Bulles Croisées #3

Canetor – Schlingo & Michel Pirus

Canetor est une série de bande dessinée de Pirus et Schlingo paru originellement dans la revue Ferraille Illustrée et fonctionnant sur forme de courts gags de 2 pages.

Si chaque petite histoire peut se lire indépendamment, les auteurs ont la bonne idée de faire régulièrement s’enchainer les situations et d’ainsi créer une histoire cohérente sur tout l’album.  L’humour absurde ne m’a guère convaincu durant les premières planches mais l se met rapidement en place une synergie très intéressante. Le croisement permanent d’un nombre restreint de personnages aux caractères schématiques dans un univers centripète fait naitre un humour bien plus vaste que ce l’on aurait pu initialement imaginer.

Le macrocosme déployé s’inspire de celui de Donaldville, le monde crée par Carl Barks et Don Rosa. De nombreuses séquences de rêve font également ressortir l’influence de l’incontournable Little Nemo in Slumberland.

Canetor part donc d’un univers et d’un imaginaire enfantin mais pour mieux s’en détacher. La série Canetor c’est un peu comme si Riri (ou Fifi ou Loulou, au choix) avait grandit, qu’il avait abandonné les Castors Juniors, que l’oncle Picsou était mort et qu’il sortait avec la fille de Daisy. Sa vie est morne, banale, ennuyante… Les personnages préfèreront toujours l’appât du gain au possible d’une vie meilleure. Une réponse désabusé à l’univers d’optimiste béat de l’oncle Walt. Comme une cruelle désillusion dans laquelle l’absurde ne cache qu’une triste banalité.

Il est d’autant plus mordant de noter que cette série a été également diffusé dans la publication pour la jeunesse Picsou Magazine. Je me demande comment les lecteurs en bas âges appréhendais ces personnages pourtant loin d’être innocent…


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Courts-Circuits Géographiques – Jochen Gerner

Plus connu pour ses illustrations de livres pour la jeunesse ou ses albums conceptuels tels que TNT en Amérique ou Contre la bande dessinée, Jochen Gerner est également l’auteur d’ouvrages d’apparences plus classique comme celui qui nous intéresse présentement, paru en 1997 chez l’Association.

Courts Circuits Géographiques se présente comme un recueil de récit de voyages à différents âge de la vie de l’auteur et revêt un côté autobiographique, les divers récits allant de souvenirs d’enfances au bord de la mer jusqu’à un long séjour d’un an à New-York en passant par un voyage en Tchécoslovaquie durant les études de l’auteur.

Gerner s’imposant une rigueur formelle, l’ouvrage peut paraitre aride : chaque page est un « gaufrier » de 4×3 cases, remplient de petits dessins et noir et blanc, chacune soutenue par un court texte explicatif (aucune bulle). Bien heureusement cette austérité visuelle est largement compensé par la délicatesse des propos de l’auteur.

Car c’est bien la tout l’intérêt de l’ouvrage, Gerner évite toute découverte sensationnaliste ou « carte-postaliste » (le nom de l’endroit exploré n’est même pas forcément évoqué clairement) et s’intéresse aux détails, aux rencontres, au temps qui passe. Tout un tas de particularités qui pourraient paraitre anodine mais qui en vérité caractérise au mieux chaque endroit. En cela l’ouvrage m’a paru particulièrement en phase avec ce que nous essayons de faire avec « Pocket Welt ». Le médium diffère bien évidemment mais l’observation, l’envie de découvrir et la soif d’ouverture me semblent commun.

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Je détruirai toutes les planètes civilisés – Flecher Hanks

Cet ouvrage est ce que l’on pourrait appeler une curiosité. Déterré par le professeur/journaliste/dessinateur américain Paul Karasik, Fletcher Hanks est un illustrateur quasiment inconnu, auteur de comics de série B dont une dizaine sont réunies dans « Je Détruirai toutes les planètes civilisées ! ».

Auteur complet (scénario, dessin, encrage, lettrage), Fletcher Hanks a sévit durant l’âge d’or des comics de 1939 à 1941 en publiant une cinquantaine d’histoires dans diverses publications avant de littéralement se volatiliser. Une enquête de Paul Karasik (publié sous forme de bande dessinée à la fin du présent ouvrage) a permis d’en apprendre un peu plus sur le personnages retrouvé mort de froid sur un banc à New York en 1970 : alcoolique, mari et père violent, il abandonna sa famille dès les années 30. Ceci expliquerait peut être cela…

Ce recueil paru chez Acte Sud/ L’an 2 contient essentiellement de courtes aventures  de « Star Dust, le super mage » (aka La créature la plus puissante qui ait jamais existé) et « Fantomah, la mystérieuse femme de la jungle » (aka La femme la plus remarquable qui ait jamais vécu). Le premier n’a de cesse de défendre les symboles de la nation américaine – New York, Fort Knox ect – contre des gangs de féroces gangsters tandis qua la deuxième protège la jungle et les indigènes contre de vils explorateurs ou des chamans fous.

