.
Pour commencer attardons-nous quelques instants sur PAN, l’excellent label sur lequel est sorti Intersex. Non contents d’être à l’origine de quelques unes des pochettes les plus inventives de l’année (voir un article à ce sujet sur Resident Advisor), les berlinois on le nez fin et un certain goût pour la prise de risque; entre le free-jazz d’André Vida, l’improvisation libre d’Eli Keszler ou encore les collages sonores de Ghédélia Tazartès, on ne compte plus les albums de qualités sortis chez PAN cette année. Intersex, signé par Steven Warwick (Birds of Delay) sous le pseudonyme de Heatsick, est quant à lui un disque de quatre pistes plutôt intrigant dans sa façon d’osciller entre fièvre dancefloor et musique concrète. Mais surtout, il contient contre toute attente l’un des morceaux les plus groovy de 2011, le bien nommé Ice Cream on Concrete qui s’étend sur quelques 13 minutes de transe électronique.
Entre un nouvel album sous le pseudonyme de The Caretaker, la série d’EPs Intrigue & Stuff et cet Eager to Tear Apart the Stars, 2011 fut une année relativement prolifique pour Leyland Kirby – et cela risque de continuer puisque vient tout juste de sortir Patience (After Sebald), bande originale du dernier film de Grant Gee. De prime abord sec et glacial, l’ambient mélancolique de Eager to Tear Apart the Stars semble habitée par des fantômes étrangement familiers dont la présence une fois le premier frisson passé deviendrait presque réconfortante. Telle une bouteille à la mer fraichement ouverte, usée et fragile, il semble être le véhicule des réminiscences d’un passé enfoui que l’on (re)découvre avec fascination.
On reste dans un climat similaire avec Owl Splinters, qui marqua en début d’année le retour du duo norvégien Erik K. Skodvin et Otto Totland – alias Deaf Center – après le sublime Pale Ravine en 2005. Depuis la sortie de ce dernier, les deux comparses ont tracé leur propre chemin avec pour le premier le projet dark ambient Svarte Greiner et pour l’autre, la musique aux accents néo-classiques de Nest; l’influence du style de chacun est par conséquent nettement plus manifeste sur cet album qu’elle ne l’était sur son prédécesseur. Bien que le piano funeste d’Otto Totland semble parfois un peu envahissant, les nappes de Skodvin donnent au tout une atmosphère infiniment menaçante qui nous attire irrésistiblement vers le fond du gouffre jusqu’aux dernières notes de Hunted Twice. Sombre voyage que ce Owl Splinters.
En règle générale, le hip-hop à tendance à ne pas très bien vieillir passé la quarantaine. Il existe bien entendu une pleiade de contre-exemples, mais peu sont aussi spectaculaires que la réinvention entreprise par Ishmael Butler des Digable Planets avec le projet Shabazz Palaces. Entre esthétique afro-futuriste, instrus denses et MCing affuté, Black Up rempli à merveille son contrat d’ovni musical et tire son épingle du jeu alors que le hip-hop est en pleine rejuvénation au propre comme au figuré. Et s’il vous en prenait l’envie d’acquérir l’une (CD) ou l’autre (vinyle) version de Black Up, sachez qu’un grand soin a été apporté à la confection de l’objet – je n’en dirai pas plus, je vous laisse la surprise.
Enregistré par Graham Lambkin depuis le siège passager d’une Honda Civic (sa femme au volant et les enfants à l’arrière) en route vers une destination mystérieuse, l’aventureux Amateur Doubles est une superbe mise en abîme sonore qui nous donne à réfléchir sur l’acte même d’écouter. En effet, chacune des faces du disque donne la part belle à un album d’électro-prog française glissé dans le lecteur CD de la voiture – respectivement, Pôle de Besombes-Rizet (1975) et 3000 Miles Away de Philippe Grancher (1977) – alors que Lambkin s’adonne à d’obscurs bidouillages. Le résultat, entrecoupé par les bavardages des enfants, le bruit du moteur tantôt imperceptible, tantôt omniprésent, est aussi menaçant qu’il est volatile. Sorti discrètement chez KYE en décembre, Amateur Doubles est certainement le field recording le plus passionnant de l’année aux côtés de El Tren Fantasma de Chris Watson.
