
Musicbox, nouvelle formule? Alors que le débat fait rage autour de la décision du directeur en chef de Spin, Christopher Weingarten, de chroniquer bon nombre de disques via le réseau social aux 140 caractères, à Pocket Welt nous avons décidé d’experimenter avec un format un peu différent pour présenter nos chroniques musicales: des textes plus courts, mais plus d’albums à découvrir et surtout une vraie régularité dans la fréquence de publication.
Le pari de Weingarten a beau être contestable, l’argument qui en est à l’origine n’en est pas moins digne d’intérêt. Selon lui, « La valeur de l’opinion du critique rock moyen a coulé depuis que l’on peut obtenir une version haute qualité de pratiquement n’importe quel album grâce au pouvoir de Google, et ainsi écouter et décider pour soi-même si un disque vaut le coup… » - et en bons pirates que nous sommes, on est tentés d’acquiescer. Du moins jusqu’à la fin (inévitable?) de Mediafire, Soundcloud, Spotify & cie, autant d’outils qui nous permettent d’élargir notre palette de découvertes sans avoir à se fier aveuglément à la critique, dont l’existence est toute légitime mais qui est devenue à l’heure actuelle un outil comme les autres au service de l’auditeur – et par conséquent, du créateur.
Profitant du début d’année pour découvrir et re-découvrir des sorties passées, la sélection d’albums que nous vous proposons est loin d’être exhaustive mais l’on vous promet encore plus de chroniques dans les prochains mois, en espérant que la version 2.0 de la Musicbox vous séduise. Et n’hésitez pas à réagir sur la nouvelle formule dans les commentaires, on vous y attend!
/ / / / / / / / / / / / / / / /
ALBUMS
/ / / / / / / / / / / / / / / /
Ilyas Ahmed I
With Endless Fire [Immune]
Après nous avoir gratifiés en fin d’année d’un confidentiel EP en duo avec Liz Harris alias Grouper (Visitor, paru chez Social Music Club), Ilyas Ahmed revient avec un nouvel album intitulé With Endless Fire, collection de morceaux folk-rock psyché dans la lignée de ses précédents opus. On peut regretter que le multi-instrumentaliste s’éloigne de plus en plus de l’expérimentation des débuts pour s’orienter vers du songwriting pur, mais l’on y retrouve avec délectation la beauté noire qui rend la musique d’Ilyas Ahmed si mystérieusement singulière.
The Caretaker .
Patience (After Sebald) [History Always Favours The Winners]
Je l’évoquais dans le Top Album 2011, voici donc Patience (After Sebald), bande originale du film homonyme signé Grant Gee. Sous le nom d’emprun de The Caretaker, Leyland Kirby revisite ici à sa manière une composition de Schubert (Winterreise, 1927) pour évoquer la mémoire de l’écrivain allemand WG Sebald que le film a pris pour sujet. Bien que parfois inégal, on retrouve sur Patience la capacité de Kirby à nous transporter dans un univers aussi effrayant que confortant. Un disque beau et froid.
Tyme. x Tujiko .
GYU [Editions Mego]
Les fans de 28, la collaboration entre Tujiko Noriko et Aoki Takamasa parue en 2005, se réjouiront sans doute de la sortie chez Editions Mego de GYU qui voit la musicienne japonaise s’associer au bidouilleur électronique Tatsuya Yamada (alias Tyme.) pour un disque qui oscille malicieusement entre J-Pop et synth-music. La dimension pop de GYU ne plairait sans doute pas à tout le monde, mais il serait dommage de passer à côté de sa poésie lancinante et résolument féminine.
J. Collin
Untitled (High Peak Vibrations Vol. II) [Winebox Press]
Dernière sortie du label Winebox Press, spécialisé dans les cassettes qui se démarquent par leur packaging en bois de récup’, Untitled (High Peak Vibrations Vol. II) du mancunien Jon Collin est plus qu’un bel objet. Armé d’une simple guitare acoustique, Collin dresse des paysages épurés dans un style qui n’est pas sans rappeler – toute mesure gardée – l’avant-gardisme de Loren Mazzacane Connors, John Fahey ou encore Ilyas Ahmed évoqué ci-dessus. A 57 exemplaires, difficile de mettre la main dessus mais le premier volume de la trilogie est disponible chez Giant Hell.
Matt Elliott .
