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juin 2010

Lucian Freud, L’Atelier @ Beaubourg [Paris]

La dernière grande exposition française consacrée au célèbre peintre britannique Lucian Freud – né en 1922 à Berlin – avait eu lieu au Centre Pompidou en 1987 ! Cela faisait donc près de vingts-cinq ans que le monstre sacré de la peinture contemporaine n’avait pas eu d’exposition digne de ce nom en France.

Depuis le 10 Mars, c’est chose faite. La rétrospective Lucian Freud, L’atelier (10.03.10-19.07.10) regroupe près d’une cinquantaine de toiles de grands formats couvrant essentiellement sa période de maturité : les années 70-90. Le tout dans un bel espace de plus de 900 m2. Certaines des peintures présentées sont des œuvres majeures du peintre – voire des chef d’œuvres – et la plupart d’entre elles proviennent de collections particulières. Cela n’a rien d’étonnant puisque Lucian Freud est l’un des artistes vivants les plus cotés. Son saisissant nu intitulé Benefits Supervisor Sleeping (1995) – présent dans la dernière salle de l’exposition – s’est vendue aux enchères pour près de 34 millions de dollars par Christie’s en 2008.

L’exposition est divisée en quatre parties, à la fois chronologiques et thématiques, autour du thème de l’atelier : Intérieur-Extérieur, Réflexion, Reprises et Comme la chair.

Dans la première salle, les peintures de Lucian Freud – portraits et paysages – jouent constamment et subtilement entre Intérieur et Extérieur. Les portraits sont réalisés  au sein même de l’atelier, lieu clos où l’artiste à une maîtrise totale de la mise en scène et de la lumière. Les paysages extérieurs – urbains et/ou naturels – qui entourent l’atelier du peintre sont tous vus depuis la fenêtre. Le spectateur y découvre une cours jonchée d’ordures : Wasteground with houses, Paddington (1970-72), une vue de la Factory in north London (1972) ainsi que le magnifique jardin du peintre : Painter’s garden (2003). Certains tableaux comme le double-portrait Two Irishmen in W11 (1984-85) allie à merveille la notion d’intimité – par le portrait et l’atelier – et l’ouverture vers l’extérieur visible depuis l’encadrement de la fenêtre.

La deuxième pièce, Réflexion, rassemble un nombre important d’autoportraits vraiment surprenants. Lucian Freud y peint son propre corps et son visage de la même manière que celui de ses modèles : sans idéalisation ni glorification. Le regard qu’il porte sur lui-même est sans concession.

Reflection with Two Children (1965) – qui se trouve sur l’affiche de l’exposition – , est le plus célèbre d’entre eux. Lucian Freud trouble le spectateur, en brouillant les pistes de la représentation spatiale en utilisant un miroir posé au sol. Il se représente en contre plongé et surplombe le spectateur de façon – un peu trop – majestueuse et imposante, même si l’ajout de deux enfants en bas à gauche du tableau, à une échelle plus petite, tempère le caractère imposant de l’artiste.

L’autoportrait qui m’a le plus touché et que je trouve le plus novateur est Painter Working, Reflection (1993). Il me semble repousser les limites de la beauté, de la pudeur et de la mise en valeur de soi, au même titre que les derniers autoportraits de Pablo Picasso  Autoportrait, tête (30 juin 1972) et Autoportrait (28 juin-4 juillet 1972). Freud s’y représente de manière très théâtrale, nu et en pied – fait rare dans l’histoire de l’autoportrait – , une palette dans la main droite, un couteau de peinture dans l’autre et ayant pour seul vêtement de vieilles chaussures sans lacets comme si il s’apprêtait à livrer un combat. Il est à la fois héroïque de par sa position, fragile par sa nudité et les outils qu’il utilise. De plus, le format vertical, le regard et l’attitude du peintre en action – il se peint en train de peindre dans son atelier – , transforment véritablement le tableau en miroir.



Ces considérations symboliques, se voient renforcés par la technique du peintre : une pâte épaisse, des coups de brosses dures et des tons éteints, presque ternes. Lorsque l’on se rapproche de la toile cité ci-dessus, on s’aperçoit que le visage de Lucian Freud semble recouvert d’une croute épaisse et sale, comme s’il s’agissait de pustules ou de tumeurs. Sa peau à d’ailleurs la même texture que le parquet de la pièce l’entourant. L’artiste a conscience du temps qui passe et des ravages de celui-ci sur son corps. Avec la peinture, Lucian Freud souhaite être au plus près de la réalité sans fioritures ni tape à l’œil. Cette volonté de pureté se manifeste davantage dans ses derniers autoportraits par l’utilisation d’une pâte très épaisse qui devient, avec le temps, de plus en plus féroce et proche de l’animalité. Lucian Freud peint avec une économie de moyen en utilisant essentiellement des tons bruns, gris et blancs, qu’il s’agisse de peindre les murs et objets de son atelier, un visage, un corps nu ou le pelage de son chien. Même les plantes vertes sont souvent plus brunes et mortes que verdoyantes. Son regard est sans concession, sa touche est vive, expressive, réaliste et surtout épaissie depuis qu’il peint avec des brosses aux poils durs et élastiques. Les corps sont marqués, rougi part les poses interminables, las, épuisés et affaissés.