Côté bass music, on n’a pas fait mieux en 2011 que les deux EPs (ou sont-ce des albums? On n’en sait trop rien.) Passed Me By et We Stay Together, réunis en fin d’année dans une unique édition chez Modern Love. Empreinte de dub et de dark ambient, la techno d’Andy Stott est un profond marais aux contours troubles dans lequel on s’embourbe avec plaisir pour en ressortir au bord de l’asphyxie, éprouvé mais ravi. Andy Stott a avoué avoir été très influencé lors de l’enregistrement par Splazsh d’Actress, ce même Actress qui devrait nous pondre Ghettoville en 2012; s’ils continuent tous deux à la même cadence, on sait déjà quels seront les meilleurs albums de musiques électroniques jusqu’en 2017. Ou pas.
Officiellement, il s’agit de deux albums bien distincts; officieusement, il est bien difficile de considérer ces deux disques séparément tant ils se complètent l’un l’autre: d’un côté, l’univers macrocosmique d’Alien Observer et de l’autre, le monde des ombres de Dream Loss. Deux satellites d’une même planète selon Liz Harris qui, pour ces albums, est quelque peu revenue à ses premières amours dronesques après un Dragging a Deer up a Hill empreint de folk lo-fi. Synthèse parfaite des mélodies de Dragging… et du bruitisme de ses débuts, A | A est une pierre brute sur laquelle la voix évanescente de Liz Harris vient se désagréger au milieu des échos de guitare et de piano dans un brouillard nebuleux dont elle seule a le secret; et bien que l’écoute s’avère parfois exigeante, il suffit d’un peu de patience pour finir immergé dans les volutes de Dream Loss et Alien Observer.
Enregistré dans une église de Reykjavik avec la précieuse assistance de Ben Frost, Ravedeath, 1972 jouit d’une palette de textures colossales qui rend chaque écoute plus captivante que la précédente. Dans un flot ininterrompu, son orgue grandiloquent et ses nappes drones forment un monolithe que seuls viennent perturber quelques bruits d’ambiance tels le son d’un moteur ou la réverbération des murs, qui confèrent à l’écoute une sensation de confinement toute particulière. La capacité de Tim Hecker à composer une musique à la fois dense et immensément expressive est probablement ce qui lui a valu d’être acclamé par tous les blogs de France et de Navarre mais ne vous méprenez pas, Ravedeath, 1972 est une oeuvre complexe qui mérite tout le bien que l’on en a dit.
« My cattle. Ts, ts. »
Je ne vais pas m’épancher sur la place que tiens Apocalypse dans la discographie fournie de Bill Callahan car je fais partie de ceux qui, avant cet album, n’avaient pas prêté une oreille suffisamment attentive à l’écriture délicate du songwriter à la voix ténébreuse. Faute avouée, à moitié pardonnée et c’est désormais non sans une certaine ébullition que je me plonge inéluctablement dans l’écoute de ce western acoustique qui dépeint les étendues sauvages du grand-ouest américain tout en name-droppant David Letterman dans le jubilatoire America. Echappée aérienne teintée de jazz, Apocalypse est un disque à l’écart du temps qui éveille chez l’auditeur un sentiment de liberté aussi fugace et chétif qu’une rosée matinale que l’on imagine poindre entre les lignes de One Fine Morning. « The mountains bowed down like a ballet in the morning sun » Callahan fredonne, impassible, tout en chevauchant sa monture à la rencontre de son apocalypse. Et on tient là l’album de l’année.
