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mai 2010

Happy Nights [Cannes 2010]

Cannes c’est les films, le palmarès, les réalisateurs moldaves, le pavillon « Cinéma du Monde », les deals de distributeurs, les négociations de budgets pour artistes émergents…

Mais Cannes c’est aussi la nuit, la jet-set, les fêtes de films, les paillettes, les stars et l’alcool à foison.

La série de photos disponible ci-dessous propose un aperçu infime des innombrables virées nocturnes du festival avec la fête du film Rubber, les soirées de la Semaine de la Critique, la villa Divine Comédie, les Audi Awards au VIP Room, les soirées des pavillons Allemand et Ukrainien…  Keep going !

Visionner plus pour bronzer moins – Volume 1 [Cannes 2010]

Dimanche dernier tombait le palmarès du 63ème festival de Cannes : palme d’or pour Uncle Boonmee du gigantesque réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, prix de la mise en scène pour Mathieu Amalric, Grand Prix du Jury pour Xavier Beauvois, Prix du Jury pour le film Un Homme qui crie

Que de beaux prix ! Quelle joie lors de l’annonce du nom des récompensés. Je reconnais avoir douté de Tim Burton mais le palmarès s’est avéré être d’une classe et d’une audace folle.

Durant les 10 jours du festival j’ai pris le temps d’écrire sur 3 films mais il m’a été donné l’occasion d’en voir bien plus. Je me servirai de mes prochains articles pour écrire quelques mots à leur sujet.

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Titre : Little Baby Jesus of Flandr

Réalisateur : Gust Van den Berghe

Pays : Belgique

Sélection : Quinzaine des Réalisateurs

Film poseur, Little Baby Jesus of Flandr est un long-métrage belge inspiré d’un conte flamand. Dans celui-ci trois mendiants décident de s’enrichir en chantant des Épiphanies le soir de Noël. Sur le chemin du retour ils assistent à la naissance de Jésus.

Si le pitch ne semble pas très racoleur, la suite de la description devrait finir d’attirer tout cinéphile en manque de sensations fortes : noir & blanc, acteurs exclusivement atteint de Trisomie 21, costumes en carton, , ambiance forestière, dialogues minimes et abscons. Que demander de plus ? Ah, si peut être le point culminant : au milieu de ce marasme apparait une courte scène en couleur où un travesti (apparemment non touché par le syndrome de Down) chante dans une boite de nuit. Oui, oui. Voulant impressionner par son épure et sa pose arty, le film finit en vérité par lasser et énerver en plongeant dans un mysticisme en mousse. No credibility.

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Titre : Somos Lo Que Hay (We Are What We Are)

Réalisateur : Jorge Michel Grau

Pays : Mexique

Sélection : Quinzaine des Réalisateurs

Pétard mouillé de la Quinzaine, Somos Lo Que Hay tentait d’attirer le chaland en se présentant comme un film de cannibales. De cannibales, il est à peine question et le scénario aussi court que plat s’essouffle en moins de temps qu’il en faut pour le dire. Tentant de mélanger horreur sociale, rites occultes et découvertes  de l’homosexualité, le film vise bien plus haut qu’il n’aurait du. Accumulant facilités, lourdeurs et caricatures, l’ensemble a finit par faire rire tout la salle. Mais était ce vraiment le but recherché ?

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Titre : Ano Bisiesto (Année Bissextile)

Réalisateur : Michael Rowe

Pays : Mexique

Sélection : Quinzaine des Réalisateurs

Distinction : Caméra d’Or

Laura, une jeune femme de 25 ans, vit seule dans son appartement. Mentant à ses proches sur sa situation, épiant et enviant ses voisins, Laura s’ennuie. Elle s’emmerde même. Pour passer le temps Laura aime ramener dans son lit des mecs qu’elle rencontre en soirée. Chaque jour passé est marqué d’une grosse croix noire sur son calendrier.

L’intrigante lassitude du début se transforme progressivement en une violente passion qui ne manquera pas de choquer. Si l’ensemble fonctionne, on ressent bien trop les références (Le Septième Continent, Jeanne Dielman) pour que le film décolle véritablement. Il en ressort un joli exercice de style qui tourne un peu à vide. Celui-ci a au moins la bienséance d’éviter le final grand guignolesque que l’on aurait pu redouter. C’est toujours ça de pris.

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Titre : Copie Conforme

Réalisateur : Abbas Kiarostami

Pays : Iran

Sélection : Compétition officielle

Distinction : Prix d’interprétation féminine pour Juliette Binoche.

Avec Copie Conforme, Abbas Kiarostami marque son retour vers un cinéma plus traditionnel. Après une quasi décennie d’expérimentation (de Ten en 2002, à Shirin en 2010, en passant par le superbe Five en 2004), il revient à une forme classique dans laquelle Juliette Binoche partage l’affiche avec l’acteur anglais William Shimell et incarnent un couple en crise.

Une star, un tournage en Italie… autant d’éléments surprenant pour le réalisateur iranien le plus reconnu. Heureusement Kiarostami ne prend pas la grosse tête et livre un film passionnant. Loin d’un film sur la relation amoureuse, Abbas Kiarostami propose une réflexion captivante sur l’original, la copie, le vrai, le faux, la mémoire et même sur l’art dans sa globalité. Soutenu par une mise en scène très travaillée (trop pour certains) renvoyant parfaitement au propos théorique du film, Copie Conforme  finit par donner le vertige. Chapeau.