Ces diverses histoires ne permettrons pas de découvrir des personnages – toujours caricaturaux – mais bien la « patte » Fletcher Hanks. Cela signifie histoires courtes et toujours extrêmement similaires (attaque du méchant – arrivé du héros – combat (généralement une ou deux cases, tout au plus) – capture et victoire), héros quasi divins  aux pouvoirs infaillibles (quand on possède un rayon de « super-supériorité », forcément…) , dessins répétitifs et grossièrement naïfs…

Si le manque de moyen au cinéma à pu faire naitre des « monstres caoutchoucs » moches et pas crédibles pour un sou, il est beaucoup plus surprenant d’en voir dessinés le plus sérieusement du monde sur papier… Et pourtant… c’est bien la que l’on peut trouver un certain charme aux créations de Hanks. Comme les réalisation d’Ed Wood pouvant transcender leur statut de série Z, il arrive que le dessins de Hanks soient frappés d’une surprenante beauté ou que l’incongruité des situations déclenchent un profond -mais sceptique- respect. Plus que dans ses scénarios, Hanks semble déployer toutes son imagination dans les peines encourues par les méchants de ses récits : ils ne sont pas simplement jetés en prison mais dévorés par des rats, transformés en bêtes ou condamnés à réfléchir sur leurs actes pour l’éternité. Une autre originalité de Fletcher Hanks est d’avoir crée avec Fantomah la première super-héroïne féminine avant même la célèbre Wonder Woman apparu en 1941.

La singularité de cette compilation et la rareté des comics qui y sont reproduis méritent largement le coup d’oeil !

Les plus impatients peuvent lire (en anglais) une aventure d’un autre personnage de Fletcher Hanks : le bucheron téméraire Big Red Mac Lane sur le site ouvert par Karasik, ici


Bulles Croisées #2

Col Blanc – Giacomo Patri


En ouvrant cet ouvrage je pensais avoir à faire à une découverte totale. Pourtant durant la lecture une des images (celle en orange ci-dessous), je me suis rappelé que ce livre était régulièrement cité dans les textes retraçant l’histoire de la bande dessinée. La première édition datant de 1940 est le fruit de plusieurs années de travail, l’ouvrage fut réédité en 2007 aux éditions Zones.

Col Blanc est un ouvrage « historique », véritable roman graphique (aucun texte, tout passe par les image) réalisé entièrement au « papier gratté ». Visuellement superbes, ces images aux contrastes forts sont incroyablement explicites, ce qui rend le récit d’autant plus fluide et compréhensible. Un vrai tour de force.

L’histoire est celle de la crise de 29 aux États-Unis et plus particulièrement de ses conséquences sur les travailleurs. Rétrospectivement ce livre apparait comme un véritable témoignage, la mémoire de toute une époque dans la quelle il est profondément encrée : sa première diffusion massive fut possible grâce à la CIO, le plus grand syndicat américain voyant probablement dans le livre de Patri une forme de propagande appréhendable par tous.

Pour les plus curieux, le livre est même disponible entièrement en ligne sur le site de l’éditeur (cela ne semble pas fonctionner correctement sur Firefox. Par contre pas de soucis avec Safari).

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Kid Congo – Loustal & Paringaux


A l’inverse, je crois que cet ouvrage est considéré comme un classique de la bande dessinée. Ce livre porte le nom de son personnage principal dans le quel Joseph, aka Kid Congo, est un esclave noir dans une colonie française. Amant de la femme de son maitre il est emmené de force à Paris ou il subira les pires mésaventures.

L’histoire inouïe de ce personnage aurait pu être bien meilleure et captivante si elle avait été desservi par une narration plus fluide et par un dessin plus souple. Un traitement moins droit, moins sage et laissant tout simplement plus de place à la vie n’aurait pas été de trop.

Au final j’ai plus eu l’impression de lire le story board d’un film en devenir (quasiment chaque case est accompagné d’un texte venant l’expliquer, la souligner) qu’une bd de grande envergure. Dommage il y avait matière à faire un ouvrage faramineux.

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Frank – Jim Woodring


Frank est un personnage que je connaissais de vu et de nom mais dont je lisais un recueil pour la première fois.