St. Vincent | Strange Mercy (4AD)
V/A | Thai? Dai! The Heavier Side of the Luk Thung Underground (Finders Keepers)
Death Grips | Exmilitary (Third Worlds)
Julia Holter | Tragedy (Leaving Records)
Steve Hauschildt | Tragedy & Geometry (Kranky)
Tyler, The Creator | Goblin (XL)
Grasshopper | Goodnight Sweet Prince (Baked Tapes)
Giles Corey | Giles Corey (Enemies List)
Thomas Mery | Les Couleurs, Les Ombres (Own)
Cyclo | Id (Raster-Noton)
On vous en a déjà parlé ci-dessus, le nouvel Actress à sortir chez Werk devrait faire mal // Après l’excellent Teen Dream, le duo de Baltimore Beach House devrait dévoiler son quatrième album // Earl aura 18 ans dans quelques mois et on attend bien sur avec impatience qu’il resurface après son séjour forcé dans les îles Samoa. Et son acolyte Tyler, The Creator saura t’il confirmer ses talents avec Wolf, prévu pour le mois de mai ? // Le crooner passé ermite D’Angelo devrait faire son grand retour en 2012, 12 ans après Voodoo // Non pas un mais deux albums de Mount Eerie sont prévus pour cette année // La californienne Julia Holter a déjà un nouvel album dans les cartons, ça s’appelle Ekstasis et ça sort en mars chez Rvng // On verra bien si Azealia Banks confirme le buzz de 212 avec Broke With Expensive Taste // On espère que Cancer For Cure, le premier véritable album de El-P depuis I’ll Sleep When You’re Dead en 2007, ne se fera pas trop attendre // Si l’on se fie aux extraits dévoilés, l’album Numbers de Mellowhype devrait être plus que solide // Après le très beau Hotel Monterey sortie cette année, nous sommes impatients de pouvoir (ré)écouter sur galette la création A Rebours du duo parisien Minizza // Et, si possible, plein d’autres surprises…
Et sinon, vous… quelles sont vos sorties les plus attendues?
« Michael Jackson / $1,000,000 / You feel me? / Holla. »
Dans le clip le plus WTF de ce top, les blagueurs de Das Racist signent avec Michael Jackson un hommage sous acide au roi de la pop, mais pas que: on y trouve également un clin d’oeil prononcée au Dieu de la pop, connu des mortels sous le doux nom de David Hasselhoff. Ca vaut bien une petite larmichette.
09. Julia Holter – Try To Make Yourself A Work Of Art
Sorti chez les californiens de Leaving Records, Tragedy de Julia Holter fut l’un des albums les plus surprenants et singuliers de 2011. Le clip de Try To Make Yourself A Work Of Art est, à l’image du morceau, un trip aussi psychédélique qu’élégant. Le remède parfait pour ceux qui, comme moi, récupèrent encore de leur soirée du 31.
08. Heatsick – Ice Cream On Concrete
Le clip NSFW du classement, Ice Cream On Concrete va réchauffer vos soirées d’hiver en mode psych-porn.
07. St. Vincent – Cruel
3 minutes d’auto-flagellation pour Annie Clark qui se retrouve kidnappée par une famille des plus sinistres à la recherche d’une mère de substitution à martyriser. Heureusement, ses tortionnaires pas si cruels que ça lui autorisent tout de même un petit solo de guitare dans le coffre de la voiture.
06. ASAP Rocky – Peso
« Gun cock / Gun shot / Gonna lick a boy. »
Pour sûr, le clip le plus swag de l’année.
05. Grouper – Alien Observer
Homo-érotisme et nécrophilie sont de la partie dans de clip de l’éthéré Alien Observer. Tout un programme!
04. Sun Araw – Impluvium
Belle démonstration aérobique d’Abbe Findley, artiste-performeuse qui a fait de la danse de jardin sa spécialité. Mention spéciale pour le superbe camaïeu de bleu.
03. Shabazz Palaces – Black Up
Superbement filmé et monté, ce clip-sampler de l’album Black Up est une véritable épopée visuelle qui oscille entre jungle végétale et jungle urbaine et nous laisse tout aussi pantois que le hip-hop feuillu de Shabazz Palaces.