The Broken Man [Ici d'Ailleurs]
Après un retour vers les aspirations électroniques de ses débuts en tant que The Third Eye Foundation, Matt Elliott revient sous son nom de baptême avec The Broken Man chez les français d’Ici d’Ailleurs. Force est de constater que le songwriter britannique maîtrise toujours aussi bien les complaintes folk à faire pleurer un catcheur, mais alors que la trilogie Songs est close, The Broken Man donne l’impression que Matt Elliott tourne en rond. Mention spéciale tout de même pour If Anyone Tells Me « It’s Better To Have Loved And Lost Than To Never Have Loved At All », I Will Stab Them In The Face.
Agali Ag Amoumine .
Takamba [Mississippi / Sahel Sounds]
Enregistré à Tombouctou par Christopher Kirkley – à l’origine l’excellent blog / label Sahel Sounds -, Takamba est une plongée hypnotique dans les paysages arides du Sahel, 40 minutes électrisantes pendant lesquelles le griot touareg Agali Ag Amoumine ne lâche pas son tehardent d’un pouce. Et contrairement aux compilations Music For Saharan Cellphones et Ishilan N-Tenere au son lo-fi affirmé, un soin particulier semble avoir à été apporté à l’enregistrement de Takamba tout en préservant la qualité rugueuse qui sied si bien à la musique sahélienne.
/ / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / /
REEDITIONS
/ / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / /
Porter Ricks .
Biokinetics [Type]
Pour célébrer leur centième sortie, le label britannique Type a frappé fort avec la réédition d’un classique de la techno minimale paru en 1996 chez Chain Reaction et dont l’édition originale s’arrache à prix d’or. Premier né de la collaboration entre Thomas Köner et Andy Mellwig, ce Biokinetics dont on ne peut que se réjouir de la résurgence est une véritable plongée sensorielle dans les abysses de la bass music, avec des titres aussi évocateurs que Nautical Dub ou encore Port of Call. Une réédition essentielle pour un album qui 15 ans après exulte toujours autant la modernité.
Rene Hell / Pete Swanson
Waiting For The Ladies [Shelter Press]
Cette réédition du split record que se partagent deux figures de la musique expérimentale marque la première sortie vinyle de Shelter Press, maison d’édition bruxelloise qui nous promet de belles sorties futures. Initialement paru en 2010, Waiting For The Ladies est un disque hétéroclite qui ravira les amateurs du genre, avec en face A un assaut sonore de la part de Pete Swanson (feu Yellow Swans) dont la voix se retrouve noyée dans une marée de bruit et en face B, l’électronique cosmique et éthérée de Rene Hell. Un split aux contours imprévisibles, comme on les aime.
Le Mystère Jazz de Tombouctou .
Le Mystère Jazz de Tombouctou [Kindred Spirits]
En dehors des cuivres clairement afrobeat, on ne trouve pas beaucoup trace de jazz sur cet album publié en 1977 financé via un projet lancé par le gouvernement malien puis tombé dans l’oubli, qui donne surtout la part belle au chant et à la guitare. Dépoussiéré par le label néerlandais Kindred Spirits, Le Mystère Jazz de Tombouctou est un vibrant mélange de diverses sonorités ouest-africaines, en équilibre permanent entre tradition et modernité.
/ / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / /
SINGLES & EPs
/ / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / /
Mount Eerie / Selector Dub Narcotic .
Distorted Cymbals [K Records]
Issu d’une série de 7″ enregistrés dans les studios Dub Narcotic par une poignée d’artistes de chez K Records, Distorted Cymbals ne figurera probablement pas sur l’un des deux albums de Mount Eerie prévus pour 2012 mais s’il augure de la direction empruntée par ceux-ci, on risque de découvrir une enième facette de Phil Elverum. Rythmé et groovy (!), le morceau est accompagné en face B d’un remix signé Selector Dub Narcotic (Calvin Johnson) pour le moins… particulier. A noter que Phil Elverum entamera en mars une tournée européenne avec Earth et Ô Paon, et ça c’est cool.
Klub des Loosers
L’Indien [Les Disques du Manoir]
Plus de 6 ans après Vive La Vie, les apparitions quasi-concomitantes d’une page Facebook, d’un nouveau site web officiel et d’une grosse interview sur l’Abcdr du son laissaient présager un retour en force du Klub des Loosers. C’est chose faite avec une date pour le prochain LP La Fin de l’Espèce (le 5 mars 2012) et l’apparition sur la toile du premier titre L’Indien. Le beat jazzy de DJ Detect déstabilise mais charme l’oreille et le flow définitivement anomal de Fuzati peine parfois à se faire comprendre mais reste truffé de punchlines délicieusement tordues. Vite la suite.
