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avril 2010

Mount Eerie @ De Kreun [Kortrijk] – 08.04.2010

Il y a les concerts auxquels on se rend avec enthousiasme, curiosité ou scepticisme. Et puis il y a les concerts que l’on attend fébrilement, repassant méticuleusement chaque détail en revue pour se rassurer de n’avoir rien oublié, paniqué à l’idée de ne pas pouvoir s’y rendre pour une quelconque raison; la venue à De Kreun de Mount Eerie alias Phil Elverum faisait partie pour moi, vous l’aurez compris, de la seconde catégorie. Figure emblématique d’une scène folk qui gravite autour de la ville d’Olympia et de son label phare K Records, il mène depuis un peu plus d’une dizaine d’année une carrière solo aussi foisonnante que fascinante. Adepte du changement, il se fit connaître dans un premier temps grâce à quelques albums assez géniaux sous le doux nom de The Microphones puis rebaptisa son projet musical en Mount Eerie à la suite d’une retraite au cœur de l’hiver norvégien. Mt. Eerie, c’est aussi le nom de la montagne qui surplombe sa ville d’origine Anacortes, et j’imagine que le plat pays doit drôlement le dépayser (Phil, on échange quand tu veux !).

Après une petite bière pour se mettre en jambes et une brève flânerie au milieu de la foire qui crache du Boys, Boys, Boys, nous finissons par trouver De Kreun bien cachée entre deux manèges. J’ai vraiment été surprise du peu de monde présent dans la salle ce soir là alors que je pensais venir y voir un mythe vivant – c’est d’ailleurs dans ces moments là que l’on se rend compte à quel point internet est une bulle, un microcosme. Mais l’excitation est intacte alors que les canadiens de No Kids ouvrent le bal, et ils ont même sorti robe à fleurs et lunettes retro pour l’occasion. Funky ! Ici, pas de métaphore obscure sur la forêt et les montagnes ; le trio de claviers nous offre autour de la douce voix de Nick Krgovich (Tiens, en écrivant son nom je réalise l’ironie de sa question, « Mais comment est-ce que l’on prononce le nom de cet endroit [Kortrijk] ? ». Très drôle, Nick !) un R&B mâtiné de funk qui se laisse écouter avec délectation. Bon, c’est assez sage et on est très loin d’un show fou dingue à la Funkadelic mais No Kids a le mérite de nous emmener là où l’on ne s’y attend pas.

A peine le temps de se dégourdir les jambes que l’incarnation live de Mount Eerie entame déjà quelques notes. La formation se compose de Phil Elverum à la guitare, Nick Krgovich et Julia Chirka de No Kids aux claviers, deux batteurs ( ! ) et… un gong. Holy fuck. Ca promet d’envoyer du lourd, d’autant plus que le groupe tourne actuellement en Europe avec sous le bras les morceaux du récent Wind’s Poem, ode à « l’érosion et la mortalité » composée dans un style qu’Elverum a joliment qualifié de Black Wooden ; ou quand les sonorités glaciales du black métal rencontrent son folk si singulier.

Alors que les trois quarts de la salle sont encore en pleine pause pipi/bière/clope, Phil Elverum nous annonce du bout des lèvres que le concert va pouvoir commencer. Pas de grande entrée, car ce soir il semblerait qu’il n’y ait que la musique qui compte et ce n’est pas plus mal. Les premières déflagrations se font entendre avec la guitare hurlante de Wind’s Dark Poem qui voit tour à tour Phil Elverum faire face à ses deux batteurs dans une jouissance communicative, puis s’époumoner dans son micro pour finir par imiter le bruit du vent dans un rictus possédé. Génial. Alors que les vagues éthérée du dronien Through The Trees démarrent, je comprend immédiatement que le groupe jouera Wind’s Poem dans l’ordre. Cela atténuera un tant soit peu l’effet de surprise à laquelle s’accoutume tout bon spectateur de concert, mais après tout l’album est excellent et ce soir, il n’y a que la musique qui compte.

La nature jouit d’une place à part entière dans la musique évocatrice et poétique de Mount Eerie, dont les reliefs soniques épousent ceux des montagnes. On se retrouve ainsi baladé entre vallées paisibles et sommets rocailleux, avec comme point de repère la voix délicate de Phil Elverum qui habille son interprétation habitée. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’album regorge de claviers Twin Peaks-iens et autres références à la série de David Lynch, notamment sur le troublant Between Two Mysteries. L’un des temps forts du concert fut également la version frénétique de Lost Wisdom Part 2, référence au morceau du même nom signé Burzum, qui nous a encore donné droit à un face à face d’anthologie entre Phil Elverum et ses deux batteurs endiablés (et le gong).

