Forcément une soirée Warp, ca fait du bruit. Pendant mais surtout avant. A un prix aussi dérisoire – une dizaine d’euros ! – , la soirée n’a pas tardé à afficher complet.
J’arrive vers minuit. Encore un peu de queue dehors. A l’intérieur la configuration du lieu est petite, on a connu un Tri Postal beaucoup plus vaste pour le Name Festival par exemple. Il semble y avoir du monde devant la scène pour voir jouer Rob Hall le premier artiste de la soirée. Les premiers rangs sont néanmoins espacés. Il s’agit du DJ attitré des tournées de Autechre. Celui ci nous diffuse une électro sympathique et dansante mais jamais tonitruante.
A 1h précise, Rob Hall coupe son ordinateur. La lumière disparait. Deux silhouettes apparaissent dans la pénombre. Deux pommes de Macbook se dessinent sur la scène. Autechre vient de débarquer. La foule se presse. La fosse déborde. La musique commence.

Du bruit en apparence, rien de structuré. Le noir, toujours. Est ce une intro ? Non, bien sur que non, à quoi vous attendiez vous ? Durant toute la durée de live il sera impossible de remuer son petit booty en rythme. Sons syncopés, rythme informes, enceintes saturés… Et puis, parfois, comme cela, subrepticement, au détour d’une sonorité inattendue surgit un beat plus ou moins clair prompt à retourner un dancefloor. La foule s’excite un peu plus fort à chaque fois qu’elle voit passer un tel soubresaut. Mais très vite la frêle harmonie disparait, engloutie dans un magma sonore dévorant. Quelques personnes quittent le premier rang tandis que le reste s’accroche.
La pénombre est toujours d’actualité et le restera jusqu’à la fin du passage des 2 anglais. Si ce genre d’ambiance colle parfaitement à la musique il est surtout amusant de constater le retournement que cela induit. Désormais chaque lumière provenant du public attire irrémédiablement l’attention et le regard. Un téléphone portable clignotant, un flash photo, la lampe de poche du vigile (un peu trop sur les nerfs d’ailleurs) sont autant d’évènements insignifiants d’habitudes qui prennent ici une dimension centrale.
Enfaite je pense que Autechre à tout simplement trop d’idées. En général les deux musiciens doivent avoir sous la mains environs 4 boucles qui tuent. Mais plutôt que de faire comme tout le monde et de les arranger à la suite pour créer des morceaux sympathiques, ils décident de les passer en même temps. Histoire de. Pour survivre à une telle énergie sonore (l’opposé complet du minimalisme) il faut donc être constamment aux aguets, prêt à saisir et à s’accrocher à tout ce qui peut surgir. Je pense que ce n’est pas tout à fait l’avis de la fille à côté de moi qui essaye désespérément de se rouler un gros joint.
Ce live est à mon sens une sorte de mise en sonorité de la notion de gestation. Travail, durée, sueur pour aboutir à un résultat forcément déstabilisant mais toujours impressionnant. Moi même je décroche sur les dernières minutes, me laissant coincer contre les barrières entre un excité complet – j’étais plus calme au live de Modeselektor au même endroit l’an passé, c’est dire – et un couple de lesbienne qui vient de décider que copuler au milieu d’une foule avec des sonorités abstraites en fond sonore, c’était cool.

Tout d’un coup, environ 1h15 après le début, après de dernières « notes » assourdissantes, la musique se coupe presque net. Tonnerre d’applaudissements. Les deux silhouettes se baissent d’un coup, de petites mains viennent décrocher les deux ordinateurs. Nous ne les reverrons plus.
Le silence n’est pas long puisque débarque l’illustre inconnu Didjit. Je n’ai réussi à trouver aucune information à son sujet sur le web. Le tout commence avec des sonorités dancehall ralenties. Pas terrible après ce que nous venons de vivre… La suite sera de l’électro sympa, « groovy », majoritairement basé sur des samples et des boucles. Pas déplaisant mais sans plus. De toute façon le dancefloor est nettoyé en quelques instants. Les gens étaient donc bien venus pour voir le groupe mythique…
Je m’éloigne quelques instant avant de revenir pour voir le dernier phénomène de la soirée : Russell Haswell. Changement d’ambiance garantie par rapport à Didjit… Je parlais de musique de « gestation » pour Autechre. Ici il s’agit plutôt de musique « du possible ». De tout les possibles. En effet Russell commencera – et terminera – son passage avec des enceintes hurlantes de distorsions larsenniennes pendant de longues minutes. Juste histoire de poser le décor. Entre les deux, absolument tout peut arriver.

Et tout arrivera. Même si le monsieur à une grosse préférence pour la musique bruitiste nous aurons droit à des passages de jungle accéléré (!!!) ou des enchainements tel que : sound logo de THX version saturé puis sample de voix en boucle puis jingle de TV 50s (je suppose) puis lointain gimmick sonore très années 8O, en version déformé bien entendu. Oui lu comme ca on se demande bien à quoi cela doit ressembler. En vrai aussi. On se demande également si le monsieur derrière son ordinateur n’est pas un peu barjo. Surtout quand on sait que les enchainements entre deux titres ne semble pas vraiment une priorité et que Russell Haswell préfère les coupures brutes, les hachures ou les superpositions. Rien de moins. Je n’étais pas vraiment étonné d’apprendre il y a quelques instants à peine que Russell Haswell avait collaboré avec notre japonais n°1 : Masami Akita aka Merzbow.
Un tel live est avant tout à vivre, pour les plus téméraires néanmoins. Il en ressort une espèce de folie condensée, globuleuse et mutante. Le public hésitait entre sauter en rond, hurler, lever les bras, fuir, se boucher les oreilles… Le silence de fin sera à peine troublé par quelques maigres applaudissement et quelques sifflement à peine plus nombreux. Une œuvre radicale donc qui déroute plus qu’elle ne divise. Pour ma part, je suis curieux de découvrir ce que cela peut donner sur CD…
Pour les personnes ayant raté leur concert à Lille puis celui de Paris le lendemain, ne pleurez pas ! Vous aurez peut être une chance d’assister à une autre date de la tournée européenne (avec les même guest normalement) qui continue durant mars et avril :avec notamment le 22 mars à Lyon, le 25 à Milan, le 1er avril à Berlin, le 8 à Luxembourg, le 9 à Bruxelles et le 10 à Londres !