Petite review de trois expositions parisiennes actuellement ouvertes au public.

Commençons cet article avec l’exposition proposée à La Maison Européene de la Photographie depuis le 14 avril. Soyons direct : cette exposition est la pire vue depuis… longtemps. Pour ne pas paraitre trop négatif, c’est bien la première fois que je ressors aussi mécontent de la MEP. Ici ce n’est pas l’accrochage qui est mauvais -celui-ci est toujours similaire, classique et efficace- mais bien les artistes sélectionnés et présentés, allant du médiocre au consensus mou.
Commençons par l’une des deux rétrospectives proposées, celle du photographe italien Mimmo Jodice. En toute honnêteté celui-ci m’était jusqu’à présent inconnu. Et là où certains semblent voir une photographie d’avant garde je n’arrive à voir qu’un classicisme patenté. Sa principale série présentée se concentre sur des photos de sculptures et d’architectures italiennes, accumulant clair-obscurs et flous atmosphériques. Dur dur de se défaire d’un pays à la culture artistique antique aussi forte et n’est pas l’Arte Povera qui veut… Ses autres séries se concentrent sur la nature, la mer ou la ville de Naples et ne sont malheureusement pas beaucoup plus enivrantes. Bien entendu tout n’est pas à jeter, loin s’en faut et quelques clichés sortent bien sur du lot. La décennie 90 semble être celle ayant le plus réussi à l’auteur, jouant plus sur la forme et l’atmosphère que sur la photo « cliché » et prévisible.

La deuxième rétrospective présentée se concentre sur l’artiste français Philippe Perrin. Je ne m’attarderai pas car cet étage est tout simplement catastrophique : où quand la MEP veut jouer au musée d’art contemporain (ce qu’elle avait déjà tenté à l’automne 2009 en présentant un étage nommé « @rt Outsiders, l’art des environnements extrêmes » dont l’intérêt -du moins en ce lieu- laissait également à désirer). Nous avons le droit ici à une pseudo réflexion sur l’imagerie et la panoplie du gangster, mélangeant photo(-montage) kitchissime, sculpture/agrandissement d’objet et rock’n'roll true rebelle à fond les ballons. Un mélange piteux que l’on n’hésitera pas à parcourir quatre à quatre. J’imagine aisément le discours de l’artiste tentant d’expliquer combien son agrandissement x100 d’une couronne d’épine transposée en fils barbelés est une expression sulfureuse de son imaginaire décalé et hors norme. Pitié…

Je propose tout simplement de passer la salle consacrée aux photographies équestres de Antoine Poupel. Semblant toujours prise du point de vue du public, celles-ci peinent à convaincre et ne laissent malheureusement rien voir de la vie de la troupe du théâtre équestre de Bartabas que l’artiste déclare suivre depuis 20 ans. Il s’agit pourtant d’un thème largement traité et nous lui préfèrerons les photos de Umbo, Weegee ou encore Diane Arbus. Gageons que ses images intéresseront au moins les passionnés d’équitation, ce qui n’est malheureusement pas mon cas.
Enfin, le sous sol nous propose la première rétrospective du photographe suisse Michael von Graffenried. Spécialisé dans la photographie de reportage, ce photographe est réputé pour avoir modernisé le genre. Malheureusement, les images que ce dernier réalise me semblent peu convaincantes. Pratiquant la photographie panoramique depuis le début des 90s cette méthode semble être la spécialité de von Graffenried. Cette technique est ventée par les textes explicatifs de l’exposition comme permettant de « plonger le spectateur au cœur de l’évènement » et « d’objectiver le monde, sans aucune recherche de dramatisation ». Si effectivement l’effet d’immersion est immédiat et intéressant, l’absence de dramatisation me parait complétement biaisée : quoi de plus dramatique, de plus exagéré, qu’un visage déformé par un grand angle et des perspectives explosées en tout sens ? Non vraiment, j’ai comme un doute …
Si ses productions photographiques ne font pas mouche, Michael von Graffenried devient plus intéressant dans l’ensemble de la démarche qu’il met en place : les sujets qu’il aborde sont peu traités comme celui de longue haleine réalisé au cœur d’un camp naturiste au bord du lac de Neuchâtel. Le choix de diffusion de ses images rentrent dans une démarche très contemporaine : suite à la censure d’une série de photos réalisée au Caire, celui-ci a choisit de les montrer sur le toit d’immeubles où vivent les populations les plus pauvres. Avec le même esprit contestataire, pour sa série sur un couple de toxicomanes, Graffenried a loué des panneaux publicitaires dans de grandes villes suisses afin d’afficher sa série.