Personnage fétiche de Jim Woodring, Frank est un chat anthropomorphe.  Il évolue dans un univers muet et surréaliste entouré de personnages récurrents (un homme porc, une poule pyramidale…) et de créatures étranges (des espèces de vers flottants aux motifs orientaux, comme sur la couverture). C’est un peu Mickey Mouse meet Buster Keaton meet Dali.

Les histoires sont généralement absurdes voir complétement sans queues ni têtes et se concluent parfois par une phrase venue de nul part tel que « Merci de votre approbation » ou « Ça ne s’est pas passé autrement ! ».

A première vue l’ouvrage est très déstabilisant mais les lecteurs les plus intrigués et attentifs se laisseront finalement happer par cet univers décalé et rafraichissant. A noter qu’il existe un tome 2 également paru chez L’association de tout aussi bon niveau que le premier (voir meilleur ?) et proposant quelques histoires en couleur.

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A l’horizon – Chihoi

Chouette découverte grâce à l’éditeur suisse Atrabile, maison d’édition toujours surprenante et intéressante

Chihoi est un jeune auteur, leader de la très active scène Hong Kongaise au côté d’artistes comme Seeman Ho et Ted Yeung.

A L’Horizon est un recueil de différentes histoires courtes de Chihoi. Son dessin très minimal et le nombre réduit de textes nous plongent dans un univers mystérieux et onirique. Un style à part que je suis content d’avoir croisé. J’espère avoir l’occasion de lire d’autre de ses ouvrages ou ceux d’autres auteurs de son groupe.

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HP 1. L’asile d’aliénés – Lisa Mandel


Ce tome 1 est un recueil de souvenirs de jeunes infirmiers (les parents de l’auteur et certains de leurs amis) dans le milieu de l’internement psychiatrique dans les 70s : de leur recrutement jusqu’à leur premières prises de position.

Parfois drôle mais le plus souvent glaçant, c’est le genre de témoignages que je pense être assez unique, en tout cas sous forme de bande dessinée. L’ouvrage est construit comme un enchainement de petites anecdotes. On pourrait se demander si une narration plus filée ne serait pas plus valorisante pour ces témoignage. Mais au final le tout s’enchaine très bien et permet d’éviter toute affabulation et inventions nécessaire à la conduite d’un récit.

Avec les prochains tomes qui devraient logiquement porter sur des époques ultérieurs, cette série d’ouvrages devrait se révéler comme un formidable témoignage sur l’évolution de la pratique de la psychiatrie en France.

Par Marc   •   25.04.10   •   Dans Lecture   •   1 Commentaire   •   Partager

Bulles Croisées #1


Lecteur assidu de bandes dessinées, j’ai décidé de commencer avec « Bulles Croisées » une nouvelle série d’articles.
Je récapitulerais dans ces textes mes dernières découvertes du 9éme art. Le tout sera agrémenté d’un texte critique de taille variable, développé selon l’envie.

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La Volupté – Blutch


Découverte de Blutch.


Très bon ouvrage. Sombre, poisseux mais captivant. L’univers glauque dans le quel nous plonge l’auteur est très bien rendu par son dessin entre pastel et crayonné. Plus les pages se tournent et plus l’on sait que tout est possible. Surtout le pire…

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Livret de Phamille – JC Menu


J’étais très content de tomber sur un ouvrage de JC Menu.


Ce livre rassemble diverses histoires courtes paru dans divers numéro de Lapin, la revu de l’Association.
Les divers récit portent sur des sujets aussi divers que des carnets de voyages, la naissance de sa fille, ou les déprimes chroniques de Menu.
Si le premier chapitre peut paraitre un peu aride, la suite est de meilleur niveau et parvient à transmettre de façon assez touchante la sensibilité et les tracas (déprime, alcoolisme ect) de l’auteur, le tout porté par un style graphique très vif. Mes préférences vont à Mélo mimolette blues et au récit retraçant l’année de ses 30 ans.

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Mauvais Chemin – Jason


Je n’ai jamais rien lu de cet auteur mais son style graphique me paraissait familier.

Avec Mauvais Chemin paru aux éditions -toujours surprenante- Atrabile, Jason revisite le mythe de Frankenstein dans une version décallé, actualisé et peu bavarde.
Court et pas mal mais je n’en garderais pas un souvenir impérissable.

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Supermurgeman, tome 2 : La Menace Communiste


Complétement génial et unique, la seule série qui me vient à l’esprit à titre de comparaison serait sans doute Pascal Brutal pour son côté assumé et jusqu’au boutiste.
C’est absolument n’importe quoi, tout part dans tous les sens mais l’ensemble est pourtant très cohérent et entièrement hilarant. Incroyable. J’espère pouvoir lire les deux autre tomes de la série très bientôt.

Par Marc   •   31.03.10   •   Dans Lecture   •   Commenter   •   Partager