Dans la salle des Reprises, toutes les toiles sont loin d’être sensationnelles. Lorsque Lucian Freud s’inspire de Chardin, ses dessins et tableaux sont plus classiques et proche de la commande. Seul la toile After Cézanne (2000) est remarquable. Avec ce tableau monumental, Freud prend de grandes libertés tout en gardant la composition initiale – trois personnages et une chaise – et dépasse le « maître ancien  » tout comme Turner  a pu le faire en son temps.

Les modèles de Lucian Freud sont souvent des parents, des ami(e)s ou des proches du peintre. Il peut mettre entre une à deux années avant de finir un tableau et les modèles doivent poser une à deux fois par semaine. Il existe donc un réel lien et une intimité qui se crée entre le peintre et son modèle. Freud ne fait que très rarement  appel à des modèles professionnels. La dernière salle, Comme la chair, rassemble les fameux portraits nus des années 1990-2000, dont les modèles – professionnels – ne sont autres que le célèbre performer Leigh Bowery où sa muse Big Sue. Malheureusement, les poses sont ici beaucoup plus académiques et attendues – surtout celles de l’homme – que sur les toiles précédentes.

Lucian Freud. L’atelier, se ponctue par un court-métrage et une série de photographies réalisées par David Dawson qui valent la peine que l’on s’attarde quelques minutes de plus à Beaubourg. Une exposition historique à ne rater sous aucun prétexte !

Lucian Freud, L’atelier à voir au Centre Pompidou jusqu’au 19.07.10

Glen or Glenda ? – Ed Wood

Ed Wood : réalisateur américain des années 50 est essentiellement célèbre pour sa réputation de plus mauvais réalisateur du monde. Son œuvre la plus réputé, j’ai nommé « Plan Nine From Outer Space », s’avère être en effet sidérant de médiocrité : décors en carton tremblant au passage des acteurs, alternance de plans jour/nuit sans aucune cohérence temporelle, soucoupes volantes aux fils visibles… Encore pire et comble de la malchance,  l’acteur principal décède au tout début du tournage : son remplaçant devra jouer de dos ou derrière une cape durant tout le reste du film afin de ne pas révéler la supercherie. Fail, évidemment.

Et pourtant, Glen or Glenda ?, tourné en 1953 et premier film de Wood est loin d’être aussi pénible. Étrange et remplit de maladresses, évidemment. Mauvais et affligeant, non.

Le simple sujet du film vaut le détour. Comme son nom l’indique (Louis ou Louise ? en version française) Ed Wood s’intéresse à la transsexualité et au travestissement. Un thème osé pour les 50s quand on sait combien le sujet reste tabou encore de nos jours. Le sujet tiens particulièrement a cœur au réalisateur puisqu’il est lui même sujet au travestissement, probable résurgence de son enfance durant la quelle sa mère aimait à l’habiller en fillette.

La singularité du propos se voit renforcer par le traitement tout à fait particulier de Ed Wood, déjà invraisemblable mais sachant rester relativement lisible. Le film démarre comme un documentaire au narrateur omniscient des plus surprenant.  Viennent se mélanger les histoires distinctes de deux hommes adepte du travestissement et leur problèmes quotidiens pour assouvir leur passion, mélangé à l’histoire d’un médecin curieux et à une simili-enquête policière. Les digressions sont également légions, comme cette mémorable scène au milieu du film et sortie de nulle part ou des ouvriers  – qui nous sont inconnus – discutent en voix off de la transsexualité sur fond d’images d’autoroutes et d’usines.

Si le manque de moyens flagrant explique les décors grossiers et les raccords plus qu’approximatifs – Ed Wood abuse de nombreux stock-shot souvent trop longs ou sans liens avec l’intrigue – , il en résulte également une poésie évidente. Toute la beauté du film réside dans le désir, la passion dévorante d’Ed Wood pour le cinéma. Pour pallier son budget taille XS, Ed Wood essaye, tente, s’aventure vers des images inconnus dans un style à la limite du surréalisme. Nous retiendrons les superpositions d’images de troupeaux de bisons et du narrateur, ou l’interminable scène de rêve (?) torride ou une jeune femme se fait longuement fouetter par un inconnu.

Mélangeant lourdeurs et fulgurances visuelles d’une inventivité rare, Ed Wood propose avec son premier long métrage un film à la lisière du cinéma Hollywoodien que l’on pourrait qualifier sans peine d’expérimental si telles avaient été les prétentions du réalisateur.

Browzing da intraweb Hors-Série : BP Disaster Edition



En attendant musique, lecture et cinéma retour de l’article qui moissonne le web pour vous. Et en ce moment ce qui fait carburer l’imagination des web users c’est le BP Disaster…











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Visualizing the BP Oil Spill Disaster





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Visionner plus pour bronzer moins – Volume 3 [Cannes 2010]

Suite et fin de notre série d’articles sur le Festival de Cannes 2010. Encore 4 films au programme. J’aurai voulu parler de la palme d’or Uncle Boonmee de Apichatpong Weerasethakul mais il m’apparaissait indigne de traiter un tel film en seulement quelques lignes. J’essayerai donc de rédiger un texte plus long à son sujet dans les temps qui viennent. En attendant, enjoy !