02. Azealia Banks – 212
« Imma ruin you cunt. »
Un mur en brique, un pull Mickey et une bouche généreuse pour un diss acerbe à l’attention de Nicki Minaj: celle qui est déjà présentie comme la nouvelle sensation de 2012 a tout compris.
01. Tyler, the Creator – Yonkers
Est-ce qu’il reste encore des choses à dire sur le clip de Yonkers, mis à part qu’il a sans doute mis la barre un peu haut pour le tout de même très bon Goblin, qui semble avoir fortement déçu tous ceux qui s’attendaient à y entendre quatorze autres Yonkers? Pour le meilleur ou pour le pire, Yonkers est sans conteste le clip qui a marqué 2011.
Suite et fin de notre fil rouge de 2011 avec notre dernier article consacré à l’incontournable réalisateur expérimental américain James Benning.
En espérant qu’ils vous aient donné envie de découvrir son magnifique cinéma. C’est tout le mal que nous vous souhaitons pour 2012…
RR
RR est composé de 43 plans où passent des trains. James Benning joue sur plusieurs variables : la vitesse du train, le nombre de wagons, leurs couleurs, leur hauteur, la distance de la caméra à la voie ferrée, le bruit que produit le train en entrant dans le champ, son parcours dans l’espace (est-ce qu’il vient vers nous, est-ce qu’il s’éloigne, est-ce qu’il traverse ?…). Ces variables se multiplient, et ces 43 trainspottings sont une petite partie éloquente de l’infinité des points de vue possibles.
On peut voir le film comme un hommage au cinéma, bien sûr. C’est ainsi qu’il a commencé, à La Ciotat avec les frères Lumière. Et ce commencement se démultiplie. Longue vie d’un art dont on ne peut faire le tour.
En prenant le train comme sujet, Benning cartographie le paysage américain : champs, lacs, rivières, déserts, montagnes, zones industrielles, bourgades… Le train agit comme le révélateur de cet espace, en sciant d’une ligne claire une étendue polymorphe. Le train est comme un sablier : c’est lui, c’est le temps qu’il met à sortir du plan, qui détermine le temps de l’observation de cet espace. Après son passage, la vision se referme. Et pourtant, son entrée dans le champ souvent couvre, cache une partie de l’espace. Le son qu’il fait, également, prend le pas sur le son commun du lieu choisi. Mais c’est bien parce qu’il est modifié que le paysage nous interpelle. Parfois, après le passage d’un train, une illusion d’optique se crée : le paysage semble bouger, vibrer, tourner.
De cette succession de points de vue fixes figurant les mouvements des trains, naît l’impression d’un voyage. Mais un voyage qui ne serait pas une simple ligne sur une carte : un voyage étoilé, multidirectionnel, fait d’arrêts ouvrant vers des ailleurs. Le train est une abstraction. Il contient, à sa façon géométrique, les besoins des populations dispersées. Ce qu’il contient, nous ne le savons pas : nous voyons simplement des blocs de couleurs serpenter à travers les paysages américains. On a, voyant tous ces trains passer, l’impression d’une charge, d’un surcroît de matière.
Et puis le dernier train s’arrête dans le champ, entouré d’éoliennes et de pneus à l’abandon. Le bruit du vent dans les éoliennes recouvre celui du train. Ce dernier plan est comme le cimetière d’une civilisation. Benning marque la fin d’une ère.
Ruhr
Sur la première partie :
Ce sont six plans fixes d’une dizaine de minutes chacun. Un tunnel, une usine, des arbres, une mosquée, un mur, une rue : on dirait une charade. Ce sont comme des extraits, des plans privés du monde, valant pour eux-mêmes, mais fonctionnant entre eux de manière à révéler le monde. Six points de vue où s’ancre le regard.