Après avoir demandé « 500% de révèrbe ! », il pousse l’humilité jusqu’à céder l’interprétation du dernier morceau à Marissa Johnson de No Kids, qui nous livre une reprise terrifiante de la chanson Into The Night de Julee Cruise. Issue de la B.O. de Twin Peaks, bien sûr. Il n’y aura pas de rappel à proprement parler, Phil Elverum nous ayant fait part à l’avance de l’opinion qu’il a de cette coutume apparemment typiquement européenne. Pas grave, il n’y a définitivement que la musique qui compte ce soir, et quelle musique.

Je n’ai aucune idée de la durée réelle du concert mais tout est passé très, très vite. On en ressort avec la sensation d’avoir assisté à quelque chose d’intense, d’avoir entrevu l’univers d’un artiste dans son monde qui prend un plaisir fou à tenter de nous le faire partager. Et l’on attendra encore patiemment mais fébrilement la prochaine venue de Mount Eerie sur le vieux continent.

Quelques photos du concert de No Kids et Mount Eerie prises par moi-même sont visibles dans la galerie ci-dessous. Enjoy!

Turner et ses peintres @ Grand Palais [Paris]

Après Londres et avant Madrid, l’exposition Turner et ses peintres fait une étape de trois mois (24.02.10 – 24.05.10) aux galeries nationales du Grand Palais de Paris. Cette exposition rassemble près de 100 tableaux et œuvres graphiques (études, gravures) provenant de grandes collections britanniques et américaines et de musées comme le Louvre ou le Prado. Joshep Mallord William Turner, né à Londres en 1775 et décédé à Chelsea en 1851, est un artiste incontournable dans l’histoire de la peinture. Il est considéré comme le plus grand peintre paysagiste britannique du XIXeme siècle.

Le parcours emprunté par le spectateur suit un ordre chronologique. On y découvre tout d’abord certains dessins d’architecture réalisés par Turner au début de sa carrière. La suite l’exposition est essentiellement constituée de tableaux.

La scénographie, réalisée par Didier Blin, est assez astucieuse et originale. Le principe est plutôt simple et méthodique : chacune des toiles de Turner est accompagnée d’un ou plusieurs tableaux de ses peintres mentors ou rivaux comme Le Lorrain, Rembrandt, Titien, Poussin et Watteau. Ces derniers n’ont cessé d’inspirer Turner de la sortie de la Royale Academy of Arts de Londres jusqu’à sa mort, en 1851. «Plutôt que de montrer le Turner très visionnaire, très libéré dans sa technique de la fin de sa carrière, nous avons voulu raconter comment l’artiste s’était construit en s’enracinant dans une tradition.» explique Guillaume Faroult, commissaire de l’exposition.

Cette présentation permet au spectateur de découvrir, de comprendre et surtout de voir par lui-même le dialogue incessant entre leçon du passé et modernité (progrès technique et mécanique). A noter que Turner est le premier artiste de l’histoire de l’Art à peindre un train à vapeur en mouvement, ce qui fait de lui le grand initiateur de la tentation abstractionniste (1) des impressionnistes avec Pluie, Vapeur, Vitesse (1844).

On eût dit le décor de la fin du monde (…) brouillant le ciel et la terre d’un coup de brosse! Une véritable extravagance, mais faite par un fou de génie. Théophile Gautier.

A travers sa peinture, Turner communique au spectateur une véritable émotion. La lumière et la nature (en privilégiant les paysages maritimes) tiennent une place primordiale dans son travail. A la fin de sa vie, sa peinture est de plus en plus proche de l’abstraction sans toute fois y parvenir. Il reste systématiquement un petit élément narratif comme un bateau ou une silhouette. Dans la dernière salle, nous pouvons admirer la célèbre Tempête de neige, bateau à vapeur au large dun port réalisée en 1842 ainsi que la série de toiles inachevées dont est extraite Paysage avec une rivière au loin et baie (1845).

L’aspect didactique de cette exposition est un parti pris très intéressant, néanmoins, elle aurai été fabuleuse si des chefs d’œuvres comme Tempête de neige: Hannibal et son armée traversant les Alpes (1812), Funérailles en mer – Paix (1842), Pluie, vapeur, vitesse (1844), Ombre et obscurité : le soir du déluge (1843), Lumière et couleur : le matin après le déluge (1843) ou encore Yacht approchant de la côte (vers 1845-50) avaient été présents. Il est assez regrettable que les aquarelles de paysages maritimes ne fassent pas non plus parties de l’exposition.

