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novembre 2010

Manifesta 8 @ Murcia & Cartagena

Quand les œuvres proposées ne sont pas intéressantes, quand les curateurs tentent de voler la place des artistes, quand la problématique générale est un échec, quand les lieux d’expositions semblent être plus valorisés que les travaux qui y sont exposés, quand le public semble manquer, que reste -t- il à une manifestation d’Art contemporain ?

Il s’agit malheureusement des interrogations qui nous taraudent au retour de la Manifesta 8 actuellement organisée dans le sud de l’Espagne. Biennale européenne itinérante incontournable dans le paysage de l’Art contemporain, la dernière édition ne devrait pas marquer durablement les esprits, en espérant qu’elle ne ternisse pas à plus long terme cette institution…

D’après le Pocket Guide gracieusement distribué au public, la Manifesta 8 prétend « focuses in the concept of collective curating », « create new links with Europe’s neighbouring regions » ou encore « investigate dialogue with Nothern Africa ». De bien belles promesses paraissant très creuses après quelques heures de visites. Les lieux d’expositions sont dispersés dans divers endroits de Murcia et de Cartagena, alternant espaces conventionnels (Musée d’Art Moderne, Casino) et bâtiments laissés à l’abandon (ex-casernes, ex-prison, ex-bureau de poste). Si cette pratique de réhabilitation de lieux désertés est courante et souvent enthousiasmante, elle devient plus problématique lorsque ces mêmes lieux sont exagérément mis en avant. Les guides n’hésiteront pas à commencer chaque visite par l’historique du bâtiment visité et vous aurez même droit à l’intérieur de la prison à un documentaire – exécrablement télévisuel mais présenté comme une œuvre à part entière – soulignant lourdement la singularité du lieu parcouru. Ces endroits habituellement clos semblent d’ailleurs la seule motivation valable à la venue de la population locale. Voila comment faire passer, avant même de commencer, l’art sur un plan secondaire…

Et cette odeur nombriliste ne nous quittera malheureusement plus… La problématique d’un « dialogue avec l’Afrique du Nord » ressemble rapidement à un brouillard lointain et les pièces s’enchainent sans qu’une étincelle vienne rallumer notre intérêt. L’omniprésence d’un art des médias, d’un art de recherches à finalités plus ou moins politiques ou polémiques, difficilement appréhendable dans la temporalité d’un parcourt, renforce la frustration qui s’échappe des visites. Les propositions vraiment concrètes manquent cruellement et l’on entend rapidement murmurer les mauvaises langues se demandant ou diable ont pu disparaître les quelques millions d’euros du budget… A titre de comparaison le cycle d’expositions venant de s’achever au Plateau (FRAC Ile de France) s’axant sur art et connaissance et sur la présentation de résultats d’études et d’investigations fut infiniment plus stimulant.

Ces quelques lignes expéditives au ton désabusé ne doivent cependant pas faire oublier la présence de certaines pièces semblant échapper à la sécheresse de la manifestation tels que le court-métrage Segura de Willie Doherty ou l’installation vidéo de David Rych & Nada Prlja. Et si jamais l’envie de prendre l’avion pour aller vérifier par vous même vous titille toujours, peut être que les quelques photographies dans la suite de l’article suffiront à satisfaire votre curiosité.

Manifesta 8 – Murcia & Cartagena (Espagne) – jusqu’au 09/01/2011

Charles Burns

Auteur de l’immense et incontournable Black Hole, Charles Burns est un des plus célèbres créateurs de la bande-dessinée américaine. Jusqu’alors habitué au noir et blanc et aux histoires de longue haleine, la sortie de son nouvel ouvrage « Toxic » s’annonce comme une étape charnière dans son oeuvre. Son voyage promotionnel sur le vieux continent est l’occasion d’en apprendre un peu plus sur la carrière et le travail de cet auteur indispensable.

Comment avez vous décidé de vous consacrer à la bande dessinée et comment s’est passé le début de votre carrière ?

Mes études ont été un moment privilégié et m’ont permis d’expérimenter et d’explorer des médiums aussi divers que la sculpture, la photographie, la performance et la musique. Mais, au final, je me suis rendu compte que j’étais surtout intéressé par la narration. De plus, j’aime l’idée d’être proche de mon public, que les gens puissent se procurer facilement mon travail en achetant un livre ou un magazine. Dans le dessin il y a également un côté narratif mais, je m’imaginais que même si j’arrivais à vendre mes images, elles finiraient simplement accrochées sur le mur d’un collectionneur sans autre diffusion. C’est donc surtout l’idée de travailler pour être imprimé et diffusé pour le plus grand nombre qui me plaisait.

Après avoir fini mes études je me suis rendu à New York pour montrer mon – mauvais – portfolio d’illustrations à des magazines. Je cherchais du travail sans savoir vraiment comment m’y prendre. C’est à cette époque que le premier magazine Raw est sorti dans les kiosques. Ce magazine était dirigé par Art Spiegelman et sa femme. Leur revue avait une orientation plus graphique que narrative et était sous influence post-punk et new wave. A l’époque mon travail allait dans ce sens, je faisais beaucoup de comics non linéaires et non narratifs. Je leur ai envoyé des photocopies de mon travail et j’ai été publié. Rapidement je fus publié régulièrement, presque à chaque numéro. Spiegelman voulait à l’époque se différencier de la scène underground dont il était originaire et de jeunes créateurs européens ou américains tel que Mark Beyer, Kaz ou moi même l’ont intéressé.

Vos premiers comics étaient en noir et blanc. S’agissait-il un choix délibéré ou simplement lié à des raisons financières ?

