Depuis l’été 2007 la municipalité messine propose la manifestation « Metz en Fête ». Le principe est simple : tout au long de la période estivale se déroule plus d’une centaine de manifestations culturelles ou artistiques dans les rues de Metz. Si la programmation des années passée a pu contenir quelques perles – je garde un souvenir ému du double concert de l’immense Charlemagne Palestine en 2008 – l’affiche de 2010 laisse quelque peu à désirer. Au soir du samedi 24 juillet se déroulait la soirée potentiellement la plus excitante de l’été avec un concert de Matt Elliott suivit du duo électronique Mount Kimbie, puis en dernière partie de soirée un ciné-concert mélangeant le chef d’œuvre « L’aurore » de Murnau aux improvisations de Angil and the Hiddentracks.
Pas mal, pas mal… Oui mais voilà, la réussite d’un concert tient autant de la performance des artistes que de la réceptivité du public. Quand aucun des deux n’est réellement eu rendez vous, le résultat laisse à désirer. La configuration du lieu ne semble pas non plus des plus optimales : alors que les abords du tout jeune Centre Pompidou pourraient s’avérer plaisant, la dispersion du public sur les allées bétonnées empêche toute cohésion de groupe de se former. Les plus audacieux auront l’occasion de s’installer sur une des chaises réparti dans un grand arc de cercle à environ 10 mètres de la scène. Cette configuration laisse alors un énorme trou béant bien difficile à combler que seuls quelques passants osent traverser rapidement. L’absence totale de mise en scène vient entériner ce cruel manque d’enthousiasme généralisé.
En première partie, Matt Elliott peine à convaincre, perdu tout seul avec sa guitare, son micro et quelques machines au milieu de cette grande scène. La configuration des lieux ne semble ni convenir à ses débuts de chanson intimistes, ni à leurs fins épaisses, lourdes et quasi-mystique. Les applaudissement sont polis mais peu nombreux et Matt Elliott se demandera à voix haute 20 minutes avant la fin de l’heure prévu « Aurais je le temps d’en faire une dernière ? ». Il tiendra 6 minutes et quittera la scène d’une façon absolument éclair, ne laissant aucune chance à un rappel. Le septuagénaire qui me sert de voisin me déclare alors « Ah, c’est bien ce qu’il fait celui la ! Un peu spécial mais bien ! ». Celui-ci m’a d’ailleurs entretenu à propos de sujets tout à fait varié tout au long de la représentation : le nombre de millions de pixel de mon appareil photos, les filles – qu’il regarde avidement passer – , ou encore d’un film de Charlot qu’il avait déjà vu 7 fois mais qu’il est revenu voir encore une fois la semaine passé lorsqu’il était diffusé à l’endroit ou nous nous trouvons présentement. Cette conversation inattendue et fragmentaire constituera pour ma part l’événement le plus trépident du show, c’est dire.
A peine le temps de se dégourdir les jambes et commence très sobrement les deux gai-lurons de Mount Kimbie, formation électronique que l’on a pu voir qualifier de « post-dubstep » sur la toile. La dénomination me semble pour le moins osé puisque leur musique ressemble à du Fuck Button soft, sorte d’électro-drone éthérée parsemé de quelques samples ou instrumentations (guitare, batterie électrique) électroniquement modifiés. Le tout est extrêmement plaisant mais peine une fois encore à convaincre le public. Enfin, 15 minutes avant la fin de l’heure annoncé démarrent de grosses basses et un rythme plus rapide prompt a faire enfin remuer les spectateurs. Que nenni, la musique s’arrêtera net, nous serrons remercié d’un maigre « Merci » de la part d’un des deux artistes tandis que l’autre aura déjà quitté la scène. Matt Elliott et Mount Kimbie étaient ils vraiment la pour jouer ou juste pour toucher leur cachet ?
La troisième et dernière partie de la soirée se révèlera être un assez mauvais ciné-concert. Si jouer une musique contemporaine sur un film muet donne (très) rarement un résultat convaincant – je pense à la catastrophique bande son de The Cinematic Orchestra sur L’homme à la caméra de Dziga Vertov, venant entièrement dénaturer le film original – c’est encore pire quand la formation musicale semble n’avoir pas revu le film récemment. Les scènes à teneurs dramatiques bénéficieront d’un traitement musical quasi-similaire aux scènes plus légères voir joyeuses et tout les passages musicaux finiront par se ressembler. Le manque d’inspiration se fera d’autant plus sentir lors des énormes blancs laissés entre deux passages orchestrés. Ces longs silences ne sont pas pour me déplaire puisqu’ils permettent d’enfin apprécier les superbes images du film de Murnau à leurs justes valeurs.
Les applaudissement seront plus nombreux qu’a l’accoutumé et même si j’en doute j’aime à m’imaginer que les gens applaudissent le chef-d’œuvre de Murnau et non pas la prestation bancale de Angil and the Hiddentracks. L’assemblée se dispersera rapidement mais cela était il seulement du à la température un peu trop fraiche pour la saison ?