Sound of Noise – Ola Simonsson & Johannes Stjärne Nilsson [Cannes 2010]

La sélection de la Semaine de la Critique 2010 contient un des films qui m’a le plus mis l’eau à la bouche : Sound Of Noise, film suédois du duo de réalisateur Ola Simonsson & Johannes Stjärne Nilsson. Le sujet ? Un groupe de musicien décide d’utiliser la ville comme instrument de musique géant en interprétant leur propre composition « Music for One City and Six Drummers ».

Cela ne vous rappelle t’il pas quelque chose ? Oui, c’est bien cela, l’excellent et surprenant court métrage « Music for One Appartement and Six Drummers » dans lequel 6 musiciens fous investissaient un appartement et faisaient de la musique avec tout ce qui leur tombait sous la main. Il s’agit donc ici des mêmes réalisateurs ayant décidé de transformer l’essai au format long métrage.

On pense alors à des réalisations inspirés de courts-métrages et l’on se dit que cet exercice est particulièrement délicat On pense à Cashback par exemple. On se dit qu’il est rare qu’une idée ayant fonctionné à merveille sur une durée limité arrive à convaincre quand on l’étale sur 1h30. Mais on croise les doigts quand même, histoire de…  Malheureusement Sound Of Noise fait partie de cette catégorie et s’avère être une déception. Le court métrage découpait l’action en fonction des différentes pièces de l’appartement. Le film reprend la même idée en utilisant 4 endroits de la ville (un hôpital, une banque…) comme lieux de créations musicales. Mais il fallait bien créer un fil conducteur… Celui-ci sera tout trouvé en l’histoire d’un policier qui part à la recherche de ces 6 musiciens délinquants. N’évitant pas les lourdeurs et les facilités, ne créant absolument jamais un quelconque moment de tension, le film pataugera sans cesse pour combler les trous entre les scènes « symphonique ».

De surcroit, le gouffre entre le fond et la forme du film est sidérant. En effet Sound Of Noise rentre à première vue dans une interrogation artistique très contemporaine : par exemple comment gérer l’investissement de l’espace public pour la performance artistique. De même musicalement sont cités les plus grands noms de la musique contemporaine et l’on pense irrémédiablement à la musique bruitiste, à l’immense Steve Reich ou à l’incontournable John Cage (ouvertement convoqué à la fin). Mais évoquer des génies ne suffit pas et  la mise en scène se révèle être d’une misérable platitude. Quoi de plus énervant que de voir un film prônant une joyeuse anarchie réalisé comme un vulgaire téléfilm ? Non, je suis méchant mais tout de même… le sujet aurait mérité un traitement plus ambitieux.

Cette rébellion en mousse semblait faire hurler de rire les quinquagénaires de la salle. Summum de l’hilarité, la fin quand on retrouve dans une dernière scène nos 6 compères jouant dans un restaurant un air de bossa nova –parodique- afin de gagner leur vie. Et oui, il ne faudrait pas non plus faire croire que l’art mène quelque part…

Rubber – Quentin Dupieux [Cannes 2010]

Depuis l’ouverture du festival de Cannes, le nom d’un film est dans toutes les bouches : Rubber. Projeté lors d’une unique séance spéciale à la Semaine de la critique, Rubber se présentait comme la bulle de fraîcheur d’une édition manquant de glamour, venant autant cristallier les attentes des hipsters que des cinéphiles exigeants.

La rumeur disait qu’il faudrait arriver 3 heures en avance pour espérer avoir une place. La vérité n’en était pas très éloignée et sur l’énorme file d’attente, seuls 380 veinards ont eu la chance d’assister à la première du nouveau film de Quentin Dupieux (aka Mr. Oizo quand il fait de la musique) dont la date de sortie est encore indéterminée à l’heure actuelle.

Dans la lignée déjantée de ses deux précédents films (Non Film et Steak), Rubber suit l’histoire d’un pneu vengeur à travers le désert californien. Pitch génialement excitant qui dit à la fois tout et rien sur le film tant celui-ci se pose comme un OVNI aux multiples niveaux de lecture.

Du documentaire animalier au film théorique, Dupieux s’amuse à parsemer son film de références (autant au cinéma qu’à sa propre musique) et à jouer avec les règles d’un univers aussi fantasmagorique que balisé (les grands espaces de l’Ouest américain et l’Amérique des 70s). Venant dynamiter le tout avec un enthousiasme débordant et enivrant, Oizo contourne toutes les règles pour mieux créer les siennes. Alors que l’on aurait pu craindre qu’un ennui s’installe sur la durée, il n’en est rien. Dupieux réussit le tour de force de créer une tension allant crescendo sur toute la projection grâce à un habile jeu de mise en abyme que je vous laisse découvrir.

En plus de se moquer et de se jouer des règles cinématographiques, Rubber vient également en bousculer les conventions techniques. En effet il s’agit du premier film réalisé entièrement avec un appareil photo numérique, à savoir le Canon EOS 5D Mark II. Si cette technique est devenue courante pour les clips et autres vidéos internet, ce passage au format long est une franche réussite : les images du film sont véritablement superbes.

Il est plaisant –mais surtout rassurant- de voir qu’un film aussi libre puisse encore exister de nos jours et que certains producteurs n’hésitent pas à miser sur des projets complètement hors norme. Ca tombe bien, Dupieux a officieusement déclaré que pour lui la musique c’était fini et qu’il voulait se consacrer au cinéma. Si l’on pleurera en réécoutant Moustache (Half a Scissor), on se réjouit d’avance pour toutes nos futures jouissances dans les salles obscures.

RUBBER EXTRACT 1 from oizo mr on Vimeo.

-No Photo Call- [Cannes 2010]

Une montée des marches, une foule.

Entre les uneasy streets de Garry Winogrand et les rêveries figées de Beat Streuli, tentative d’identification du badaud cannois sous forme de photos volées.