Benning filme l’irruption. Dans le tunnel, une voiture ; dans les arbres, un avion, qui nous laisse envisager la présence proche d’un aéroport. L’univers sonore est alors envahi. Mais le cinéaste s’intéresse aussi à la manière dont le son disparaît – ou se transforme : ainsi, on voit l’avion se propager sous forme de mouvement dans les feuilles des arbres, alors que l’image et le son de l’avion ont disparu.
Il y a autant d’intensité dans ces passages soudains que dans la fixité et la permanence du plan – comme en musique, un scherzo caché dans une symphonie : l’irruption est le secret du plan, l’attente est la quête de ce
secret, et le temps qui suit l’irruption est la joie de sa découverte. On situe l’étonnement, à la fois dans le lieu et dans le temps. De cette intensité dépend la vastitude du monde que nous considérons.
On pourrait distinguer deux types de plans : ceux qui, comme celui des arbres, jouent de ces irruptions (le tunnel et la rue sont de ceux-là) ; et les autres (l’usine, la mosquée, le mur), jouant de la répétition. Ainsi, dans le plan de la mosquée, on perçoit une chose très forte : James Benning filme la danse de ce qui est immobile.
La fixité a pour effet de concentrer le regard sur ce qui s’anime en un lieu précis. Le paysage (ou le lieu) est ce qui retient l’homme. Benning adopte le point de vue du paysage, pas celui de l’homme (ou celui de la machine, son alibi). Il décentre le regard. Nous regardons l’homme comme si nous étions le paysage. On sort de la salle de cinéma avec cette sensation d’être regardé par le monde, contenu, enveloppé. Le temps a quelque chose d’infini – s’agit-il de rendre à l’homme sa part divine ?
Sur la deuxième partie :
Il s’agit d’un seul plan d’une heure, sur une cheminée d’usine à la tombée de la nuit. Le plan conjugue les deux types que j’évoquais plus haut : à la fois l’irruption (de grands volumes de fumée s’échappent de la cheminée après qu’aient retenti des sirènes) et l’immobilité dansée (la nuit tombe, et, tandis qu’elle tombe, la cheminée imperceptiblement devient noire, s’affranchissant des détails que le jour nous laissait percevoir : ce qui est mis à l’épreuve ici, c’est notre mémoire du jour – notre mémoire du visible, et l’attention qu’on porte aux infimes disparitions).
Si les Pocket-Welters prennent évidemment tout leur temps pour examiner et admirer les expositions qu’ils traversent, nous pouvons avouer sans peine que la Biennale d’Art Contemporain de Lyon dont nous vous parlions tout récemment nous a parue trop vite expédié… Que faire alors pour rentabiliser à bon escient notre voyage jusqu’à la capitale des gaules ? Un détour dans les galeries de la rue Burdeau pour commencer. Puis pourquoi pas une pointe jusqu’à Saint-Étienne pour découvrir, avant la rétrospective que proposera le Centre Pompidou Paris en 2012, une des dernières installations in-situ de Bertrand Lavier au Musée d’Art Moderne de la ville.
Oui. Mais surtout, surtout… s’arrêter au Musée des Beaux-Arts de Lyon. Si le lieu propose toujours avec sa collection permanente un des plus beaux accrochages de France, il lui arrive également d’ouvrir ses salles à l’art contemporain. C’est actuellement le cas avec l’exposition « Ainsi Soit-Il » qui propose un accrochage reprenant une partie des collections d’Antoine de Galbert, collectionneur et fondateur de La Maison Rouge à Paris.
Le risque des expositions de « collectionneur » n’est pas mince, pouvant aller de la simple énumération des plus belles pièces acquises jusqu’à la célébration de la personnalité et du goût du collectionneur lui même. La tentation la plus courante étant également une tentative de « portrait-chinois » arty, liant plus ou moins subtilement les œuvres acquises à la personnalité de l’acquéreur. Si ici les intérêts d’Antoine de Galbert se dégagent avec une évidence certaine, l’accrochage propose une lecture dépassant la fascination des thèmes de vie, mort et religion.
« Ainsi soit-il », donc.