Titre : Armadillo

Réalisateur : Janus Metz

Pays : Danemark

Sélection : Semaine de la Critique

Distinction : Grand Prix de la Semaine de la Critique

Avec Armadillo le réalisateur Janus Metz s’intéresse à un groupe de jeunes soldats danois envoyés en Afganistan. Sujet pour le moins intéressant, gâché par une mise en scène se voulant d’un genre nouveau. Celle-ci adopte un style « immersion totale » aux inspirations à mi chemin entre film d’action et jeux vidéos. Il en résulte une image survitaminée et bondissante incapable de se poser 5 secondes. Alors que le réalisateur semble vouloir nous rapprocher de ces jeunes soldats, toute identification est impossible tant il est constamment difficile de savoir qui est qui. Nous passerons sur le sensationnalisme racoleur des dernières images où des cadavres d’Afghans fraichement tués sont filmés en caméra embarquée sur le casque d’un soldat… Alors que Janus Metz dit vouloir dénoncer la dépendance à l’adrénaline des jeunes recrues, il ne semble rien vouloir faire d’autre que d’exciter ses spectateurs. Etrange…

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Titre : Pieds nus sur les limaces

Réalisateur : Fabienne Berthaud

Pays : France

Sélection : Quinzaine des Réalisateurs

Distinction : Art Cinema Awards

Lily est une jeune femme un peu excentrique, tendance folie douce. Elle chante à tue-tête, dit ce qu’elle pense, collectionne les animaux morts pour leur tricoter de petits habits (Annette Message appréciera). Lily n’est pas très en lien avec la réalité contemporaine. Quand subitement sa mère décède, sa sœur ainée Clara doit venir s’occuper d’elle. C’est l’occasion pour elle de redécouvrir une liberté perdue…

Frais, décalé et régulièrement hilarant, Pied Nus sur les Limaces fait plaisir à voir, surtout en fin de festival. Jamais morbide ou voyeuriste, Fabienne Berthaud traite avec délicatesse ces deux personnages atypiques remarquablement bien interprété par la superbe Diane Kruger et Ludivine Saignier, qui d’après certains trouve ici son meilleur rôle (je ne serais pas loin de les croire). Malheureusement le film ne peut s’empêcher de tomber dans une mièvrerie certaine (la fin, notamment) et de souffrir du syndrome du film qui veut trop en dire et ne sait plus s’arrêter. Dommage.

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Titre : Schastye Moe (My Joy)

Réalisateur : Sergey Loznitsa

Pays : Ukraine

Sélection : Compétition Officielle


Seul film en compétition officielle à concourir pour le prix de la Caméra d’Or, My Joy est le premier film de fiction du réalisateur ukrainien Sergey Loznitsa. Ce dernier n’est néanmoins pas un inconnu dans le monde de l’image puisque il a réalisé précédemment un nombre conséquent de documentaires.

Ce passé de documentariste est palpable à travers tout le film de par la façon qu’a Loznitsa de s’attarder magnifiquement sur les visages, les actions quotidiennes ou les paysages russes. A travers l’histoire d’un routier se faisant agresser, My Joy dresse une monumentale fresque de la Russie contemporaine. Froide, sordide et pesante… autant de mot qui décriraient au mieux la vision désabusée que porte Loznitsa sur la Russie du XXème siècle. Attention, pas de nostalgie non plus comme viennent nous le rappeler quelques flashback donnant au tout une tournure très « fêlure héréditaire » d’Emile Zola. Si la densité et l’ampleur de l’entreprise impressionne, quelques lourdeurs –et l’ambiance extrêmement pesante, il faut l’avouer- empêche le film de recevoir toutes mes louanges. Je serai néanmoins très curieux de découvrir ses premiers documentaires.

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Titre : Illegal

Réalisateur : Olivier Masset-Depasse

Pays : Belgique

Sélection : Quinzaine des Réalisateurs

Distinction : Prix SACD

En apparence, Illegal a tout pour être le film caricatural de festival. En effet son réalisateur Olivier Masset-Depasse plonge dans un sujet social et choisit de s’intéresser aux centres de rétentions des sans papiers à travers l’histoire d’une mère séparée de son fils et menacée d’expulsion.

Sans qu’elle soit mauvaise, ce long métrage ne brille pas par sa mise en scène et le prix SACD qui a été remis au film semble être plus un prix politique que purement cinématographique. En effet Illegal dresse un témoignage particulièrement poignant et révoltant des conditions de vies des étrangers dans les centres de rétentions. Un problème d’actualité extrêmement piquant que l’on espère avoir été traité sans trop de romance.

Festival en mosaïque [Cannes 2010]

Dernière série de photos portant sur le festival de Cannes édition 2010.

Un ensemble un peu pêle-mêle et fouillis de tout ce que l’on a pu y croiser. De l’anecdote en tout genre. Du people au paysage et de la contemplation à l’entrevu.