Au final la pièce la plus intéressante proposé pour Graffenried est… une vidéo. C’est une pratique complémentaire de plus en plus courante chez les photographes et donnant à voir des créations plus ou moins pertinentes. La vidéo présentée ici a été réalisée en parallèle du sujet sur le couple de toxicomanes. Alors que les photos peinent à convaincre, les images vidéos extrêmement crues et sans fard interpellent immédiatement. Au point qu’après une dizaine de minutes de projection je me suis senti obligé de quitter la salle, pris d’incessant haut le cœur face a la réalité tragique des deux junkies. Impressionnant.

Pour finir ce billet sur une note positive, évoquons la salle la plus petite de la MEP située derrière le bar-restaurant et généralement consacrée à de jeunes artistes ou à des projets plus expérimentaux. Est accrochée ici une série nommée « Les Excitables » de Sérvulo Esmeraldo. Plus que des photos, il s’agit de véritables pièces d’art contemporain que l’on pourrait tout à fait inscrire dans la mouvance belge actuelle de Ann Veronica Janssens ou Edith Dekindt mais datant pourtant de… 1967. Sous une couche de plexiglas sont disposés de très légers bâtonnets : en déplaçant sa main sur le plexiglas le public crée un mouvement délicat sur les bâtonnets. Amusant et poétique !
A éviter voir jusqu’au 13 juin 2010.
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En parallèle de l’exposition sur Lucian Freud au Centre Pompidou, dont nous vous parlerons prochainement, vient d’ouvrir l’exposition Dreamlands.
L’exposition part du fameux Dreamland, premier parc d’attraction au monde ouvert en 1904 aux abords de New York et de l’exposition universelle de Paris de 1889 faisant basculer l’évènement de la pédagogie scientifique à l’espace ludique. Ces deux étapes se posent comme l’origine d’une architecture du divertissement, du sensationnel et du rêve (préfabriqué). Il est ainsi intéressant d’apprendre que des artistes aussi renommés que Brancusi, Léger ou encore Breton raffolaient des foires et de leurs attractions.

La thématique est donnée et sera explorée durant la quinzaine de salles que compte l’exposition : comment le rêve d’inventeurs-créateurs ont pu se concrétiser dans le monde des loisirs et inversement, comment ces mondes fantasmagoriques ont pu influencer l’environnement dans lequel s’inscrit la vie réelle. Passionnante interrogation que ces aller-retours incessant entre amusements idéalisés et normes urbaines quotidiennes. Telle une mise en abime à l’échelle 1:1ème nous apprenons que l’architecture du très sérieux Centre Pompidou dans le quel nous nous trouvons est basée sur le projet inabouti du Fun Palace de Cedric Price, originellement pensé comme « un laboratoire du plaisir adapté aux besoins de la société du loisir ». Comme quoi…
Las Vegas, Disneyworld et Dubaï sont autant d’exemples concrétisés que d’étapes dans l’exposition. A sa façon, chacun de ces endroits proposent une manière de voir l’amusement et la démesure ; il est aussi intéressant de voir les doubles maléfiques négatifs qui en ont découlé… Ainsi Las Vegas et son pastiche d’architecture international (« La colonisation du réel par la fiction » nous dit le guide de l’exposition) participe à l’exportation des clichés et à l’instauration du décor comme seul espace de vie. De même Disneyworld dont l’entrée est conçue selon une ville typique américaine (la fameuse « Main Street USA ») a à son tour servi de référence pour des villes moyennes, aseptisées et sans âme… C’est toute la question du tourisme moderne de masse qui est alors posée : les vacanciers s’intéressent-ils vraiment au pays dans lequel ils séjournent ou ne sont ils qu’à la recherche que du « façadisme » vu sur carte postal ?