Ce sont sous les hospices de cette sentence conclusive mais pleine d’espoir que s’ouvre l’exposition. Une fin, pour un début.
Le mysticisme religieux est d’emblée contourné pour venir placer l’homme au centre des préoccupations. Dès l’entrée le visiteur doit ainsi faire face à deux éléments le rappelant à sa propre condition : tout d’abord son image se reflétant sur un miroir signé par Ben puis son inconscience mécanique, singé par une installation de Boltanski dans laquelle une ampoule vient crépiter faiblement au rythme des battements du cœur humain. Comme mis en porte-à-faux dans le couloir menant à la suite de l’exposition, se retrouvent exposés une série d’œuvre directement liées au folklore religieux, juxtaposant les prophétiques néons de Claude Lévêque « Vous Allez Tous Mourir » à des crucifix et autres reliques d’art primitif. De ce face à face dérisoire semble se dégager une question aussi préoccupante que contemporaine : que se passerait-il dans un monde sans religion ?
Et au rouge de jaillir, au sang de se faire sentir. D’un Bloodscape d’Andrès Serrano jusqu’à une toile de l’actionniste viennois Hermann Nitsch, le jaillissement de notre fluide vital n’est jamais loin du trépas. Tandis que Sophie Calle déblatère seule dans le vide de son confessionnal, la folie guette. Qui va tracer notre chemin ? Que va t’il se passer sans guide pour notre condition ? Sommes nous condamnés à répéter sans cesse les mêmes actions absurdes ? Des constructions hybrides mi-plastiques mi-organiques apparaissent, des peaux d’oranges flétries s’accumulent… Qui contrôle et que reste il à contrôler ? Que reste t’il même à représenter ? Faut il comme Lucio Fontana tenter d’assassiner les toiles ?
Sommes nous perdus ? A ce sujet les curateurs ont eu la judicieuse idée de ne pas apposer de cartel à proximité des œuvres, seulement soulignées par un numéro renvoyant au catalogue de l’exposition. Tel le jeu enfantin des « Points à relier », c’est à chacun de tracer ses lignes entre les œuvres pour y découvrir l’image qu’il veut bien voir dans l’accrochage. Ou comment la puissance plastique des œuvres peut réussir à dépasser l’argument d’autorité se dégageant souvent de certains noms trop connus… L’autre bonne idée de l’exposition est d’avoir mélangé l’art contemporain à des œuvres extraites de la collection permanente du musée, donnant à l’ensemble une interessante perspective historique.
Perdu, nous ne le sommes pas. Mais attention, sous le regard vague d’un portait de Klaus Kinski, la monstruosité des corps livrés à eux même semble gagner du terrain. La mort apparait même directement dans des photos de cimetière et dans une vidéo à l’ambiance purgatoriale. Cul de sac, nous faisons fausse route. Ouf. Butant sur un mur nous sommes obligés de faire demi-tour devant ces funestes oeuvres. Juste à temps pour voir exploser la force des peintures abstraites et de l’esprit humain débridé. Enfin arrive la dernière salle. Une lueur rouge baigne sur un mur au loin. Le sang serait il de retour ? Oui… mais canalisé, maitrisé et dominé par les néons de François Morellet, tout bons à irradier les environs de leur puissance illuminatrice. C’est un retour à l’esprit humain qui doit savoir préférer l’apprentissage à tirer de la contemplation des phénomènes naturels captés par David Claerbout aux plaisirs fictifs du plateau de tournage sur fond vert dévasté de Clemens von Wedemer. Un retour de l’esprit humain rationnel capable d’avancer avec clairvoyance et de mener à bien des projets aussi stable qu’aventureux où l’Homme doit avoir la digne place qu’il mérite .Bref, nous sommes nos seuls sauveurs.
Qu’il en soit ainsi.
Ainsi Soit Il
Ainsi soit-il, Collection Antoine de Galbert (Extraits) – Musée des Beaux Arts de Lyon, jusqu’au 2 janvier 2012