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août 2010

Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) – Apichatpong Weerasethakul

Apichatpong Weerasethakul, l’un des réalisateurs les plus importants des années 2000, sacré Palme d’Or de Cannes 2010. Quelle joie ! Pendant que les médias béotiens s’amusent à buter sur son nom d’apparence si compliqué – en réalité il n’en est rien, essayez une fois et cela viendra tout seul. Promis – , ou ne comprennent tout simplement rien comme ces crét*** du Figaro, réjouissons nous de la consécration du réalisateur Thaïlandais, pourtant loin d’être un inconnu : il avait déjà gagné deux prix plus mineurs à Cannes.

Weerasethakul fait parti de cette nouvelle génération de cinéaste que l’on pourrait qualifier de « sensoriels ».  Ce sont des films qu’il faut vivre avec ses sens avant de les vivre avec son esprit. Être prêt à recevoir, sa perception aux aguets. Sentir. Le scénario passe souvent sur un plan secondaire, il ne faut pas espérer un film à tiroir ou à twist. Non. Loin, très loin de tout ce que l’on pourrait attendre d’un film conventionnel. A l’inverse, des éléments parfois accessoires, comme la bande son, deviennent primordiaux. Ainsi à l’instar de ses précédentes réalisations, Weerasethakul se sert de l’univers sonore comme source de synesthésie, remplissant l’espace de délicats bruissements et d’infatigables grillons. Cela peut probablement expliquer le rejet massif et malheureux d’une bonne part du public – le public quittant la séance durant les projections officielles du Festival de Cannes formait un flux continu. Mais les gens aiment tellement qu’on leur raconte des histoires…

Oncle Boonmee est un vieux paysan thaïlandais. Atteint d’une maladie aux reins, il sait qu’il va bientôt mourir. Entouré de quelques uns de ses proches, ses derniers jours sont l’occasion de se remémorer son passé, ses souvenirs et de partir à la quête de ses origines. Pas de longue dissertation sur une époque désuette ou sur de profonds souvenirs familiaux. Non, juste un prétexte pour venir faire se bousculer différente époques, différentes strates temporelles.

A ce sujet, le choix du rein comme organe malade n’est pas anodin. Étape essentielle pour le bon fonctionnement du corps humain, le rein joue un rôle de filtration, de détoxication et d’épuration. Une fois malade, celui-ci laisse retourner dans l’organisme des éléments non désirés. La mémoire, éponge de l’existence, semble fonctionner comme un rein malade, libérant aléatoirement des souvenirs oubliés, pouvant faire ressurgir à tout moment les limbes du passé venant « parasiter » notre perception du présent.


Le sous-titre du film, « celui qui se souvient de ses vies antérieures », laisse présager le côté mystique de la chose.  En effet ici Boonmme se souvient tout autant de son passé de soldat, que de sa femme lui réapparaissant sous forme de fantôme ou des vies qu’il a pu connaître sous d’autres aspects. Comme dans les autres films de Apichatpong, mais peut être encore plus que d’habitude, la forêt thaïlandaise tient un rôle essentiel. Véritable écrin et cocon naturel, cette jungle tropicale sert de terrain à Weerasethakul  pour remonter à l’origine des temps. Un monde digne de la mythologie ou les divinités anthropomorphiques côtoient princesses et simples mortels. Un monde oublié fait d’harmonie entre l’humain, l’animal et une nature délicate, belle et forte. Ces multiples résurgences nous conduiront au plus profond de la jungle. C’est au long d’une séquence superbe, à la temporalité décuplée, que Boonmee se perd au fin fond d’une caverne aussi épuisante que régénératrice, aussi inquiétante que sereine. Ce lieu de toutes les confluences sera autant celui d’un épilogue que d’une genèse…

Pour aborder ce film, impossible de ne pas parler d’un autre projet récent de Apichatpong Weerasethakul : l’exposition Primitive réalisé avec le Haus der Kunst de Munich et exposé au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris fin 2009. Dans cet accrochage, Weerasethakul s’intéressait au petit village de Nabua dont le passé houleux et lié à la guerre pèse toujours sur la jeunesse actuelle. En collaboration avec les jeunes du village, Weerasethakul  avait réalisé une série de vidéos, de photos ou d’installations questionnant le passé pour mieux appréhender le présent et l’avenir. Ce projet parallèle, Apichatpong le lie superbement avec son film Oncle Boonmee en y faisant apparaître une série d’images tirés de l’exposition et  se manifestant comme un des passés possible de Boonmee. Si la connaissance de l’exposition n’est pas nécessaire pour apprécier le film, elle lui donne une dimension supplémentaire, venant interroger à son tour la mémoire du spectateur.

Abordant un sujet à priori dramatique – la mort d’un individu – Apichatpong Weerasethakul nous livre un film paisible et remplit d’une croyance simple et belle en la vie. Radical et d’une grande beauté plastique, Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures se pose comme un film superbe et hors du temps, jamais vain et toujours enivrant.


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Worst japanease commercial…evar.

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Marina Abramovic                       The Artist is Present.