Quoi qu’il en soit, cette exposition reste un événement à ne pas manquer !

N.B.

Pour apprécier les œuvres et la scénographie, nous vous conseillons bien sur d’éviter les journées de grandes affluences.

Ouvrez l’œil ! Le sublime tableau La Vierge au lapin (1530) de Titien est présent dans l’exposition.

(1) Expression de l’abbé de Lescluze dans Traité du coloris (1904)

Exposition visible du 24.02.10 au 24.05.10

Musicbox : Avril

Pour compléter les chroniques de concerts mises en ligne sur Pocketwelt, nous vous proposerons dès à présent une rubrique mensuelle intitulée « Musicbox ». Le principe: une sélections d’albums, E.P. ou singles sortis récemment que j’ai aimé, ou qui m’on tout du moins interpellés. Ce sera l’occasion de parler d’artistes confirmés ou de découvrir des sorties plus discrètes, mais le mot d’ordre reste le même: explorer la musique d’aujourd’hui.

Toutes les sorties chroniquées ici sont sorties au mois de mars. Surtout, n’hésitez pas à me faire part de remarques ou de suggestions dans les commentaires, et restez branché pour la seconde session de Musicbox début mai !

ERYKAH BADU

New Amerykah Part Two: Return Of The Ankh

[Motown, 2010]

Si la neo-soul est bien morte-née quelque part entre 2001 et 2002, assommée malgré elle par le monument Voodoo dont on attend d’ailleurs toujours la suite (entre nous, c’est mal barré), il en est au moins une qui ait su tirer son épingle du jeu. Après un troisième album décevant, Erykah Badu avait sorti en 2008 l’excellent New Amerykah Part One : 4th Wolrd War, premier opus d’une série annoncée de trois volumes. Ce mois de mars a donc vu la sortie du second album, très attendu puisque mainte et maintes fois reporté, que l’on espérait fébrilement être à la hauteur du premier. Essai transformé ? Après quelques écoutes, il est évident que Return of the Ankh a très peu à voir avec son prédécesseur, qui donnait plutôt dans le P-Funk afro-centriste électrisant. Le single Window Seat, gratifié du coup de baguette magique – au propre comme au figuré – de ?uestlove des Roots, rappellera sans doute aux amateurs l’époque bénie des Soulquarians, alors que la piste en trois temps qui clôture l’album est un resucée de Green Eyes qui adoptait la même formule il y a déjà 10 ans. Néanmoins, en dépit de toute la nostalgie qui se dégage de l’album celui-ci est terriblement frais et efficace, grâce notamment à une production hip-hop cohérente signée Madlib, J Dilla (RIP), Karriem Riggins, Ta’Raach, 9th Wonder, Shafiq Husayn et Georgia Anne Muldrow qui habillent l’album de bien beaux atours. On peut reprocher à Erykah d’avoir cette fois-ci privilégié le confort et la sécurité à une œuvre plus ambitieuse dont on la sait capable, mais quelque chose me dit que Return of the Ankh révèlera ses vrais atouts une fois les beaux jours venus. Après un hiver rudement long et une gueule de bois post-Dilla, vous reprendrez bien un peu de Badu ?

Le clip (controversé) de Window Seat est disponible sur erykahbadu.com

SAM AMIDON

I See the Sign

[Bedroom Community, 2010]

Sam Amidon est un kamikaze. Un beau jour, en se brossant les dents ou peut-être entre deux sandwichs thon-mayo, il a décidé qu’il œuvrerait à réinventer la musique traditionnelle américaine. Ca tombe plutôt bien puisqu’avec deux musiciens folk reconnus comme parents, ont peut dire qu’il est tombé dedans quand il était petit : apprentissage du fiddle (violon populaire) dès 3 ans, premiers concerts à 7 ans, premier album solo à 19 ans… En 2007 était sorti All Is Well, collection de reprises de morceaux folk appartenant au domaine public, qui avait malheureusement été quelque peu éclipsé dans son registre par l’excellente surprise que constituait For Emma, Forever Ago de Bon Iver ; Sam Amidon réitère donc l’expérience cette année avec I See The Sign, qui paraît sur le discret label islandais Bedroom Community. Fondé par le compositeur-producteur Valgeir Sigurðsson (Björk, Kronos Quartet, Bonnie Prince Billy…) et comptant dans ses rangs des musiciens aux affinités avant-gardistes tels que Nico Muhly ou Ben Frost, ce label incarne pour moi un modèle d’exemplarité dans sa démarche d’ouverture et de brassage des genres. L’humble folkeux Sam Amidon fait donc à première vue figure d’intrus dans cette mêlée de compositeurs aguerris, mais c’est bien là ou repose tout l’intérêt de l’album – produit par Sigurðsson et arrangé par Nico Muhly -, ou comment intégrer une musicalité contemporaine du XXIe siècle à des ballades folk du XIXe pleines d’histoire.