Pierrot Lunaire
Theme for Ascension and Eternal Love [Hooker Vision]
Ce 7″ de Pierrot Lunaire (à ne pas confondre avec le groupe de rock progressif italien du même nom) est un drôle de trip d’une dizaine de minutes, mêlant cuivres saturés et voix pitchées dans une série de collages sonores labyrinthiques; un peu comme si Leyland Kirby, sous l’influence d’une bonne dose d’acide, avait choisi de remixer Pharoah Sanders et Berlin à la place de Schubert. Theme for Ascension and Eternal Love vient de sortir en 200 exemplaires chez Hooker Vision, le label du couple le plus adorable de la scène ambient depuis Celer et le destin tragique qu’on lui connaît.
/ / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / /
CLIP DU MOIS
/ / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / /
Tourné en une prise sans aucune manipulation digitale par Rick Bahto, cette superposition de projections qui accompagne Marienbad, le dernier single de la californienne Julia Holter, nous fera patienter jusqu’à la sortie de son album Ekstasis chez RVNG.


Pour commencer attardons-nous quelques instants sur
Entre un nouvel album sous le pseudonyme de The Caretaker, la série d’EPs Intrigue & Stuff et cet Eager to Tear Apart the Stars, 2011 fut une année relativement prolifique pour
On reste dans un climat similaire avec Owl Splinters, qui marqua en début d’année le retour du duo norvégien Erik K. Skodvin et Otto Totland – alias Deaf Center – après le sublime Pale Ravine en 2005. Depuis la sortie de ce dernier, les deux comparses ont tracé leur propre chemin avec pour le premier le projet dark ambient Svarte Greiner et pour l’autre, la musique aux accents néo-classiques de Nest; l’influence du style de chacun est par conséquent nettement plus manifeste sur cet album qu’elle ne l’était sur son prédécesseur. Bien que le piano funeste d’Otto Totland semble parfois un peu envahissant, les nappes de Skodvin donnent au tout une atmosphère infiniment menaçante qui nous attire irrésistiblement vers le fond du gouffre jusqu’aux dernières notes de Hunted Twice. Sombre voyage que ce Owl Splinters.
En règle générale, le hip-hop à tendance à ne pas très bien vieillir passé la quarantaine. Il existe bien entendu une pleiade de contre-exemples, mais peu sont aussi spectaculaires que la réinvention entreprise par Ishmael Butler des Digable Planets avec le projet
Enregistré par Graham Lambkin depuis le siège passager d’une Honda Civic (sa femme au volant et les enfants à l’arrière) en route vers une destination mystérieuse, l’aventureux Amateur Doubles est une superbe mise en abîme sonore qui nous donne à réfléchir sur l’acte même d’écouter. En effet, chacune des faces du disque donne la part belle à un album d’électro-prog française glissé dans le lecteur CD de la voiture – respectivement, Pôle de Besombes-Rizet (1975) et 3000 Miles Away de Philippe Grancher (1977) – alors que Lambkin s’adonne à d’obscurs bidouillages. Le résultat, entrecoupé par les bavardages des enfants, le bruit du moteur tantôt imperceptible, tantôt omniprésent, est aussi menaçant qu’il est volatile. Sorti discrètement chez KYE en décembre, Amateur Doubles est certainement le field recording le plus passionnant de l’année aux côtés de El Tren Fantasma de Chris Watson.
Côté bass music, on n’a pas fait mieux en 2011 que les deux EPs (ou sont-ce des albums? On n’en sait trop rien.) Passed Me By et We Stay Together, réunis en fin d’année dans une unique édition chez
Officiellement, il s’agit de deux albums bien distincts; officieusement, il est bien difficile de considérer ces deux disques séparément tant ils se complètent l’un l’autre: d’un côté, l’univers macrocosmique d’Alien Observer et de l’autre, le monde des ombres de Dream Loss. Deux satellites d’une même planète selon Liz Harris qui, pour ces albums, est quelque peu revenue à ses premières amours dronesques après un Dragging a Deer up a Hill empreint de folk lo-fi. Synthèse parfaite des mélodies de Dragging… et du bruitisme de ses débuts, A | A est une pierre brute sur laquelle la voix évanescente de Liz Harris vient se désagréger au milieu des échos de guitare et de piano dans un brouillard nebuleux dont elle seule a le secret; et bien que l’écoute s’avère parfois exigeante, il suffit d’un peu de patience pour finir immergé dans les volutes de Dream Loss et Alien Observer.
« My cattle. Ts, ts. »