Un peu des deux. J’ai toujours beaucoup lu des réimpressions des classiques du comics américain et je pense que cela m’a indirectement influencé : les ombres, les blancs, les fines courbes… Et effectivement la couleur coûtait beaucoup d’argent… Mais peu m’importait car j’ai toujours été très à l’aise avec le noir et blanc.

Un de vos projets récents, One Eye, est un livre de photographies. Après la participation au film « Peur(s) du Noir », il s’agit d’une autre escapade hors du monde de la bande dessinée. Pouvez vous nous en dire plus ?

J’ai fais un peu de photo durant mes études. Je réalisais des clichés traditionnels, en noir et blanc. Et il y a quelques années je me suis rendu compte que je prenais à nouveau beaucoup de photographies. One eye ne contient pas de narration à proprement parler, j’accole simplement deux images pour qu’elles interagissent l’une avec l’autre. Ces « doubles photos » m’intéressaient beaucoup. Quelles que soient les images que l’on met l’une à côté de l’autre, le cerveau humain va les relier, inévitablement. Certaines sont très proches visuellement et d’autres beaucoup moins, c’est alors ce qui se passe entre elles, leur dialogue, qui est intéressant.

Votre dernier ouvrage « Toxic » vient de paraître. En couleur, sur trois tomes, au format traditionnel européen… il s’agit d’un travail d’un genre nouveau pour vous. Quelles ont été vos influences pour ce travail ?

Il me faut tout d’abord citer William Burroughs. J’ai grandi dans les États-Unis de la fin des 70s. J’écoutais beaucoup de musique punk et la vision très noire de Burroughs collait beaucoup avec cette musique. L’histoire de Toxic se déroule à la même époque et j’ai voulu que le protagoniste de l’histoire soit influencé par Burroughs, comme j’ai pu l’être moi même. D’une façon plus évidente : Tintin. C’est un personnage très courant ici, en Europe, mais beaucoup moins aux Etats-Unis et encore moins pour les gens de ma génération. Il est plus diffusé à présent. J’avais accès à ces albums avant même de pouvoir lire et je pense que je les ai beaucoup intériorisés.

Pourquoi avoir choisi cette orientation ?

Quand on travaille sur un long projet il est facile de retomber sur ses pattes et de se sentir à l’aise en se limitant à ce que l’on sait faire. Faire un livre en couleur a été le moyen d’éviter cette redondance. C’était un bon moyen d’apprendre à raconter une histoire d’une nouvelle manière.

En plus de la narration, votre style semble avoir beaucoup évolué. La forme des cases ou le jeu avec les couleurs par exemple…

Les couleurs devaient faire parti du procédé narratif, ne pas être une bête évolution du noir et blanc tout en évitant un simple aspect « décoratif ». Ce fut comme avoir une nouvelle boite à outil. Tout un champ de possibilités s’offraient à moi.  En répétant et réutilisant certaines couleurs, de nouveaux sens apparaissent en fonction de leurs contextes ou de l’action. Black Hole n’aurait pas pu être en couleur. L’ambiance, l’imaginaire… en faisaient une histoire faite pour le noir et blanc. De surcroît l’histoire se passe à Philadelphie, où j’ai grandi, et c’est une ville très grise, pas monochromatique mais presque. Cela collait bien ! Dans ce livre, certains passages peuvent faire évidemment penser à Black Hole mais l’atmosphère générale est différente, ce qui justifie également la couleur. Ce fut une expérience très amusante mais je ne peux pas encore dire si j’ai une véritable préférence pour l’une ou l’autre technique.

En attendant les deux tomes suivants de « Toxic », avez vous d’autres projets ?

Très prochainement va sortir une version « pirate » de Toxic. Je me suis intéressé de près aux différentes versions pirates de Tintin, provenant de différents pays et notamment de Chine. C’est un phénomène assez fascinant et j’ai décidé de créer ma propre édition pirate de Toxic ! Ce livre contiendra de faux textes en langues étrangères ou des passages retravaillés et réassemblés comme a pu le faire William Burroughs avec ses propres créations.

Propos recueillis le 8 novembre 2010 à Hogeschool Sint-Lukas Brussel

Sophie Calle – Rachel, Monique @ Palais de Tokyo [Paris]

Alors que les badauds battent le pavé et bravent le froid des heures durant en espérant mettre un pied dans les sur-médiatisés expositions de Basquiat et Larry Clark au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, Pocket Welt vous propose une review photographique d’une installation prenant place quelques centaines de mètres plus loin au sein du Palais de Tokyo. Ou plus exactement sous le Palais de Tokyo ! Juste en dessous de l’espace d’exposition classique ou se déroule présentement Fresh Hell – que nous vous conseillons tout autant – s’étendent 9000 m2 de friches ou ouvrira en 2012 un nouvel espace muséal.

C’est dans ce lieu jusqu’alors invisible que Sophie Calle présente son exposition Rachel, Monique. Quoi de mieux qu’un endroit en pleine transformation, à l’aube d’une renaissance, pour évoquer son exact opposé : la mort, et plus exactement la disparition de la mère de l’artiste ? Car toute l’exposition sera basée sur cette dynamique de la transition et du prolongement, laissant tout aspect morbide au vestiaire. En explorant une fois encore les territoires conjoints à l’art et à la vie, à la réalité et à la fiction, à l’absence et au souvenir, Sophie Calle aborde avec sérénité et humour, mais non sans mélancolie, le sujet délicat de la perte d’un être cher. Mais forcément, avec un mère qui a choisit comme épitaphe Je m’ennuie déjà, attendez vous à être surpris…

Sophie Calle – « Rachel, Monique » du 20-10-2010 au 27-11-2010 au Palais de Tokyo