I See The Sign débute avec le single How Come That Blood, qui se démarque tout de suite par son mélange Mini Moog / banjo. Les arrangements se veulent denses et nerveux, le ton est grave : « How come that blood all over your face ? […] It Is the blood of my own dear brother whom lately I have slained. » L’album continue dans des contrées plus paisibles avec de douces ballades comme Way Go Lily ou Kedron. Outre les cordes qui portent l’album du début à la fin non sans rappeler un certain Nick Drake et son Five Leaves Left, on peut compter sur la présence de la chanteuse Beth Orton sur quelques duos soignés pour apporter un peu de fraicheur à l’ensemble ; car il faut l’avouer, I See The Sign n’apporte pas grand chose de neuf par rapport à son prédécesseur.

Le véritable point culminant de l’album n’est pas comme aurait pu laisser croire son titre Climbing High Mountains mais bien le morceau suivant, Relief: alors que l’on pense avoir fait le tour de son concept musical, Sam Amidon nous prend à contre-pied avec une étonnante reprise d’une face-b quasi inconnue signée R Kelly, dont il faut absolument entendre la version originale pour apprécier à sa juste valeur l’énorme travail de réinterprétation fourni. C’est beau. Bien que l’on puisse reprocher à l’album un certain maniérisme un peu superficiel, il se dégage de ces histoires hors du temps et à l’orée des genres quelque chose d’extrêmement émouvant, souligné par un effort collectif remarquable de la part des artistes de Bedroom Community. Si Sufjan Stevens semble avoir abandonné son idée de faire le tour de l’histoire américaine en chanson, Sam Amidon y croit toujours. Avis aux amateurs, donc.

Téléchargez le single How Come That Blood gratuitement ou commandez l’album sur samamidon.bandcamp.com

FOREST SWORDS

Dagger Paths

[Olde English Spelling Bee, 2010]

Imaginez le rock psychédélique de Sun Araw et la froideur digitale de Burial, mélangés à pas mal de reverb et une bonne dose de codéine : vous obtiendrez à peu de choses près ce qui compose les 35 minutes de ce Dagger Paths, premier album officiel d’un habitant de Liverpool devenu la coqueluche des blogs indés sur la force de quelques vidéos (Miarches et Glory Gongs en tête). A l’heure où internet explose de plus en plus facilement les frontières des genres, la musique de Forest Swords a été décrite par plusieurs néologismes qui prêteront à sourire comme drone-step, surf-step ou encore peninsula pop. Mais après une première écoute, il est évident que les longs morceaux de Dagger Paths ont peu de chose en commun avec le dubstep et encore moins avec la pop : les guitares sont stridentes et noisy, la batterie saturée et les lignes de basse sont plus proche du dub de Kingston que du 2-Step londonien ; seul The Light s’inscrit réellement dans cet esprit « drone-step » avec sa rythmique syncopée et ses guitares lo-fi. A une ambiance enfumée et hypnotique s’ajoutent des samples vocaux brouillés, qui ne seraient pas de trop sur un album de Burial (déjà cité ci-dessus, mais la comparaison est appropriée). Difficile de parler de morceaux précis tant le disque fonctionne comme un seul bloc ; je dirais simplement que Forest Swords nous invite avec ce Dagger Paths à nous plonger dans un univers aussi dépaysant que déroutant.

quelques morceaux sur myspace.com/forestswords

MASAYOSHI FUJITA & JAN JELINEK

Birds, Lake, Objects

[Faitiche, 2010]

Belle surprise que ce Bird, Lake, Objects. Pour cette nouvelle sortie sur son label Faitiche, le berlinois Jan Jelinek a invité le musicien Masayoshi Fujita, spécialiste du vibraphone (vous savez, cet instrument aussi beau à voir qu’à entendre), à l’accompagner sur les quelques enregistrements électroacoustiques qui composent l’album. On connait plus particulièrement Jan Jelinek pour ses expérimentations à base de samples de jazz, qu’il travaille jusqu’à l’abstraction dans un contexte glitch / techno minimale (voir l’excellent Loop-finding-jazz-records), mais c’est dans un registre plus ambient qu’il s’illustre depuis quelques années comme en atteste Bird, Lake, Objects.

