
Quand les œuvres proposées ne sont pas intéressantes, quand les curateurs tentent de voler la place des artistes, quand la problématique générale est un échec, quand les lieux d’expositions semblent être plus valorisés que les travaux qui y sont exposés, quand le public semble manquer, que reste -t- il à une manifestation d’Art contemporain ?
Il s’agit malheureusement des interrogations qui nous taraudent au retour de la Manifesta 8 actuellement organisée dans le sud de l’Espagne. Biennale européenne itinérante incontournable dans le paysage de l’Art contemporain, la dernière édition ne devrait pas marquer durablement les esprits, en espérant qu’elle ne ternisse pas à plus long terme cette institution…
D’après le Pocket Guide gracieusement distribué au public, la Manifesta 8 prétend « focuses in the concept of collective curating », « create new links with Europe’s neighbouring regions » ou encore « investigate dialogue with Nothern Africa ». De bien belles promesses paraissant très creuses après quelques heures de visites. Les lieux d’expositions sont dispersés dans divers endroits de Murcia et de Cartagena, alternant espaces conventionnels (Musée d’Art Moderne, Casino) et bâtiments laissés à l’abandon (ex-casernes, ex-prison, ex-bureau de poste). Si cette pratique de réhabilitation de lieux désertés est courante et souvent enthousiasmante, elle devient plus problématique lorsque ces mêmes lieux sont exagérément mis en avant. Les guides n’hésiteront pas à commencer chaque visite par l’historique du bâtiment visité et vous aurez même droit à l’intérieur de la prison à un documentaire – exécrablement télévisuel mais présenté comme une œuvre à part entière – soulignant lourdement la singularité du lieu parcouru. Ces endroits habituellement clos semblent d’ailleurs la seule motivation valable à la venue de la population locale. Voila comment faire passer, avant même de commencer, l’art sur un plan secondaire…
Et cette odeur nombriliste ne nous quittera malheureusement plus… La problématique d’un « dialogue avec l’Afrique du Nord » ressemble rapidement à un brouillard lointain et les pièces s’enchainent sans qu’une étincelle vienne rallumer notre intérêt. L’omniprésence d’un art des médias, d’un art de recherches à finalités plus ou moins politiques ou polémiques, difficilement appréhendable dans la temporalité d’un parcourt, renforce la frustration qui s’échappe des visites. Les propositions vraiment concrètes manquent cruellement et l’on entend rapidement murmurer les mauvaises langues se demandant ou diable ont pu disparaître les quelques millions d’euros du budget… A titre de comparaison le cycle d’expositions venant de s’achever au Plateau (FRAC Ile de France) s’axant sur art et connaissance et sur la présentation de résultats d’études et d’investigations fut infiniment plus stimulant.
Ces quelques lignes expéditives au ton désabusé ne doivent cependant pas faire oublier la présence de certaines pièces semblant échapper à la sécheresse de la manifestation tels que le court-métrage Segura de Willie Doherty ou l’installation vidéo de David Rych & Nada Prlja. Et si jamais l’envie de prendre l’avion pour aller vérifier par vous même vous titille toujours, peut être que les quelques photographies dans la suite de l’article suffiront à satisfaire votre curiosité.