Il ne faut cependant pas oublier que, Centre Pompidou oblige, l’exposition est davantage tournée vers l’art que vers l’urbanisme pur et est parsemée d’œuvres d’artistes -majoritairement contemporains- aimant à jouer avec ces différents mondes fantasques. Parmi les plus connus nous avons droit aux incontournables photos de Martin Parr à Las Vegas, une photo de l’emblème Hollywood recrée en Sicile par Maurizio Cattalan, des extraits du film The World du cinéaste chinois Jia Zhang Ke ou encore des images du pavillon « Le Rêve de Venus » construit par Dali pour la Foire Internationale de New York de 1939. En plus de ces grosses pointures sont également présents des œuvres et des artistes moins renommés comme les reconstitutions minimalistes de lieux mythiques par Joachim Mogarra ou le ville portatives de Yin Xiuzhen.
L’originalité de la thématique ainsi que la richesse et la diversité de l’accrochage proposé (la catalogue parle de plus de 300 œuvres s’étendant de la vidéo à la sculpture en passant par l’installation et le collage) me pousse à vous inciter à faire un tour à Dreamlands présenté jusqu’au 9 aout 2010.

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Attiré par les noms présents sur l’affiche ci-dessus (Ann Veronica Janssens, Richard Deacon, Orlan, et Jean Luc Moulène) je me suis rendu à l’exposition « En Mai Fais Ce Qu’Il Te Plaît ! » dans un lieu qui m’était inconnu : Le Musée Bourdelle dans le quinzième arrondissement de Paris.
Situé dans ses anciens ateliers, le musée est originellement consacré au célèbre sculpteur français Antoine Bourdelle. La visite est également l’occasion de découvrir ou de revoir ses créations. En effet l’exposition En Mai Fais Ce Qu’Il Te Plaît cherche à mettre en dialogue des œuvres d’artistes européens contemporains avec des pièces plus traditionnelles en leurs faisant partager le même espace. Si ce mode d’exposition semble à la mode (souvenons nous par exemple de Jeff Koons à Versailles) et a pour ambition officielle de créer un dialogue entre les époques, il est également imaginable que ce type d’évènement soit mis sur pied afin de relancer la fréquentation d’un musée dont le public doit sans doute peiner à se renouveler.

Mais point de mauvais esprit car l’ensemble de l’exposition s’avère très intéressant. Tout d’abord parce que l’exposition à la bonne idée de présenter des œuvres très récentes -beaucoup sont même de 2010- et s’inspirent de façon plus ou moins évidente du lieu ou de l’artiste (Antoine Bourdelle). On ne tombe donc pas dans le bête et facile copier-coller que l’on était en droit de redouter. De surcroit les travaux présentés sont généralement de bon niveau. Les juxtapositions les plus intéressantes concernent bien entendu les sculptures. Les formes molles de l’artiste de l’Arte Povera Jannis Kounellis ou encore les structures rigides de l’anglais Chris Deacon viennent magnifiquement mettre en lien l’évolution de la pratique et de la démarche sculpturale. Remarquons également la vidéo Face to Face de Tania Mouraud. Dotée d’une superbe bande son très travaillée, la vidéo cherche à dégager la beauté industrielle d’une immense décharge. Celle-ci est adroitement située dans la dernière salle du musée, obligeant le spectateur à faire demi-tour et jouant ainsi avec l’idée de rebut et de terminus. Le point le plus faible de l’exposition réside en l’œuvre de Ann Veronica Janssens, un des noms qui m’avait pourtant le plus aguiché, s’intégrant assez mal, pour ne pas dire pas du tout, au reste de l’exposition. Dommage.

Pour conclure, je désire évoquer l’installation in situ L’Ile au trésor de l’artiste Claude Lévêque. Celui-ci a choisit de s’installer en sous sol, dans la réserve des moules des statues de Bourdelle : un lieu habituellement fermé au public. L’artiste y travaille l’éclairage et le son afin de jouer sur l’étrangeté qui se dégage du lieu. Il renforce de cette façon les figures étranges que l’on peut y croiser (et habituellement invisible pour le plus grand nombre). Si l’on fait abstraction d’un gardien/guide un peu trop collant, le jeu sur l’immersion horrifique et angoissante dans ce lieu poussiéreux est une franche réussite.
Malgré un nom qui pourrait prêter à confusion, l’exposition reste ouverte jusqu’au 19 septembre 2010.