Le premier morceau, Undercurrent, s’ouvre sur le son apaisant et la subtile légèreté du jeu de Fujita. Sa poésie est une belle addition aux paysages dessinés par les boucles de Jelinek, ainsi tout au long de l’album un dialogue particulier s’installe entre organique et électronique. Les pistes éclosent les unes après les autres au sein d’une tension enivrante et insaisissable, via un spectre sonique riche des vibrations tantôt claires ou stridentes qui disparaissent aussi discrètement qu’elles apparaissent. Le minimalisme de ces compositions dégage une vraie notion d’espace, d’autant plus soulignée par les nombreux « field recordings » qui parsèment l’album, fragments quasi imperceptibles de l’enregistrement venant perturber la tranquillité apparente. Un craquement de chaise, une sirène de police, un rire timide: tous ces éléments ramènent l’auditeur les pieds sur terre dans une ambigüité schizophrène, entre rêve éveillé et réalité. Sur Bird, Lake, Objects, il semblerait que Masayoshi Fujita et Jan Jelinek tentent de nous bercer pour mieux nous effrayer ; c’est vraisemblablement réussi, et c’est aussi un réel coup de cœur pour ma part.

Ecoutez trois extraits de l’album ou commandez-le sur le site de Faitchite.

La Nuit de l’Iguane – John Huston

Sont ressortis  récemment sur nos écrans quelques films du réalisateur américain John Huston dont  Le Vent de la Plaine, Les Gens de Dublin ou encore Moulin Rouge mais je n’ai pu assister qu’à la représentation de son film La Nuit de l’Iguane (1964).

Ce film conte l’histoire d’un pasteur suspendu de ses fonctions pour alcoolisme et fornication et reconverti en guide touristique. Accompagnant un groupe de vieille dame au Mexique, il devra repousser les avances d’une nymphette dont l’intransigeante chaperonne causera bien des tords à notre pasteur. Si ce trio de personnage aurait pu largement suffire à un film prenant un minimum le temps de s’attarder sur ses personnages, nous croiserons également un vieillard présenté comme le plus vieux poète en activité, une aquarelliste pré-hippie, un cuisinier chinois expatrié au Mexique, une tenancière d’hôtel en mal d’affection…

N’est ce pas trop ? me direz vous. Et bien si, c’est trop. Le film veut trop en faire. Tout le temps. Je dirais même qu’il souffre du « Syndrome du trop ».

Tout va trop vite. Huston ne s’attarde pas et ne définit pas assez ses personnages qui ressemblent tous plus à des caricatures qu’à de véritables individus. Embêtant pour un film voulant explorer les démons intérieurs de l’espèce humaine… Désirant surfer sur la vague des films psychanalytiques des années 60, Huston échoue malheureusement à des années lumières des meilleurs films du genre comme par exemple « Psycho » et « Vertigo » de Hitchcock. Basé sur une pièce de théatre de l’auteur américain Tennessee Williams, le film n’évite pas le piège classique de ce genre d’adaptaton et le rythme du film est assuré par d’interminables dialogues déclamés sans une once d’intérêt. Car oui les acteurs non plus ne sont pas non plus à sauver. Notons Richard Burton dans le rôle principal qui surjoue misérablement l’alcoolique en prise avec une crise mystique. L’absence flagrante d’idées de mises en scènes finit de desservir l’ouvrage où tout devient sur-signifiant et appuyé.

Et le Mexique dans tout cela ? Et bien rien du tout. C’est bien la seule chose que nous n’ayons pas en trop. La palme revient à la représentation faite des mexicains, seulement bon à laver leur linge dans une rivière en faisant de jolis sourires aux touristes, à chasser des iguanes ou à jouer des maracasses. Incroyable mais vrai, les deux « boys » de l’hôtel semblent en effet jouer de cet instrument 24h sur 24, tout en se déhanchant de manière tout à fait sensuelle bien entendu.

Quand enfin le film arrive dans sa phase finale le spectateur est déjà loin. La chaude nuit mexicaine remplit de hamacs et de discours introspectifs, pourtant étape paroxystique du récit, finira d’achever sa bonne volonté et personne ne lui en voudra de préférer s’il préfère imaginer son prochain souper qu’écouter les palabres convenues des acteurs.

La dernière chose que je tiens à signaler est une incroyable -mais courte- scène de bagarre au milieu du film. Dans celle ci un américain en vient à se battre avec les deux boys de l’hôtel (dans la quelle ils continuerons à jouer des maracasses, oui oui). Huston devient alors un peu fou, rentrant dans une réalisation mêlant burlesque et montage soviétique, créant une hilarante bulle surréaliste au milieu de la lourdeur de l’ensemble. Je ne dirais pas que le film ne vaudrait presque que pour cette scène, mais c’est tout comme…